Fortunes de mer

Notre-Dame des Ténèbres,

Des Islande funèbres,

Ora pro nobis

Notre-Dame de la Mort,

A babord, à tribord,

Ora pro nobis

Raoul Ponchon (1848-1937)

Fortune de mer : dommage fortuit susceptible de survenir à un navire ou à sa cargaison et dont l’armateur doit répondre. Telle est la définition proposée par le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales du CNRS ( https://www.cnrtl.fr/). Par extension, l’expression désigne tout accident de navigation tel qu’un naufrage, un échouage, une collision ou la disparition corps et biens.

Détail d’un tableau de Frédéric Legrip, peintre rouennais (1817-1871), « Naufrage au large d’Etretat » ; le tableau a été offert par l’empereur Napoléon III « aux armateurs et marins d’Etretat » et accroché dans l’église Notre-Dame ; il est daté de 1855 et se trouvait dans la chapelle des Marins visible sur la falaise d’Amont à l’arrière-plan, avant la destruction de l’édifice en 1942 (Delarue 2005, p. 84-85)

La vie quotidienne étretataise a été longtemps subordonnée aux activités maritimes, principalement la pêche, dont le calendrier était rythmé par des saisons : la saison du maquereau de mai à août, la saison du hareng d’octobre à janvier (de Dieppe à l’estuaire de la Seine en suivant la migration des bancs), la pêche à la morue à Terre-Neuve de février-mars à septembre-octobre ou en Islande entre février et août, ces deux dernières étant désignées sous le nom de « grande pêche » en raison de la durée de l’embarquement (Vallin 1984, Duclos 2001). Mais, comme toute la population côtière masculine, les hommes d’Étretat étaient également soumis depuis le règne de Louis XIV au système des classes maritimes, auquel succède en 1795 l’inscription maritime, qui instaurait la tutelle de l’État sur les gens de mer (marins, mais aussi voiliers, cordiers, charpentiers, etc.) et pouvait imposer un service dans la marine nationale pour une période allant jusqu’à 6 ans (décret de 1860). La période d’enrôlement soumettait les marins à d’autres dangers, particulièrement durant les périodes de conflit.

Quelles qu’en soient la finalité et la durée, les périodes d’embarquement étaient jalonnées de drames qui pouvaient décimer des familles entières, en particulier lorsque des naufrages survenaient pendant la pêche côtière, car les canots comprenaient ordinairement une demi-douzaine d’hommes d’équipage appartenant souvent à la même parenté. Le patron du bateau avait d’ailleurs le droit de choisir dans sa famille le « mousse de terre » et le « mousse de mer », ce qui augmentait substantiellement la part des revenus familiaux après le partage en lots des bénéfices de la pêche (Vallin 1888, p. 160).

Les registres paroissiaux et d’état-civil détaillent assez longuement ces accidents, qu’il s’agisse de noyades individuelles (souvent, la chute d’un homme à la mer) ou de naufrages, survenus dans les eaux étretataises ou dans les mers du monde et qu’ils concernent des habitants d’Étretat ou des individus extérieurs à la commune, retrouvés morts sur le rivage. La restitution tardive par la mer, voire la disparition définitive des corps, posait évidemment des problèmes juridiques et impliquait l’enregistrement méticuleux des témoignages. Les marins disparus se chiffrent par dizaines, qu’ils soient Étretatais engloutis dans leurs eaux ou dans des mers lointaines ou bien marins d’autres ports trépassés sur notre côte. Examinons-en ensemble l’inventaire ; les noyades accidentelles sur la plage ou les suicides ne sont pas pris en compte.

Les drames du XVIIIe siècle : noyades au large d’Étretat et naufrages accidentels

Le 18 juillet 1748, Louis Hubert, matelot de Criquebeuf (commune maintenant rattachée à Yport), est tué en mer par la foudre et son corps est retrouvé dix jours plus tard « sur le bord du port » d’Étretat ; un fils de Rose Duchemin connaîtra le même sort nonante années plus tard (cf. infra).

Le 2 août 1761 un noyé non identifié, mort une quinzaine de jours plus tôt, est retrouvé sur le rivage. En 1764 c’est encore un matelot de Criquebeuf, Jean Loisel, embarqué sur le bateau d’un patron pêcheur de cet échouage, qui est emporté par un coup de mer et retrouvé le 31 mars sur le rivage d’Étretat. Le 2 mars 1767, le corps d’un homme non identifié est retrouvé échoué dans la rade, « revêtu d’une chemise de toile de chanvre, d’un gillet neuf de flanelle blanche, d’une veste de froc de la mesme couleur, de deux culottes, une de toille tannée et l’autre d’étoffe bleue racommodée en neuf de la mesme étoffe (…) de deux paires de bas, l’un bleu et l’autre blanc, on n’a rien trouvé dans les poches de la culotte (…) ». Le 15 septembre 1776, c’est le cadavre de Joseph Mathurin Lemesle, un havrais de 57 ans, pilote lamaneur, qui est trouvé noyé dans la rade. La profession du lamaneur, marin spécialisé dans l’amarrage et le démarrage des navires dans le port, est considérée comme dangereuse car elle implique la manipulation de lourds cordages.

Il ne s’agissait jusqu’alors que d’accidents individuels, mais le 8 janvier 1777 ce sont cinq marins pêcheurs d’Étretat qui meurent en mer, dans des circonstances qui ne sont pas exposées par les registres de la paroisse : Jean Lefebvre (68 ans), Nicolas Allais (41 ans), Jean Lemonnier, maître de bateau (46 ans), Jean Baptiste Cousin (30 ans), Nicolas Lesueur (32 ans) et un marin de Beaurepaire : Pierre Varin, 20 ans. Les corps des quatre derniers ne sont pas retrouvés. Le drame se déroule sous les yeux de deux autres pêcheurs d’Étretat : Jean Baptiste Lemonnier et Guillaume Poret. Nicolas Allais laisse une veuve et deux orphelins de 17 et 8 ans. Jean Baptiste Cousin, qui s’était marié quatre ans auparavant, laisse une veuve, enceinte de 5 mois et un enfant de 2 ans et demi ; Nicolas Lesueur laisse une veuve et quatre orphelins de respectivement 8 ans, 7 ans, 4 ans et 10 mois.

Le 12 décembre 1784, c’est deux jeunes matelots de Saint-Pierre-en-Port : Jean Lefebvre et Michel Robert, l’un âgé de seulement 9 ans et l’autre de 15 ans, qui meurent en mer et sont retrouvés le surlendemain sur la côte étretataise, à 23 kilomètres au sud-ouest de leur port d’attache.

Le 2 février 1791 au matin, le navire d’Irlande « La Briguette » (sic), commandé par Denis Glanville, s’échoue à Étretat, causant la mort d’un nommé Thomas Hauley, matelot de Cork âgé de 36 ans, qui est inhumé dans le cimetière paroissial le lendemain. En revanche les registres paroissiaux ne conservent aucune trace du naufrage du navire suédois qui, à la fin du XVIIIe siècle, aurait fait naufrage, ne laissant qu’un rescapé ayant donné son nom, d’après la tradition, au « Trou à l’Homme », grotte naturelle formée au pied de la falaise d’Aval (Jacob Venedey, 1861, p. 79). Peut-être la légende a-t-elle été forgée à partir du naufrage de 1791 ?

