Les hôpitaux provisoires de la Première Guerre Mondiale

Répondre à l’urgence

Dès le début du conflit avec l’Allemagne, se posa la question du traitement d’un nombre de victimes prévisibles vraisemblablement bien supérieur à la capacité d’accueil des hôpitaux existants. La question avait d’ailleurs été soulevée en France dès la fin du XIXe s. ; elle avait fait l’objet de décrets du Ministère de la Guerre, réglementant en particulier les rapports entre les services de santé de l’Armée et la Croix-Rouge. Au fur et à mesure des  combats, la question devint de plus en plus brûlante. De nombreux hôpitaux temporaires furent alors créés en arrière des lignes de front, pour répondre aux besoins de soins des blessés et des malades évacués des zones de combat. De taille très variable, ils ont été installés dans des lieux hétéroclites, dont le choix dépendait d’abord des possibilités d’aménagement. Étretat présentait l’avantage d’être situé à une distance raisonnable du front, de posséder une gare ferroviaire, de proposer un climat sain et d’offrir un parc immobilier suffisant, grâce à ses hôtels et ses grandes villas.

L’hôpital militaire français

Les hôpitaux temporaires dépendaient soit d’une organisation civile, soit de l’Armée. Celui qui fut créé à Étretat entrait dans cette dernière catégorie. Il portait le nom d’hôpital auxiliaire n°111 de la 3e région militaire (HA 111 en abréviation) et était administré par l’Union des Femme de France (UFF), une organisation appartenant à la Croix-Rouge française. Il fut installé, peu après le début  de la guerre, rue Anicet-Bourgeois, dans l’ancienne villa du général de Vassoigne, qui appartenait alors à un industriel havrais du pétrole, Henri Desmarais. Cette demeure, installée sur le coteau de la falaise d’Aval, est désormais intégrée au complexe hôtelier du Dormy House. L’hôpital auxiliaire fonctionna du 15 septembre 1914 au 31 décembre 1918 et abrita de 26 à 66 lits. Les patients accueillis n’étaient pas trop gravement atteints si l’on en juge au nombre réduit de décès enregistrés dans les registres d’état-civil : en tout six soldats français, décédés respectivement en octobre 1914, décembre 1916, novembre 1917, mars 1918, septembre 1918, novembre 1918, plus un soldat italien décédé en juin 1918.

La villa Vassoigne, ancien siège de l’hôpital auxiliaire d’Etretat, dans son étét actuel

L’hôpital militaire anglais

Il en va autrement de l’hôpital général anglais n°1 de la BEF (British Expeditionary Force), qui fonctionna de décembre 1914 à janvier 1919. Cet établissement hospitalier, beaucoup plus important, était en fait réparti en plusieurs lieux du village, dont le Casino, l’Hôtel des Roches, tous deux sur le front de mer, l’Hôtel de la Plage, place Victor Hugo et plusieurs villas des coteaux. D’autres lieux accueillaient l’abondant personnel hospitalier et l’encadrement militaire : l’Hôtel Blanquet, la villa des Fleurs, la villa Orphée, etc.

L’hôtel des Roches, aujourd’hui détruit
Le Casino en 1906
L’hôtel de la Plage, en arrière du Casino
La Villa Orphée, construite par Jacques Offenbach

De nombreuses structures temporaires virent le jour, suscitées par cet afflux de population étrangère et les besoins qu’il générait ; des lieux de culte protestants et catholiques virent le jour. Des baraquements furent édifiés sur la place Foch, à l’emplacement actuel du Marché Couvert, pour accueillir un foyer de l’Y.M.C.A.; en revanche, contrairement à ce qu’on lit parfois, suite à une lecture trop rapide de la plaque qui y est apposée, les Halles n’ont jamais accueilli d’hôpital militaire, pour la bonne raison qu’elles ne furent construites qu’en 1926. Une vie sociale s’organisa rapidement au sein de ce microcosme, animée par les convalescents et le personnel militaire et civil : organisation de fêtes, excursions aux environs, concerts et défilés, épreuves sportives.

Baraquement de l’YMCA place du Marché
L’intérieur d’un baraquement de l’YMCA
Plaque commémorative apposée au fronton du Marché Couvert

Eugène Flamant, photographe à Étretat pendant plusieurs décennies, fut le témoin privilégié de cette époque ; il réalisa de nombreux clichés que son fils Roland (dit Manfla), lui-même photographe à Étretat, confia à la commune en 1957, en même temps que ses propres photographies. En 1998, l’ensemble de la collection fut déposé aux Archives Départementales de Seine-Maritime à Rouen, où il fut classé et inventorié sous le nom de Fonds Flamant (cote 38Fi) puis numérisé. De nombreux clichés concernent l’hôpital militaire anglais et son personnel.

L’hôpital était placé sous le commandement du Colonel Moore. Les blessés arrivaient à Étretat par le train (en provenance de Rouen) et étaient amenés depuis la gare par un service d’ambulances. La très grande majorité venait du Commonwealth mais quelques prisonniers allemands y furent soignés. Avec l’entrée en guerre des États-Unis en avril 1917 et le débarquement des premières troupes américaines en juin 1917, l’hôpital anglais fut intégré  –le 31 mai 1917- à l’hôpital américain de la Croix-Rouge (American Base Hospital n°2, filiale du Presbyterian Hospital de New York) tout en conservant son appellation d’origine. Le personnel médical états-unien était composé, à l’origine, de 65 personnes dont la directrice, Mrs J.B. Christie et six secrétaires civiles. http://www.scarletfinders.co.uk/14.html

La gare désaffectée, par laquelle arrivaient les trains-ambulances

On dispose de nombreuses archives sur le fonctionnement au quotidien de l’hôpital anglais, grâce aux journaux tenus par plusieurs infirmières qui furent en poste à Étretat, telles qu’Edith Appleton, qui y séjourna du 21 novembre 1915 jusqu’en février 1917 (http://anurseatthefront.org.uk/the-diaries-all-four-volumes/the-diaries-volume-2-part-2/) et (http://anurseatthefront.org.uk/the-diaries-all-four-volumes/the-diaries-volume-3/).

La « matron-in-chief » (infirmière en chef) de la Force Expéditionnaire Britannique elle-même, Mrs Maud Mc Carthy, tint son journal durant tout le temps de ses fonctions, qui l’amenèrent à inspecter fréquemment l’hôpital étretatais :

(13/2/1915) « Etretat a beautiful seaside village. No.1 General Hospital seems to occupy most of the town, the Hospital occupying 2 Hotels – The Casino, a private house as an officers’ building and another building where there are a splendid arrangement for bathing of Troops – 60 bathrooms where the men on arrival day or night can have hot baths – this is a great boon, and the men revel in this luxury when arriving from the front in the Ambulance Trains.  The Nursing Staff are well accommodated in another Hotel, where they are most comfortable, and where they run their own Mess. Miss Hodgins the Matron is doing excellent work and the CO is loud in his praises of many of the staff, especially Miss Perkins who is managing one of the Hotels excellently and Miss Jacob who is managing the Officers’ Hospital in a very businesslike and satisfactory manner.  The Nursing Staff health is good.  Everything appeared satisfactory and running smoothly.  These scattered charges increase work and anxiety considerably.  The Matron has an excellent Red Cross store which she says is kept well supplied with goods mainly by her friends. » (extrait du Journal de guerre de la Matron-in Chief de la Force Expéditionnaire Britannique, Mrs Maud Mc Carthy, http://www.scarletfinders.co.uk/32.html)