La grotte du Trou à l’Homme ouverte dans la falaise d’Aval, marée haute, juin 2010

C’est une grotte immense dont le fond est dallé de pierres blanches, recouvertes d’un sable si fin qu’il passerait dans un tamis de soie. Avancez hardiment dans cette sombre caverne qui s’enfonce bien loin dans la montagne ; mais n’essayez pas de pénétrer jusqu’au fond, la tradition prétend que nul mortel ne le peut plus, depuis le passage des Demoiselles, qui ont établi leur demeure sur les deux pics qui dominent le rocher, comme les tourelles d’un grand château. Maintenant retournez-vous vers l’entrée de la grotte, puis contemplez, au reflet du jour, la mousse épaisse qui tapisse les parois des murs ; ne vous semble-t-il pas voir une riche tenture de velours cramoisi, semblable à tout ce que l’on raconte des palais des fées. A mesure que l’on sort du Trou à l’homme, on sent son cœur soulagé et un poids de moins pèse sur la poitrine, la nature semble plus belle et la lumière du jour est devenue plus éclatante.

Abbé Cochet, 1869, p. 117

Le XIXe siècle : naufrages en séries

Le 14 mars 1816, le « Saint Charles », commandé par le capitaine Desjardins, quitte le port de Fécamp pour faire la pêche ; pris dans une tempête à la hauteur de Cherbourg « à 5 ou 6 lieues de terre », il sombre durant la nuit suivante, entre minuit et deux heures du matin, entraînant dans la mort son équipage, dont François Marc Friboulet, qui s’était marié trois ans plus tôt avec Marguerite Elisabeth Lenormand. Celle-ci, qui était mère d’un enfant d’un an, devra attendre le jugement du tribunal civil de première instance de l’arrondissement du Havre, le 28 mai 1818, pour faire reconnaître son veuvage et autoriser son remariage avec Louis Prosper Gratien, également marin.

Le 17 juin 1820, c’est Jean Baptiste Guillaume Coquin, 36 ans, matelot à bord de la « Marie Anne », bateau de pêche commandé par Joseph Lubin Vallin, qui se noie en tombant à la mer au large du cap de la Hève.

« Cejourd’hui dix huit juin mil huit cent vingt, dix heures du matin (…) se sont présentés les nommés Joseph Lubin Vallin, Jean Nicolas Morisse, Jacques Nicolas Levasseur & Charles Mathurin Benoît Friboulet, tous quatre demeurant à Etretat, le premier embarqué en qualité de maître et les trois autres comme matelots sur le batteau La marie anne du dit lieu d’Etretat, jeaugeant cinq tonneaux & ayant six hommes d’équipage tout compris, lesquels nous ont déclaré qu’étant le jour d’hier vers les deux heures après midi à faire la pêche du maquereau à environ six lieues au nord de la Hève ils se sont apperçus que le nommé Coquin Jean Baptiste Guillaume (…) faisant partie de leur équipage était tombé à la mer, se trouvant alors à environ douze pieds de l’arrière du bateau, que dans l’intention de le sauver, ils ont jetté les avirons du batteau ainsi que tous les morceaux de bois disponibles, voulant lui fournir tous les moyens de se sauver sur l’eau mais que malgré tous leurs efforts ils n’ont pu parvenir à le sauver ayant immédiatement coulé (…) » (extrait du registre d’état-civil de la commune d’Étretat)

Tableau du rouennais Antoine-Léon Morel Fatio (1810-1871), peintre officiel de la Marine, « Naufrage d’un voilier », accroché dans l’église Notre-Dame d’Étretat ; à gauche, dans le lointain, le navire sauveteur Normandie

Le 17 juillet 1822 Guillaume Auguste Vallin, 36 ans, deuxième chef de timonerie, tombe de sa goélette à l’embouchure du fleuve Sénégal, et se noie « entre la pointe du Sud de l’Ile Saint-Louis et la pointe de l’île aux Chameaux de la terre de Barbarie», devant Saint-Louis du Sénégal.

Mais les catastrophes les plus sévères surviennent durant deux années consécutives, en 1823 et 1824.

Le 31 octobre 1823, le bateau pêcheur d’Étretat « le Saint-Charles » (étonnante coïncidence avec le naufrage de 1816) est englouti à 22h30 dans la rade d’Étretat, causant la mort de 9 marins :

  • Jean Jacques Paumelle, 53 ans, époux de Catherine Rose Allais, inhumé le 3 novembre 1823 ;
  • Jean Nicolas Morisse, 24 ans, inhumé le 18 novembre 1823 ;
  • Jean Nicolas Morisse, 59 ans, époux de Rose Vallin et père du précédent, dont le corps n’est pas retrouvé ;
  • Pierre Maillard, 58 ans, époux de Marie Anne Ledentu, maître du bateau le Saint-Charles, inhumé le 7 décembre 1823 ;
  • Pierre Romain Maillard, 34 ans, époux de Marie Françoise Clotilde Gosset et neveu du précédent, dont le corps n’est pas retrouvé ;
  • Jean Baptiste Martin Gosset, 26 ans, époux de Rose Pélagie Maillard et beau-frère du précédent, inhumé le 24 novembre 1823 ;
  • Jean Louis Lemarchand, 35 ans, époux de Marie Maillard et neveu par alliance de Pierre Maillard, dont le corps est retrouvé le 10 décembre 1823, flottant dans les vagues en face de la Gorge du Mesnil Argant sur la commune de Saint-Aubin-sur-mer, à plus de 50 kilomètres à l’est d’Étretat ; il a été inhumé dans le cimetière de Sotteville-sur-mer ;
  • Roger Mathieu Moriceau, 26 ans, époux de Catherine Houlbrèque, dont le corps n’est pas retrouvé ;
  • Joseph Madeleine Huchy, 41 ans, époux de Marie Huet, dont le corps n’est pas retrouvé.

Les marins disparus ont été déclarés officiellement décédés le 15 septembre de l’année suivante. En raison d’une confusion initiale avec le corps de Pierre Maillard, la description du corps de Jean Louis Lemarchand est très précise et nous renseigne sur les usages et l’équipement des marins de cette époque. Le cadavre portait une paire de grandes bottes de marin montant jusqu’à l’entrejambe, un pantalon d’étoffe bleue portant « un bouton d’os blanc à la ceinture du côté droit », un gilet rouge « au dos duquel une pièce tirant sur le bleu », une paire de bretelles de laine blanche ; « dans le gousset du pantalon une montre à double boîte façon anglaise ayant 3 aiguilles dont l’une marque les secondes, une chaîne à 4 branches, un cachet, le tout en argent, une clef en cuivre, dans l’une des poches un petit sac en cuir dans lequel est renfermé 4 pièces de 2 francs et 55 centimes en monnaie de cuivre, plus dans la même poche (…) un compte de pêche de maître Pierre Maillard d’Etretat à la consignation de Louis Augot portant dernière date du 31 octobre dernier, un passe avant délivré au bureau des douanes de la ville de Dieppe le 29 du même mois pour le transport de 8 quarts 3 huitièmes de harengs salés, le tout pour être embarqué sur le Saint Charles, un billet ou lettre d’échange de 100 francs payable fin novembre tirée sur Jacques Boizard négociant à Fécamp acceptée par ce dernier sur la signature de Louis Augot, négociant à Dieppe datée du 30 octobre 1823 (…) ».

Moins d’un an plus tard, le 21 avril 1824, à 22h00, en revenant de la pêche au maquereau, le bateau de pêche « l’Union », commandé par Jean Vallin, 30 ans, époux de Véronique Félicité Gosset, périt corps et biens avec son capitaine et son équipage, composé de :

  • Guillaume François Bisson, 35 ans, époux de Rose Claire Morin ;
  • Séraphin Bisson, 9 ans, mousse, fils du précédent ;
  • Michel François Richer, 60 ans, époux de Marie Françoise Marq ;
  • Jean Baptiste Amand Lebaillif, 28 ans, époux de Marie Françoise Vallin et beau-frère du maître de bateau.

Les corps de Michel François Richer et Guillaume François Bisson ne sont retrouvés que les 25 et 26 juin suivant, respectivement « à deux lieues de terre à l’ouest nord-ouest » et « à deux lieues de terre et au nord » d’Étretat, par des marins étretatais partis pour la pêche au maquereau mais qui ne peuvent les hisser à leur bord. Les disparus sont tous officiellement déclarés décédés le 20 septembre. Deux des petits-fils de Jean Vallin moururent également en mer : Anthime Numa Vallin, matelot de 3e classe, mourut à bord du trois-mâts « César » commandé par le capitaine François Isidore Beckmann, le 4 mai 1872 à 5 heures du soir, étant à la pêche à la morue sur le Grand Banc de Terre-Neuve ; il avait 23 ans. L’autre mourut l’année suivante dans la disparition du steamer « Marguerite » entre Hambourg et Le Havre (voir plus loin).

Dans l’après-midi du dimanche 25 mai 1828, sur le banc de Terre Neuve, par 43°50’ de latitude, un canot du brick « l’Amitié » de Fécamp chavire sous voile avec cinq personnes à bord ; un petit canot mis à la mer pour sauver l’équipage ne parvient à en sauver que trois. Les deux noyés étaient Pierre Louis Friboulet, 52 ans, marin de Criquebeuf domicilié à Saint Valéry-en-Caux et Jean Baptiste François Houlbrèque, 30 ans, marin d’Etretat, époux de Marie Apolline Elier.

A peine trois mois plus tard, c’est Nicolas Mathieu Levasseur, 54 ans, matelot natif de Bénouville, domicilié à Saint-Valéry-en-Caux, qui se noie le 18 août 1828 en mettant dehors la chaloupe du bateau « le Triton », à l’entrée du port de Dunkerque. Il s’était marié à Étretat, 32 ans auparavant, avec Marie Rose Friboulet.

Mais la série noire des naufrages n’est pas terminée. Le 9 mai 1835 la chaloupe « le jeune Henry » quitte Étretat pour aller vendre son poisson à Yport ; au retour elle fait naufrage, à 9 heures du matin, en face de la valleuse d’Etigues à Vattetot-sur-mer ; le lendemain un brigadier des douanes de Vattetot aperçoit deux cadavres flottant près du bord et les repêche. Les corps des naufragés sont identifiés comme étant ceux de Louis Belloncle, 39 ans, époux de Madeleine Florence Vallin, tisserand demeurant à Étretat, et de Jean Joseph Beaufils, 22 ans, marin d’Étretat. Le procès-verbal du maire fournit la description des deux marins : Jean Joseph Beaufils mesurait environ 5 pieds, avait les cheveux blonds, il portait un pantalon de toile grise, un caleçon de laine blanche, des bas de laine et des souliers ; Louis Belloncle faisait la même taille, ses cheveux étaient noirs comme sa barbe et ses favoris ; il était vêtu d’une chemise, un gilet, un pantalon, des bas et des souliers.

La mauvaise nouvelle, peinture de Pierre-Marie Beyle, 1885, Musée des Pêcheries de Fécamp

« Un jour, le père avait pris le commandement du deuxième bateau ; ils étaient tous deux (le père et le fils) dans chacun le leur ; il survint un orage très-fort sur la mer, et, comme j’ai toujours eu bien peur de l’orage, lorsque j’en vois apparence, je vais toujours chercher mes enfants et je les conduis chez nous. Voyant cet orage aussi fort, je vais chercher jusqu’à ceux de l’école. Je courais dans les rues en demandant si on ne les avais (sic) pas vus ; je trouvai ceux de terre, mais ceux qui étaient en mer, je ne pouvais pas en disposer. Je me lamentais, mon Dieu ! Nos pauvres marins, l’orage était sur eux ; au bout de quelques heures, on vit deux bateaux en escorter un autre ; tout le monde regardait ce que cela voulait dire, ces trois bateaux ensemble. Hélas ! c’était ce pauvre père qui traînait son propre fils ; le tonnerre était tombé à bord du bateau, avait coupé les cordages et tué notre pauvre fils. »

Alphonse Karr, Histoire de Rose et de Jean Duchemin, éd. Calmann Lévy, nouvelle édition, 1880, p. 157-158

Ce n’était hélas pas le premier drame qui frappa cette famille : le fils aîné de Rose et Jean, prénommé Jean Pierre, s’était embarqué à Fécamp en septembre 1829, à l’âge de 16 ans et avait disparu en mer. Joseph Isaac Duchemin fut le troisième fils à disparaître en mer, à environ douze kilomètres au large du cap d’Antifer, à l’âge de 32 ans : le bateau de pêche « la Généreuse Elisa », dont il était le patron, y sombra sous voiles le 4 juin 1851, à 4 heures du matin. Edouard Léopold Duchemin fut le quatrième de la fratrie qui mourut en mer, le 13 mars 1867, à 35 lieues au NW-1/4N des Iles Sorlingues (Scilly), alors qu’il était matelot hors-service à bord du lougre « Six-Sœurs » armé à Fécamp.

Certains drames ont quand même pu être évités grâce au dévouement de certains marins. On peut lire dans le Journal de Rouen du 5 janvier 1840 l’information suivante :

« M. le Préfet de Seine-Maritime a, par un arrêté en date du 31 décembre 1839, accordé les récompenses suivantes à différentes personnes qui, au péril de leurs jours, ont sauvé la vie à leurs semblables : (…)

6° 30 fr. à chacun des sieurs Hauchecorne et Coquin, marins à Etretat, qui se sont jetés à la nage et on sauvé, au péril de leur vie, les trois hommes du bateau la Jeune-Julie ;

7° 60 f. au sieur Duchemin, marin à Etretat, pour s’être jeté à la mer, et avoir ramené au port le bateau de pêche la Sainte-Anne, monté par deux hommes, qu’il a ainsi arrachés à une mort certaine ; (…) »

En 1849 ce sont deux marins étretatais qui meurent en mer : Jacques Jean Paumelle, marin de 53 ans, meurt à Étretat le 8 février, à 10 heures du matin, dans des circonstances qui ne sont pas indiquées. Le 13 juillet 1849 c’est Nicolas Edouard Recher, matelot inscrit au quartier de Fécamp, qui meurt sur le « Doris», navire de 191 tonneaux armé à Fécamp, commandé par Lemarchand et mouillé sur le Grand Banc de Terre Neuve par 44°47’ de latitude Nord et 53°40’ de longitude Ouest ; la cause du décès n’est pas précisée. Deux frères de Nicolas Recher moururent également loin de leur foyer : Théodule Célestin Recher, matelot à la 12ème compagnie sur le vaisseau « la Ville de Paris » s’éteignit en 1852 à l’hôpital militaire d’Ajaccio, tandis que François Xavier Recher mourut à l’âge de 17 ans, au milieu de l’Atlantique Nord, le 9 octobre 1856, alors qu’il se trouvait à bord du trois-mâts du commerce « Virgile » jaugeant 264 tonneaux, armé à Fécamp, le navire « étant à la voile par 46°25’ Nord et 34°10’ Ouest » ; là encore, la cause du décès est inconnue.

Le 10 octobre 1852 le cadavre d’un homme  de 45 à 50 ans est trouvé flottant à environ 5 milles au nord d’Étretat par le bateau « L’Union », d’Honfleur, qui le ramène sur la plage ; l’inconnu, qui semblait avoir séjourné une quinzaine de jours dans l’eau, avait « le crâne et la figure tout-à-fait dénudés, le front déprimé, les yeux enlevés ainsi que le nez (…) ». Il était vêtu d’une « chemise en calicot blanc à larges plis sur le devant et deux boutonnières sans boutons ; cravate en tricot de laine violette et blanche ; caleçon en laine bleue et dessus autre caleçon en toile blanche ; pantalon gris croisé à large pont, bretelles en tricot de coton blanc avec boucles en acier ; lambeau d’un gilet en étoffe de laine bleue, chaussé de bas de laine grise tricotés, retenus par des ficelles et de gros souliers brodequins à clous à la semelle et fers au talon, aucun des vêtements n’était marqué et aucun papier n’a été trouvé dans les poches du pantalon qui renfermaient seulement un couteau de forme anglaise, un foulard en coton, fond violet avec fleurs blanches, deux pipes en terre cuite et une boite à tabac ». L’habillement indique qu’il s’agit probablement d’un marin.