(28/11/1916) « (…) Then to Etretat where I inspected the Convalescent Home for nurses which the British Red Cross are opening in a villa. This will be run on the same lines as at Hardelot with a VAD lady housekeeper and a lady superintendent, the latter not yet having arrived. The house is beautifully situated on the top of a hill overlooking the sea. It is commodious and well furnished and luxurious – a beautiful dining room, hall, drawing room, billiard room which opens off the drawing room. There is accommodation for 20 Sisters. There are 2 bathrooms and the whole building has an air of great luxury and is situated in beautiful grounds.
Then to the Sick Sisters’ Hospital which has recently been opened capable of accommodating 8 people. At the time of my visit, there were only 2 patients who had just been discharged – one for duty and the other going home after an attack of dysentery. It is a nice little house, well furnished and comfortable with a small dining room and sitting room. The staff consists of a Sister, 2 nurses and 2 VADs, with a VAD cook assisted by a French servant and batman.
To 1 General Hospital where I saw the Matron and OC. This unit was much the same as usual except that the work has been, and still is, extremely heavy. I inspected another house with a view to taking it for extra accommodation for the nursing staff so that the 2 small houses now in use might be disposed with, and it would give accommodation for 15 extra people which is badly needed. At the present time, the arrangements for the accommodation of the staff are good and the messing excellent. The A/Matron, Miss Smith, who has recently been on sick leave, is again duty quite fit, and is being assisted by Miss A. P. Wilson. Arrived at Headquarters in the evening
. » (ibid., http://www.scarletfinders.co.uk/54.html)

(10/1/1917) «  (…)Went with Miss Blakeley to Etretat and visited the Villa Orphee the new Convalescent Home at Etretat for sick Sisters where I met the Lady Superintendent, Lady Victoria de Trafford, for the first time. Everything seemed to be going smoothly and well. She has undertaken to let me have a weekly return of the patients’ names and particulars as to when they will be evacuated. I undertook that the patients arriving by ambulance from Rouen should leave at a proper time and provision should be made for them to have a meal by the way, as she pointed out that they arrived at 3 o’clock in a very tired condition, in consequence of the long journey and no lunch. » (ibid., http://www.scarletfinders.co.uk/56.html)

(31/5/1917) « American Hospital: The A/Principal Matron, Havre, reported that the New York unit had arrived by the Hospital Ship “Panama”. The DDMS, Havre, the American Consul and others went on board to meet them, and afterwards they were conveyed in cars to Etretat. They had an enthusiastic reception at Etretat and the whole town turned out en masse to greet them. They are to be established in No.1 General Hospital, which is to be handed over to them at once. » (ibid., http://www.scarletfinders.co.uk/65.html)

(7/3/1918) « From there we went to Etretat to No.1 General Hospital (the American Presbyterian Unit). Was met by the Matron, Assistant Matron and the CO.
Had lunch with the Matron, Assistant Matron and Miss Rannie, A/Principal Matron, at the Plage Hotel. The OC came to see me and apologised for not being able to go round with me as he had many things to ask me about, but the Consultant, Colonel Bruce, had just arrived. After lunch went round with the Matron, but the unit does not look anything like as well managed a when it was a British military unit. The patients looked well cared for – it was a beautiful day and all the patients who could be were out on the front. It happened to be equipment day and all the equipment was lying out to be counted, but on the whole things looked much better than I expected.
I went over the Sick Sisters’ Hospital which was first-rate in every respect – well managed and in beautiful order. The Matron told me she had many difficulties to contend with in consequence of having for orderlies many men of means who had never done this kind of work before. I went over their quarters which were very nice and the bedrooms of the staff were beautifully neat and attractive looking, all of them apparently took a great interest in their rooms and had made them very pretty and some quite original
.  (…) (8/3/1918) Left for Etretat and visited Villa Orphee and Villa des Fleurs Convalescent Homes. There is a new Lady Superintendent at Villa Orphee, Mrs. Farrer, a very charming woman. The Home was quite full of Sisters. Mrs. Farrer said how thoroughly she enjoyed the work and how charming one and all of the convalescents had been. I had lunch there and then went over to Les Fleurs and saw Miss Gregory White, the Commandant, who is running this Home, which is set apart entirely for WAAC and General Service Section.» (ibid., http://www.scarletfinders.co.uk/85.html)

Le « banc américain » sur le perré d’Etretat, monument commémoratif de l’hôpital anglo-américain, devant l’emplacement de l’hôtel des Roches

Les décès

Les registres d’état-civil étretatais enregistrent le décès de  581 personnes dans les hôpitaux militaires de la commune : 7 à l’hôpital français et 574 à l’hôpital anglo-américain.