Le 8 août 1857 Gustave Isidore Pelfresne, 14 ans, mousse à bord du lougre « Gustave », commandé par Charles Ledun, de Fécamp, meurt à Yarmouth, « tué par un palan de la vergue de misaine ». Au large de Yarmouth, les pêcheurs normands venaient pratiquer la pêche au hareng à partir de la fin de l’été et au début de l’automne. Un frère cadet de Gustave, également pêcheur, mourra neuf ans plus tard du choléra asiatique au workhouse de l’Union à Scarborough dans le comté de York, à l’âge de 17 ans, tandis qu’en 1874 c’est un frère aîné, âgé de 34 ans, qui décède à bord du trois-mâts fécampois « Trois-Frères », étant à l’ancre sur le banc de Terre-Neuve par 46°42’N et 52°33’W. Par un singulier coup du sort, c’est à bord du même navire que Théophile Achille Lenormand, matelot étretatais de 3e classe et patron de doris, décède le 22 août 1881, étant sur le Grand Banc de Terre-Neuve par 43°59’N et 51°W.

La série des naufrages reprend en 1858 ; entre cette date et la fin du siècle, près d’une dizaine de naufrages entraînent la mort de marins étretatais. Le 6 mai 1858, le bateau de pêche « l’Eté » d’Étretat chavire sous voiles à environ un demi-kilomètre de la plage de Bruneval. Le naufrage fait deux victimes : Adam Zéphyr Martin, patron du bateau, âgé de 45 ans et Jérôme Pierre Lebourgeois, matelot âgé de 32 ans. Grâce aux secours apportés par les témoins du drame, une partie de l’équipage est sauvé, dont Jean Thomas Lemonnier.

Quatre ans plus tard, un drame presque identique se produit dans la traverse de Saint-Jouin, le 21 février 1862 vers cinq heures du soir : le bateau de pêche « le Saint Louis », sur lequel s’étaient embarqués les matelots Arthur François Coquin, Pierre Florentin Beaufils, Philippe Louis Levasseur, Maillard, et le mousse Cauvin, chavira avec toutes ses voiles et sombra immédiatement : Maillard et Cauvin furent les seuls rescapés, les trois autres coulèrent alors que Jean François Coquin –le frère d’Arthur François- arrivait pour leur porter secours. Le corps de Beaufils fut retrouvé le 12 avril sur le rivage de Veules et identifié par un tatouage sur le bras droit et les initiales P-B.F. sur les vêtements, celui de son beau-frère Levasseur fut retrouvé le 18 avril à Veulettes. Arthur François Coquin, dont le corps demeura introuvable, fut déclaré officiellement décédé le 25 août, ce qui permit enfin d’ouvrir des droits à sa veuve.

L’année suivante, le lougre « Express » de Fécamp, parti en mars 1863 pour faire la pêche à la morue en Islande et commandé par le capitaine Louis Hénavel, disparaît corps et biens dans une tempête à 35 ou 40 kilomètres au large de cette terre, entre le 25 et le 28 avril 1863 ; à son bord se trouvaient un novice étretatais, Arsène Henry Leleu, âgé de 16 ans et demi et un matelot étretatais de 3e classe, Léon Frédéric Aldry Martin, âgé de 26 ans.

Florentin Hypolithe Duclos, marin étretatais de 28 ans, embarqué sur le trois-mâts fécampois « Frère et sœur », meurt le 24 octobre 1863 en rade de Pauillac (Gironde) ; la cause de la mort n’est pas précisée. En février 1864, le « Frère et Sœur » partit de Fécamp pour une campagne de pêche à la morue à Saint-Pierre-et-Miquelon ; il fit escale à Sétubal (Portugal) et ne donna plus signe de vie après son départ de ce port, ce qui le fit présumer perdu corps et biens, d’autant qu’une volente tempête survint dans l’Atlantique Nord en mars-avril de cette année ; les membres de son équipage furent officiellement déclarés morts par un jugement du 27 juin 1867.

Le 14 novembre 1870 c’est un marin de Regnéville, Eugène Auguste Chauvin, âgé de 39 ans, qui fait naufrage près de la porte d’Aval. Son corps est retrouvé deux semaines plus tard par Martin Vallin, syndic de la marine et Thomas Maximilien Lemonnier, garde maritime.

Le 20 juillet 1871 Joseph Hyppolite Coquin, âgé de 36 ans, est retrouvé mort sur la grève à Octeville-sur-mer, à l’endroit de la Moulière.

Les années 1873-1874 furent particulièrement meurtrières pour les marins étretatais, aussi bien pour les pêcheurs que pour les marins au commerce : le 1er septembre 1873 le navire à vapeur « Ardent », armé au Havre, quitte Kerteh en Mer Noire pour rejoindre Constantinople et disparaît corps et biens le lendemain dans une violente tempête ; parmi les 23 hommes d’équipage figurait un matelot étretatais, Jérôme Henri Léon Morin, âgé de 20 ans.

Le 15 décembre 1873 le steamer « Marguerite », armé au Havre le 30 avril 1873 et commandé par le capitaine Herpin, quitte Hambourg le 15 décembre pour regagner son port d’attache. La Marguerite « n’ayant plus donné de ses nouvelles depuis ce jour » est, quatre mois plus tard, « considéré comme ayant péri corps et biens », avec ses 23 hommes d’équipage et 11 marins naufragés provenant du steamer « Persévérance » Parmi l’équipage figuraient trois marins étretatais : Sévère Alphonse Vallin, 28 ans, Pierre Benoît Homont, 37 ans et Henry Charles Albert Bisson, 23 ans.

Le 11 février 1874, un « coup de vent terrible avec trombe d’eau » s’élève vers 6 heures et demi de l’après-midi devant Bruneval et plusieurs bateaux faisant la pêche au bouquet disparaissent avec leurs hommes d’équipage sous les yeux de plusieurs marins ; parmi ces bateaux figurait l’Ave Maria, annexe du canot « Marie Marthe », monté par 3 marins et commandé par François Séraphin Vallin, matelot de 2e classe, qui disparait à l’âge de 50 ans. La disparition sera actée par jugement du 8 janvier 1883 seulement et retranscrite le 15 février de la même année.

Le 14 avril 1874, le lougre « Clémence », armé à Fécamp pour la pêche à la morue et parti deux mois plus tôt, est perdu corps et biens dans les parages d’Islande ; parmi l’équipage figuraient Jules Auguste Lebrasseur, marié 4 ans plus tôt, Anthime Henry Morisse, âgé de 37 ans, et Léopold Zéphyr Déhais, âgé de 39 ans.

Le 26 décembre 1881, un marin étretatais de 54 ans, Marin Théodule Leporq, meurt en mer à bord du « Saint-Crépin » se trouvant près d’Étretat ; ses deux frères cadets sont témoins du drame ; leur père, originaire de Vattetot, meurt à son domicile à Étretat cinq jours plus tard.

Funérailles à la mer, d’après le tableau d’Henry Bacon présenté au Salon de 1879

Pendant la traversée de Fécamp à Saint-Pierre-et-Miquelon, l’équipage du sloop « Notre-Dame de Bonsecours » disparait dans l’océan Atlantique ; la date du décès des marins est fixée à la date du 6 avril 1885 par un arrêt de la cour d’appel de Rouen ;  parmi les six membres d’équipage disparus figurent trois Fécampois et Jean François Beaufils, un matelot étretatais de 39 ans qui s’était marié à Fécamp douze ans auparavant.

« (…) attendu que cette absence de nouvelles pendant cinq années qui seront révolues dans quelques jours, laps de temps supérieur à celui prescrit par l’administration de la Marine pour faire présumer la disparition de marins naviguant au long cours, ne laisse subsister aucun doute sur le sort de ceux qui ont certainement péri avec le Notre Dame de Bonsecours dans des circonstances devant rester à jamais inconnues ; que les renseignements fournis par l’enquête supplémentaire à laquelle il a été procédé depuis le jugement frappé d’appel et qui répondent aux objections qui ont été consignées, expliquent par les présomptions les plus sérieuses que, dans un voyage à travers l’Atlantique par les temps d’orage, de coups de vent et de brumes qui ont régné dans la Manche et l’Océan aussitôt après le départ du navire, un sloop au gréement de Notre-Dame de Bonsecours, monté par un équipage insuffisant pour la manœuvre pendant la tempête, ait pu sous l’effort du gros temps, ou à la suite d’une collision, périr corps et biens sans qu’il ait été vu en situation périlleuse, sans qu’on en ait retrouvé aucune épave ; que la rapidité actuelle des communications et les renseignements donnés sur les marins formant l’équipage ne permettent pas de supposer qu’ils aient été recueillis par un autre navire ou qu’ils aient abordé en côtes lointaines ; que les autres hypothèses auxquelles se livre le jugement dont est appel ne sont pas moins invraisemblables (…) » (Extrait des attendus de l’arrêt rendu par la première chambre civile de la cour d’appel de Rouen le 24 mars 1890)

Autre victime de la grande pêche, Albert Placide Léon Paumelle meurt le 11 février 1891 dans la traversée de Fécamp au Grand Banc de Terre Neuve.

Deux marins étretatais disparaissent en mer lors du dernier naufrage du XIXe siècle, survenu le 27 juillet 1895 ; les corps de François Lecanu, 51 ans, et Philippe Armand Arthur Maillard, 45 ans sont retrouvés respectivement huit jours et deux semaines plus tard, l’un sur la plage de Saint-Jouin, l’autre à Bruneval.

C’est accidentellement que Jules Eugène Léon Baril, marin du « Jeanne Conseil », se noie à 19 ans dans le comté de Baltimore (Maryland), le 2 juin 1896, en se baignant au wharf de Sparrow’s Point.

Les naufrages du XXe siècle

Le premier navire de ce siècle à faire naufrage à Étretat a été immortalisé par le photographe fécampois Louis Jourdain, dont les cliches furent édités en cartes postales ; il s’agit de la goélette néerlandaise « Zuiderzee », un bâtiment de 45 mètres, chargé de sable, qui se dirigeait vers Cherbourg. Le Journal de Fécamp a fourni le récit détaillé de l’accident. Dans la nuit du 29 octobre 1909, une forte tempête de Nord souffle en Manche ; le navire naviguant vent arrière, se dirige vers les feux de signalisation d’Étretat que l’équipage a confondus avec ceux de Fécamp. Lorsque le capitaine s’aperçoit de son erreur et donne l’ordre de virer de bord, le rivage est trop proche et le bateau, pris en travers par les vagues, s’échoue sur la plage au milieu de la baie, occasionnant la mort d’un jeune marin, Adriaan Koets, qui était né à Vrouwenpolder (province de Middleburg). Le jeune homme a sauté du bateau côté mer et s’est trouvé pris par les vagues. Son corps est retrouvé sur la grève étretataise, au lieudit « la Fontaine », deux jours après le naufrage. Une semaine plus tard, le 6 novembre, le cadavre d’une inconnue d’environ 45 ans est retrouvé par Marthe Paulina Vatinel, épouse Hauville, « sur la grève au droit du terre-plein des cabestans », mais ce décès ne présente apparemment pas de rapport avec le naufrage. Pour l’anecdote, la cargaison de sable du Zuiderzee a été vendue à l’entreprise de maçonnerie de Georges Nouet.

Entre les deux guerres, deux naufrages sont à déplorer au large d’Étretat.

Lors du naufrage du « Jean-Pierre » le 3 novembre 1922, périssent Albert Gaston Vallin, âgé de 48 ans, son frère Georges Léon Vallin, âgé de 43 ans et Louis Henri Auguste Mallet, âgé de 50 ans.

« Vers 1920, Vallin allait à la pêche au hareng en caïque à la voile, sans moteur. Sa caïque avait une dérive (une quille) qui était utilisée en mer pour compenser le gîte provoqué par la voilure. Cette dérive, remontée avant d’échouer, coulissait à l’intérieur de la caïque dans un fourreau constitué de deux cloisons en bois. D’après Dédé Vatinel et ses matelots, en bateau dans les parages de Vallin, une nuit, ils ont entendu des cris. Ils ont interprété ces appels comme étant la manifestation d’une bonne pêche. En réalité, Vallin et son équipage coulaient. On a supposé qu’étant chargée d’une bonne pêche la caïque avait un niveau trop bas et l’eau est remontée par le fourreau de la dérive. L’eau a rapidement rempli le bateau, qui a coulé en quelques minutes. Le naufrage s’est produit à un mile en face d’Étretat. » (Maurice Duclos, témoignage recueilli par Jean-Pierre Thomas le 24 septembre 2001).

Le 25 juillet 1931, vers 13h20, la barque étretataise « Jeanne d’Arc II » fait naufrage au large d’Etretat, entraînant la mort du patron pêcheur Joseph Léon Recher, 41 ans, dont le corps est retrouvé en mer le 4 août, des marins François Joseph Recher, 56 ans (dont le corps est retrouvé au nord-ouest de Fécamp le 6 août), Lucien Joseph Onésime Dalibert, 57 ans (dont le corps est retrouvé en mer le 6 août) et Théodule Henri Thomas, 57 ans (dont le corps est retrouvé le 11 août sous la falaise de Mesnil-Val, entre Criel et Le Tréport). Un vacancier toulousain, Lucien Marie Louis Parfait Bascoul, négociant en articles de publicité, demeurant Vincennes, y également laisse la vie.

Le 13 septembre 1958, deux navires pétroliers, le français « Fernand-Gilabert » et le libérien « Milika », entrent en collision dans le golfe d’Oman et prennent feu. Les pertes s’élèvent à 15 hommes sur le Milika et à huit, dont le marin étretatais Georges Fanonnel, sur le Fernand-Gilabert.

« La mousson soufflait à 30 nœuds lorsque la collision s’est produite. La mer était agitée et recouverte d’une brume de chaleur. « Les navires se heurtèrent dans un fracas épouvantable, a déclaré le radio du pétrolier français Léopold Planavergen, vingt-huit ans. J’ai essayé d’entrer dans ma cabine pour lancer un S.O.S., mais les appareils étaient démolis et brûlaient. Je gagnai alors le pont où régnait une chaleur terrible et où, parmi la fumée, régnait la confusion. Les bateaux de sauvetage tombaient à la mer. J’ai dû ramper pour éviter le feu. Je voulais aller vers la poupe où se trouvaient d’autres canots, mais avant que je puisse les atteindre ils prirent feu, et leurs occupants furent précipités à la mer. Les navires s’éloignèrent l’un de l’autre. Je sautai à l’eau et fus recueilli par le pétrolier suédois Cérès ». A bord du Milika la situation était pire encore. Le pétrolier français était vide. Le bateau libérien était chargé de pétrole. L’équipage l’abandonna en toute hâte sans même arrêter les machines. » (Le Monde du 16/9/1958).

Le 4 février 1969 Yvon Beuzelin, mousse à bord du chalutier « Nicolas Selles », immatriculé à Fécamp, disparaît en mer à l’âge de 16 ans. Près de quatre mois plus tard le même navire, sous les ordres du commandant Victor Horel, est abordé par le chalutier anglais « Cassio ». La collision occasionne d’importants dégâts mais n’entraîne pas de pertes humaines.