Si l’on excepte une femme française de 72 ans, décédée en janvier 1918 à l’hôpital militaire anglais, le plus âgé des défunts est un colonel de la Royal Field Artillery de 59 ans, mort le 15 octobre 1915 mais la majorité des décédés avaient moins de 30 ans, les plus jeunes n’ayant que 17 ans.

«  Etretat, 22 octobre 1915 (…) Aujourd’hui, il est encore arrivé beaucoup de blessés anglais, il y en a en face de chez nous ; depuis un mois, il en vient très souvent. Lundi dernier il y a eu l’enterrement d’un colonel anglais, qui avait été blessé et qui était soigné aux Roches ; sa femme et sa fille sont arrivées à Etretat le jour qu’il est mort. Elles étaient descendues à la Rôtisserie. Il y avait beaucoup de monde  à l’inhumation, tous les officiers, tous les infirmiers (ceux que nous connaissons aussi) et tous les blessés qui pouvaient marcher. Malgrè que ce colonel était protestant, le prêtre catholique y était aussi. (…) » (lettre d’une étretataise, archives privées).

Nombre de décès par tranche d’âge, sur un échantillonnage de 357 victimes (source : registres de la CWGC)

Plusieurs pics de décès sont constatés : le premier en mai 1915, le seconde en juillet 1916, mois durant lequel on procéda à 60 inhumations –jusqu’à 7 par jour. Une troisième vague de décès survient de septembre à décembre 1916, suivie d’une nouvelle augmentation des décès de février à avril 1917. A partir de décembre 1917, la courbe de mortalité est en dents de scie, la dernière vague de décès survient à la fin de la guerre, d’août à novembre 1918.

Evolution du nombre mensuel de décès dans les hôpitaux militaires étretatais, d’après les registres d’état-civil étretatais

Cette évolution est évidemment liée à celle du conflit. Les registres de la Commonwealth War Grave Commission (CWGC) qui gère les tombes des soldats du Commonwealth, fournissent parfois des indications sur les causes du décès.

Sur 310 causes de décès indiquées, la répartition est la suivante :

  • blessures : 263 (dont 6 personnes gazées en 1918 et 1 personne touchée par une explosion de mine)
  • blessures accidentelles : 3 cas
  • noyade en mer : 2 cas
  • maladie : 42 personnes.

Les blessures au combat sont de loin la première cause de mortalité (85 % des décès). La plupart des victimes ont été blessées lors de la bataille de la Somme en juillet-novembre 1916 (période où l’on enregistre le plus de décès) mais d’autres ont été blessées pendant les batailles d’Ypres (avril-mai 1915), de Festubert (mai 1915) et de Loos (septembre 1915), ainsi que dans les combats de 1918 à Albert, Arras et Saint-Quentin. Les malades décédés souffraient principalement de pathologies pulmonaires (pneumonie, bronchite, pleurésie, tuberculose) mais on note aussi des cas plus rares de néphrite, d’appendicite, de rhumatisme articulaire aigü, de méningite, de typhoïde et d’empoisonnement du sang. Les décès dus officiellement à la grippe sont peu nombreux (3 cas indiqués, de juillet à octobre 1918), malgré les ravages que fit la grippe espagnole dans le monde entier  à cette même époque.

  Britanniques Canadiens Australiens Néo-zélandais Sud-africains Américains Français Italiens Allemands Total
1914 1 0 0 0 0 0 1 0 0 2
1915 59 1 0 0 0 0 0 0 0 60
1916 192 13 4 3 0 0 1 0 4 217
1917 87 0 7 0 0 0 1 0 1 96
1918 144 0 28 0 1 21 4 1 6 205
Total 483 14 39 3 1 21 7 1 11 580

Nomenclature des décès militaires d’après les registres d’état-civil étretatais

Les registres d’admission et de sortie d’hôpital tenus par l’armée (Admission and discharge book for field service) fournissent des informations précieuses car ils consignent, pour chaque patient, l’âge, la date d’admission, la cause d’hospitalisation et la date de sortie.