Le dernier marin étretatais de cette liste est Victor Coquerel, mort en mer le 19 septembre 1973 à l’âge de 38 ans.

Ex-votos dans la chapelle Notre-Dame de la Garde, inaugurée le 22 août 1950 en remplacement de l’ancienne chapelle des Marins

Les victimes des conflits sur mer

Aux dangers ordinaires de la pêche et de la navigation s’ajoutent les embûches humaines pendant les périodes de conflit, au cours desquelles de nombreux marins étretatais furent réquisitionnés pour servir sur les mers du monde. Si les victimes de combats ou d’accidents de navigation sont relativement peu nombreuses, la maladie –fièvres et maladies tropicales ou épidémies- fit beaucoup plus de ravages dans les rangs des marins, à cause de la promiscuité à bord, des conditions d’hygiène et d’alimentation pernicieuses et de la précarité des soins ; mais c’est un autre sujet.

Les Guerres de la Révolution et de l’Empire

En février 1793, la Convention décide de décréter la levée en masse de 300.000 hommes pour assurer la défense de la Patrie menacée par les puissances contre-révolutionnaires. Ce sont les soldats de l’an II, célébrés par Victor Hugo soixante ans plus tard.

« les ouvriers qui se livraient au travail des huîtres sont en bien petit nombre maintenant. Beaucoup font le service de la pêche en remplacement des matelots qui sont à la défense de la patrie. Ils préfèrent travailler au hareng dont la pêche pourra être aussi abondante que l’année dernière et ils y gagneront plus. Les ouvriers en tout genre sont en réquisition continuelle (…) » (lettre de Bardel au « baron de Bellevert », 25 juin 1794, cité par Lindon 1955).

Louis Dominique Lemaitre et Jean Jacques Nicolas Houlbrèque, marins embarqués sur un navire de la République, sont tous deux morts dans des circonstances inconnues « au port de Dunkerque » dans le courant du mois de vendémiaire an III (septembre-octobre 1794), deux mois avant la naissance de leurs filles respectives.

Embarqué dans le 41e bataillon de marine, 6e compagnie, Jean Martin Beaufils, matelot à 21 francs, meurt dans le naufrage d’une péniche impériale à l’est du port de Boulogne-sur-mer le 18 octobre 1808. Les péniches étaient des bâtiments  de 19 mètres de long, dotés de la voilure d’un lougre avec treize paires d’avirons et armés d’un obusier de 36 ; leur équipage était de cinq hommes. Elles étaient destinées à transporter 66 hommes de troupe et faisaient partie de la flottille de guerre constituée par Napoléon Bonaparte entre 1803 et 1805 dans le cadre du projet d’invasion de l’Angleterre depuis le camp de Boulogne (Roucaud 2018). Toujours en rade de Boulogne, moins de trois mois plus tard, le 7 janvier 1809 précisément, Jean Baptiste François Rioult, 42 ans, marin natif de Bénouville, demeurant à Etretat, meurt sur le bateau pêcheur n°52, alors qu’il était incorporé comme marin aide-canonnier dans le même bataillon que Jean Beaufils, mais dans la 7e compagnie.

Mais l’affrontement avec l’Angleterre ne se limitait évidemment pas à la Manche où l’ennemi imposait le blocus des ports français et c’est sur toutes les mers du monde que les Anglais s’efforçaient de conserver leur hégémonie, pourchassant tout navire arborant le pavillon tricolore ; les romans maritimes de Patrick O’Brian, qui ont inspiré le film de Peter Weir, Master and Commander, ressuscitent ces combats, tel que celui que vécut la frégate « L’Étoile ». Le 24 novembre 1813, celle-ci quitte le port de Nantes « pour aller en croisière le long des côtes de l’Afrique ». Les marins yportais Nicolas Baudouin et Jacques Martin, présents à bord, racontent la suite devant un notaire de Fécamp le 11 juin 1815 :

« le vingt quatre janvier huit cent quatorze, passant le long des îles du Cap Vert, ils furent rencontrés par la frégate anglaise La Créole, qui leur livra un combat, Adrien Guillaume Fauvel (marin domicilié à Etretat) fut tué par un boulet de canon vers une heure après-midi, qu’ensuite la frégate L’Étoile continua sa route jusqu’à la ligne Méridionale et revint ensuite le long des côtes de France, et que le vingt sept de mars de la même année cette frégate fut prise par les Anglais près l’île de Guernesey après quatre heures de combat ».

Les souvenirs des combats de la marine à voile subsistent dans quelques chants de marins, comme Le combat de la Danaé, qui relate le combat naval de 1759 au cours duquel le fils et le petit-fils du corsaire dunkerquois Jean Bart moururent de la même façon qu’Adrien Fauvel, ou encore Au 31 du mois d’août, qui commémore la prise du Kent par le corsaire Surcouf en 1800.

Les expéditions militaires du XIXe siècle

La Restauration ne ramène pas la paix. En janvier 1823, Louis XVIII décide de voler au secours de Ferdinand VII d’Espagne, qui fait face à un soulèvement populaire contre sa tyrannie ; il envoie un corps expéditionnaire au-delà des Pyrénées afin d’aider au rétablissement de la monarchie absolue. La marine participe à l’agression. Parmi les objectifs, figure la prise de la citadelle d’Algésiras ; c’est lors de cette action que Benoît Michel Recher, novice à 18 francs, meurt le 14 août 1823, dans la rade, sur la frégate « la Guerrière » commandée par le capitaine Le Marant de Kerdaniel, des suites de blessures reçues au combat la veille ; il avait 18 ans.

La Seconde Guerre Mondiale

Le naufrage du Meknès

Le 24 juillet 1940  le paquebot « Meknes », qui ramenait 1300 marins français démobilisés de Portsmouth vers la France fut torpillé dans la Manche par les Allemands. Ce crime de guerre fit 420 victimes dont les corps furent retrouvés au long des côtes normandes et anglaises (http://www.lesoubliesdumeknes.fr/meknes-accueil.php?page=naufrage) ; celui d’Ernest Jean Perrin, matelot mécanicien natif de Nantouillet en Seine-et-Marne, fut retrouvé un mois après le naufrage au pied de la valleuse de Jambourg. La qualification de « Mort pour la France » lui fut accordée en 1943.

Le torpillage du Simon-Duhamel II

Deux frères Homont, Raymond et Louis, étaient à bord du chalutier « Simon-Duhamel 2 », lorsque celui-ci, connaissant une avarie de moteurs, se détacha du convoi TE-20 remontant les côtes africaines et fut torpillé par le sous-marin allemand U-755 au large de l’île d’Alboran, entre le Maroc et l’Espagne, le 2 avril 1943 ; le naufrage, qui ne dura que quelques minutes, ne laissa qu’un survivant parmi les 53 hommes d’équipage. Raymond et Louis Homont ont été reconnus morts pour la France et leur nom figure désormais sur le monument aux morts étretatais (http://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2020/05/20/graves-dans-la-pierre-les-monuments-aux-morts-etretatais/).

Un tragique malentendu

En janvier 1944, Rommel séjourna brièvement à Étretat lors d’une tournée d’inspection. D’après des témoignages, les forces d’occupation allemandes auraient ordonné à deux pêcheurs étretatais, Ernest Recher (dit Tite Biche) et Ernest Vatinel (dit Tit Brick) de sortir leur doris pour ramener du homard à la table du maréchal. Mais l’information n’aurait pas été communiquée aux soldats chargés de veiller au respect des restrictions de navigation, qui ont mitraillé l’embarcation depuis la falaise d’Aval, tuant Ernest Recher et blessant à la main Ernest Vatinel (Baillard et Thomas, 1997). Selon d’autres sources, ce récit mélangerait deux évènements, le mitraillage d’Ernest Vatinel en 1940 et le mitraillage du bateau dans lequel se trouvaient Ernest Recher et Alfred Mallet le 30 janvier 1944 (Thomas, 2015).

Naufrage d’un chasseur de sous-marins allemand à Bénouville

L’aiguille de Belval devant Bénouville; à l’arrière-plan, Étretat et la Porte d’Amont

Le 27 août 1944, peu avant minuit, un convoi composé de sept dragueurs de mines de la Kriegsmarine et de deux chasseurs de sous-marins, les bâtiments UJ 1433 et 1431, faisant route du Havre à Dieppe, est détecté par les Alliés entre Antifer et Étretat. Il est pris en chasse par la marine britannique ; le destroyer La Combattante subit les tirs des navires allemands et des batteries côtières mais réussit à toucher le navire UJ 1433 où un incendie se déclare ; le bâtiment, devenu incontrôlable, dérive et finit par sombrer à un mille nautique au Nord de l’aiguille de Belval, par 20-25 mètres de fond. Près de soixante ans plus tard, en avril 2003, un bâtiment de plongeurs démineurs de la Marine Nationale, le Vulcain, vient inspecter la coque de l’UJ 1433, à la recherche de munitions pouvant présenter un danger pour la navigation. Les plongeurs ne découvrent aucun explosif mais remontent de l’épave quelques objets. La fiche de cette épave peut être consultée sur le site du GRIEME (https://grieme.org/epaves/index.php?option=com_content&view=article&id=102:uj-1433&catid=32:u#naufrage). C’est dans ce secteur que se trouve le banc Sainte-Anne, où, dit-on, le marquis de Créquy, exilé par le roi de France et qui avait choisi de vivre sur un bateau spécialement construit, serait venu s’échouer en 1766 à la suite d’une tempête ; réfugié dans le poste de garde-côtes d’Étigues, il aurait refusé l’hospitalité que lui offrait le seigneur de Bénouville, dont la réputation lui déplaisait (Cochet 1869, p. 152-153).

Les rites religieux et la bénédiction de la mer

Jésus apaisant la tempête, oeuvre de Jean-François Bernard (1829-1894) dans l’église Notre-Dame d’Étretat ; cet ex-voto fait partie des trois tableaux jadis accrochés dans la chapelle des Marins, sur la falaise d’Amont, et retrouvés en 1970 dans une maison étretataise (Delarue, 2005, p. 84)

Les victimes de la mer ont été suffisamment nombreuses pour susciter des rites à visée tant mémorielle que prophylactique, les marins étant, selon l’opinion courante, considérés comme des gens à la fois superstitieux et religieux. La chapelle Notre-Dame de la Garde fut édifiée à Étretat en 1855, à la suite du prêche d’un jésuite rouennais et d’une souscription subséquente ; elle fut inaugurée le 6 août 1856, deux ans seulement après la proclamation par le pape Pie IX du dogme de l’Immaculée Conception qui marqua le renouveau du culte marial (Lepage 1980). Sa position sur la falaise d’Amont, bien visible de la mer, rappelait celle de la chapelle Notre-Dame du Salut à Fécamp, sise au sommet du cap Fagnet. Elle était ornée d’ex-votos et des messes dites d’armement y étaient célébrées avant le début de chaque campagne de pêche (Lindon 1963, p. 65-66), en particulier à la Saint Pierre (29 juin), patron des marins. Se plaçant sous la double protection du Seigneur et de la Vierge, les pêcheurs espéraient à la fois obtenir une pêche abondante, à l’image de la pêche miraculeuse de l’Évangile (Luc 5: 1-11, Jean 21: 1-6) et se prémunir des dangers des mers comme dans l’épisode de la tempête apaisée par le Christ (Marc 4: 35-41). Détruite par les Allemands en 1942, la chapelle fut reconstruite en 1950 au même emplacement et inaugurée le 22 août. Devenue par la suite propriété privée, elle a été mise en vente en 2014 par l’agence Patrice Besse pour la somme de 280.000 euros et rachetée par le Conservatoire du Littoral.

L’ancienne chapelle des Marins, carte postale « édition spéciale Guillard, tabacs Etretat » ; on aperçoit en arrière-plan l’ancien monument aux aviateurs Nungesser et Coli, également détruit par l’armée allemande
Construction de la nouvelle chapelle Notre-Dame de la Garde en 1950

Vierge étoile de la mer

Gardez-nous du gouffre amer

Dans la nuit la plus obscure

Servez de phare et de Nord

Tracez-nous la route sûre

Guidez-nous âmes et corps

Extrait du Cantique à Notre-Dame-de-la-Garde, chanté lors de la Saint-Pierre des marins

Outre les offices liturgiques suivis par les marins, une cérémonie catholique spécifique au monde martitime a été instituée dans le courant du XIXe siècle, la bénédiction de la mer. Conçue comme un hommage aux disparus en mer, mais aussi destinée à prévenir des périls de navigation comme des invasions marines, elle est célébrée à Étretat le jour de l’Ascension. Traditionnellement, à l’issue d’une procession chantée partant de l’église Notre-Dame, le prêtre desservant la paroisse se rend sur la plage et monte avec les enfants de chœur sur une barque de pêche en bois, décorée de drapeaux pour l’occasion et conduite par un marin. Les embarcations des pêcheurs, remplacées à la fin du XXe s. par celles des touristes, entourent la barque. Parvenu à quelques mètres du rivage, le prêtre bénit la mer, l’enjoint de ne point submerger le rivage en prononçant le verset biblique « usque huc venies et non procedes amplius et hic confringes tumentes fluctus tuos » (Job, 38 :11) et jette une gerbe de fleurs dans les flots, en souvenir des victimes, avant de regagner la rive. Lorsque la mer est trop mauvaise pour embarquer (ou si le prêtre ne se sent pas le pied marin), la cérémonie se déroule sur le galet.

Plus au nord, dans le Boulonnais comme à Calais, une cérémonie identique existait également mais l’officiant bénissait la mer depuis le rivage.

Procession de l’Ascension, carte postale ré-éditée par François Vincent, photographe à Étretat
Procession de l’Ascension place du Général de Gaulle dans les années 1960
Cérémonie de la bénédiction de la mer sur le perrey dans les années 1960
Bénédiction de la mer dans les années 1960
Carte postale François Vincent ; la nouvelle chapelle Notre-Dame de la Garde est visible sur le sommet de la falaise à droite
Cartes postales du début du XXe siècle

Ce sont les mêmes préoccupations qui s’expriment dans la cérémonie du baptême des bateaux. Comme dans le sacrement décerné aux humains, le rite est célébré par le prêtre, qui accorde la bénédiction divine. Le marin espère ainsi à la fois la protection contre les dangers de la mer et la réussite de ses futures pêches. Dans ces conditions, on comprend mieux le courroux de Rose Duchemin lorsqu’elle comprit que Maxime Du Camp, le mondain parisien qui avait proposé de parrainer le bateau de son mari, lui avait octroyé le nom d’une actrice, Elisa Boisgontier (1817-1877) « une jolie fille, de plus peu timide, fort coquette et d’humeur gaillarde » selon le portrait qu’en faisait Salvador en 1844.

Baptême d’une caïque (le Saint-Pierre), copie d’une lithographie d’Eugène Le Poittevin (coll. privée)

Il (Maxime Du Camp) fit, en effet, un grand baptême, tout l’équipage y fut, ainsi que moi, comme femme de l’armateur ; je n’y restai pas longtemps. Une fois qu’il eut bien soupé, il commença à chanter des chansons affreuses ; le ciel en rougissait. Je revins bien vite chez nous, il y eut des marins qui partirent de table aussi. Il leur conta que le nom qu’il avait donné au bateau était le nom d’une femme qui prenait dix mille francs à la soirée, à force qu’elle était belle. Nous nous regardâmes tous en disant :- Voilà un joli nom pour un bateau, nous qui ne donnons que des noms de saints ou saintes, nous n’aurons pas de chance pour la pêche pendant que nous trouverons ce nom en mer.