Le registre d’admission à l’hôpital militaire n°1 des officiers australiens, pour la période du 17 avril au 28 août 1918, indique 90 admissions, inégalement réparties sur cette période ; le mois de juin totalise à lui seul 33 entrées, dont 18 pour la seule journée du 2. La durée moyenne du séjour à l’hôpital étretatais, avant sortie, transfert ou rapatriement est de 12  jours (durée médiane : 9 jours). Une seule de ces personnes est décédée à l’hôpital. 25 soldats ont été renvoyés au service, les 64 autres ont été rapatriés en Angleterre. L’âge moyen (il s’agit d’officiers) est de 28 ans et demi (âge médian : 26 ans).

Les causes d’admission se répartissent ainsi :

  • intoxication par les gaz de combat : 14
  • fractures : 4
  • chute de cheval : 1
  • commotion cérébrale : 1
  • blessures : 42 (dont 1 par bombe, 17 par shrapnells ou éclats d’obus et 21 par balle)
  • hémorragie nasale : 1
  • déviation nasale : 1
  • irritation cérébrale : 1
  • inflammation de l’aine : 1
  • inflammation du genou : 2
  • parodontite : 1
  • otite : 1
  • amygdalite : 2
  • appendicite : 1
  • myocardite : 1
  • asthme : 1
  • bronchite et broncho-pneumonie : 2
  • hémorroïdes : 1
  • faiblesse et anémie : 5
  • fièvre d’origine inconnue et fièvre des tranchées : 11
  • grippe : 8

Les traumatismes touchent toutes les parties du corps, mais surtout les bras et les jambes, ainsi que la tête dans une moindre mesure :

crâne/tête/visage6
épaule/clavicule3
dos/colonne vertébrale2
poitrine/thorax3
abdomen1
bras7
coude1
poignet/main/doigts3
fesses2
organe génitaux1
hanche1
cuisse3
genou2
jambe8
multiples7

Les sépultures militaires

Le premier cimetière (Etretat Churchyard)

Les sept premiers soldats britanniques, décédés entre le jour de Noël 1914 et le 13 février 1915, ont d’abord été inhumés dans le cimetière paroissial, au milieu des étretatais. Mais le nombre de victimes allant croissant, il est vite apparu indispensable de consacrer un espace réservé aux combattants défunts. Un rectangle d’environ 760 m², situé derrière le chevet de l’église, fut alors créé, désigné pour les habitants du Commonwealth comme Etretat Churchyard. Il comprend deux carrés engazonnés (Plots, numérotés I et II) comptant chacun 5 rangées de stèles (Ranges, désignées par des lettres de A à E) de part et d’autre d’un sentier ; chaque rangée compte entre 11 et 42 tombes (Graves). Chaque sépulture est ainsi individualisée par un chiffre romain, suivi d’une lettre puis d’un chiffre arabe.

L’extension du cimetière militaire en 1917
Plan du premier cimetière militaire (Etretat Churchyard), d’après la CWGC

Ce cimetière compte 265 sépultures répertoriées dans les registres de la CWGC (3 néo-zélandais, 4 australiens, 14 canadiens, 244 britanniques). Dès décembre 1916, tous les emplacements du cimetière se retrouvèrent occupés et il fallut créer un nouvel espace funéraire. Celui-ci fut créé par un architecte paysagiste britannique, Sir Reginald Blomfield, auteur de plusieurs mémoriaux, dont celui du Menin Gate à Ypres. Il occupe un vaste rectangle d’environ 1300 m², perpendiculaire au précédent, sur le bas du versant exposé au nord-est du Petit Val. Une croix monumentale, ornée d’une épée, a été érigée en son centre.