Alphonse Karr : Histoire de Rose et de Jean Duchemin, écrite en 1844 par Rose Duchemin, née Vallin

Un triste bilan

Le tableau ci-dessous dresse la liste des marins étretatais qui périrent en mer, abstraction faite des marins victimes de maladies ou d’accidents et qui sont morts loin de chez eux, dans un quelconque hôpital maritime.

DateLieuVictimes étretataises
1777 Étretat Jean LEFEBVRE
Nicolas ALLAIS
Jean LEMONNIER
Jean Baptiste COUSIN
Nicolas LESUEUR
1794 Dunkerque Louis Dominique LEMAITRE
Jean Jacques Nicolas HOULBREQUE
1808 Boulogne-sur-merJean Martin BEAUFILS
1816 Cherbourg François Marc FRIBOULET
1820 Cap de la Hève Jean Baptiste Guillaume COQUIN
1822 Saint-Louis-du-Sénégal Guillaume Auguste VALLIN
1823 Étretat Jean Jacques PAUMELLE
Jean Nicolas MORISSE
Jean Nicolas MORISSE
Pierre MAILLARD
Pierre Romain MAILLARD
Jean Baptiste Martin GOSSET
Jean Louis LEMARCHAND
Roger Mathieu MORICEAU
Joseph Madeleine HUCHY
1824 Étretat Guillaume François BISSON
Séraphin BISSON
Michel François RICHER
Jean Baptiste Amand LEBAILLIF
1828 Terre-Neuve Jean Baptiste François HOULBRÈQUE
1829 Fécamp Jean Pierre DUCHEMIN
1835 Étigues Louis BELLONCLE
Jean Joseph BEAUFILS
1838 Étretat Joseph Lubin DUCHEMIN
1849 Étretat Jacques Jean PAUMELLE
1849 Terre-Neuve Nicolas Édouard RECHER
1851 Cap d’Antifer Joseph Isaac DUCHEMIN
1857 Great Yarmouth Gustave Isidore PELFRESNE
1858 Bruneval Adam Zéphyr MARTIN
Jérôme Pierre LEBOURGEOIS
1862 Saint-Jouin Arthur François COQUIN
Pierre Florentin BEAUFILS
Philippe Louis LEVASSEUR
1863 Islande Arsène Henry LELEU
Léon Frédéric Aldry MARTIN
1867 Iles Scilly Édouard Léopold DUCHEMIN
1871 Octeville-sur-mer Joseph Hyppolite COQUIN
1873 Mer Noire Jérôme Henry Léon MORIN
1873 Mer du Nord Sévère Alphonse VALLIN
Pierre Benoît HOMONT
Henry Charles Albert BISSON
1874 Bruneval François Séraphin VALLIN
1874 Islande Jules Auguste LEBRASSEUR
Anthime Henry MORISSE
Léopold Zéphyr DÉHAIS
1881 Étretat Marin Théodule LEPORQ
1885 Atlantique Nord Jean François BEAUFILS
1891 Atlantique Nord Albert Placide Léon PAUMELLE
1895 Saint-Jouin François LECANU
Philippe Armand Anthime MAILLARD
1922 Étretat Albert Gaston VALLIN
Georges Léon VALLIN
Louis Henry Auguste MALLET
1931 Étretat Joseph Léon RECHER
François Joseph RECHER
Lucien Joseph Onésime DALIBERT Théodule Henri THOMAS
1958 Golfe d’Oman Georges FANONNEL
1969 Fécamp Yvon BEUZELIN
1973   Victor COQUEREL
Total   65 hommes

La somme totale des Étretatais morts en mer, depuis le dernier quart du XVIIIe siècle, s’élève donc à une soixantaine en deux siècles, en excluant les victimes de combats navals. On rapprochera ce chiffre du nombre de victimes de la guerre de 1914-1918, qui est presqu’équivalent (http://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2020/05/20/graves-dans-la-pierre-les-monuments-aux-morts-etretatais/).

Pour en savoir plus :

  • Andrée BAILLARD et Jean-Pierre THOMAS : La Petite Brick (interview d’Ernestine Vatinel). Les Cahiers d’Etretat, automne 1997, p. 15-39.
  • Alain CABANTOUS et Gilbert BUTI : De Charybde en Scylla. Risques, périls et fortunes de mer du XVIe siècle à nos jours. Éditions Belin, 2018, 448 pages.
  • Lionel CAILLES, Yvon CHARTIER, François MATHIEU, Julien MORVAN et Franck PINÉRANDA : La Saga des Épaves du Pays de Caux : l’histoire d’une vingtaine de navires sombrés en Manche entre le Havre et Dieppe. Tome 1, 80 pages, 1997.
  • Abbé COCHET : Petite histoire d’Étretat. 1869, ré-édité par les éditions des régionalismes, 2010, 152 pages.
  • Abbé COCHET : Étretat, son passé, son présent, son avenir. 1869, ré-édité par Le livre d’histoire-Lorisse, Paris, 2005, 166 pages.
  • Bruno DELARUE : Les peintres à Etretat, 1786-1940. Édition Bruno Delarue, 2005, 272 pages.
  • Maurice DUCLOS : La pêche au hareng à Étretat. Fascicule publié par L’Arche, Étretat, 2001, p. 5-11.
  • F.-G. DUMAS : Salon de 1879, catalogue illustré. Librairie Baschet, Paris, 1879. (http://passerellesdutemps.free.fr/edition_numerique/echantillon_pdf/arts/catalogues_illustres-des_salons_de_Paris_1879_1907.pdf)
  • Michel GIARD : Naufrages et sauvetages en Manche. Éd. Charles Corlet, 1989, 193 pages.
  • GRIEME : La saga des épaves de la Côte d’Albâtre. Tomes 1  (2002, 168 pages), 2 (2005, 225 pages), 3 (2011, 194 pages) et 4 (2014, 140 pages). Le site du GRIEME (Groupe de Recherches et d’Identification des Épaves en Manche Est) propose de nombreux documents sur le sujet : https://grieme.org/
  • Alphonse KARR : Histoire de Rose et de Jean Duchemin. Éd. Calmann Lévy, 1880.
  • Charles LEPAGE : Les saints protecteurs de navires dans la Normandie des XVIIIe et XIXe siècles. Annales de Normandie, tome 30, fasc. 1, p. 35-53.
  • Raymond LINDON : Histoire savoureuse du parc à huîtres d’Etretat. Les Éditions de Minuit, 1955, 63 pages.
  • Mémorial national des marins morts pour la France : https://memorial-national-des-marins.fr/
  • Michel ROUCAUD : Le projet de descente en Angleterre : 1803-1805. De la planification à la réalité. Napoleonica, la revue, n°31, 2018/1, p. 18-30. https://www.cairn.info/revue-napoleonica-la-revue-2018-1.htm
  • Cédric THOMAS : Etretat 1939-1945. De l’occupation allemande au camp Pall Mall. Imprimerie Corlet, 2015, 415 pages.
  • Charles VALLIN : Pècheur côtier maître de barque d’Etretat (Seine-Inférieure). Les Ouvriers des deux mondes, 2e série, 12e fascicule, Librairie Firmin-Didot, Paris, 1888.
  • Lucien VALLIN : Les pêcheurs d’Etretat au XIXe siècle, in Travail, métiers et professions en Normandie, Actes du XVIe congrès des sociétés historiques et archéologiques de Normandie, Forges-les-Eaux, 1-6 septembre 1981, Cahiers Léopold Delisle, t. XXXII, 1982-1983 (1984), p. 223-229.
  • Jacob VENEDEY : Yport et Etretat en 1837. Etretat, 1861, ré-édité par Gérard Montfort, Brionne, 1980, 88 pages.
  • Archives Nationales, fonds Marine, C7/1 à 355.

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