Ce second emplacement est désigné sous le nom d’Etretat Churchyard Extension. Il est divisé en 3 carrés (I, II et III), comptant respectivement 5, 8 et 5 rangées de 9 à 22 tombes chacune, soit 289 tombes au total. A l’extrémité orientale, une rangée supplémentaire de 10 tombes est réservée aux défunts allemands.

Plan du cimetière d’Etretat ; en vert, le cimetière militaire, en gris clair, les tombes civiles

Il fonctionna du 23 décembre 1916 jusqu’au 22 janvier 1919 et accueillit les 7 sépultures du début de la guerre, déplacées du cimetière civil. Les registres de la CWGC répertorient  282 sépultures alliées (1 sud-africain,  37 australiens, 244 britanniques) et 10 sépultures de prisonniers allemands. Il faut ajouter à ce total les tombes d’un soldat britannique et d’un soldat allemand de la Seconde Guerre Mondiale.

  Britanniques Canadiens Australiens Néo-zélandais Sud-africains Américains Français Italiens Allemands Total
1914 2 0 0 0 0 0 0 0 0 2
1915 59 1 0 0 0 0 0 0 0 60
1916 192 13 5 3 0 0 0 0 3 216
1917 88 0 8 0 0 0 0 0 1 97
1918 146 0 28 0 1 0 0 0 6 181
1919 1 0 0 0 0 0 0 0 0 1
Total 488 14 41 3 1 0 0 0 10 557

Nomenclature des militaires inhumés dans le cimetière militaire d’Étretat d’après les registres de la CWGC

Comme on peut le constater, le nombre des décès enregistrés par l’état-civil et le nombre de sépultures comptabilisé par la Commonwealth War Grave Commission (CWGC) diffère quelque peu, pour plusieurs raisons. Les soldats français, de même que les militaires états-uniens, ne sont pas inhumés dans le cimetière du Commonwealth (contrairement aux soldats allemands). En revanche ce cimetière a accueilli les dépouilles de quelques militaires britanniques qui ne sont pas décédés à Étretat (en particulier deux marins noyés en mer en 1917 et 1918, dont un civil).

L’extension du cimetière militaire au premier plan, le premier cimetière en arrière-plan

Les séquelles

Après avoir rappelé les souffrances et les deuils de ces périodes sombres de l’Histoire, terminons par la mention de quelques anecdotes plus heureuses. Quelques soldats français soignés à l’hôpital auxiliaire n°111 rencontrèrent leure future épouse à Étretat. Jean Gaston Massé,  menuisier natif de la Vienne, demeurant à Paris et hospitalisé à l’hôpital auxiliaire n°111 d’Etretat épousa en 1915 une femme originaire de la Creuse et domiciliée à Paris. Le 4 janvier 1916 Camille Alexandre Blondel, canonnier du 39 Régiment d’Infanterie, qui était soigné à l’hôpital auxiliaire n°111 d’Étretat, épousa à Étretat Marcelle Regina Pierre, une couturière originaire de Seine-et-Marne. Le peintre Liénard de Saint-Delis fut aussi soigné à l’hôpital militaire d’Étretat et c’est ainsi qu’il rencontra sa future épouse, Jeanne Fidelin.

La présence de l’hôpital anglais entraina aussi la constitution de couples mixtes :

Le 16 octobre 1916, c’est Ernest Alfred Matthews, mécanicien dans le civil et soldat britannique attaché à l’hôpital général anglais n°1, qui épousa Augustine Marie Harivel, la fille d’un couple de commerçants étretatais. Une fille naquit de cette union l’année suivante. En janvier 1917, une autre fille naquit d’un père sergent de l’armée britannique et d’une jeune étretataise. En juillet 1918, un autre soldat britannique attaché à l’hôpital anglais, William John Addiss, épousa une employée de commerce native de Gonneville-la-Mallet qui accoucha d’un garçon trois mois plus tard.

Enfin l’épouse d’un médecin de l’armée américaine, domiciliée avec son mari à Étretat, y accoucha d’une fille deux jours avant l’armistice.

Pour en savoir plus :

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