Une banque mutualiste pour les pêcheurs étretatais : la brève histoire du Crédit Maritime d’Étretat

Sans bateau, pas de pêcheurs, mais sans argent, pas de bateau. Les sociétés mutuelles ont été, durant un temps, le moyen de financer l’acquisition ou le renouvellement de l’outil de travail indispensable aux marins. Les pêcheurs d’Étretat, entre les deux guerres mondiales, se sont inscrits dans ce mouvement.

Les débuts du mutualisme : le contexte national

Les premières sociétés de secours mutuel de marins sont créées par les pêcheurs du littoral normand : la société de Notre-Dame de Bon-Secours est créée à Dieppe en 1855, la société des Marins de Honfleur et de Berville voit le jour en 1861 (Fichou, 2004). Les buts des sociétés de secours étaient variés et relevaient surtout de l’assistance aux marins et à leurs familles dans les accidents de la vie, pour cette profession à haut risque.

C’est en 1874 qu’une Société de secours mutuel d’Étretat est créée, à l’initiative de Charles Lourdel, chanteur lyrique arrageois, et de plusieurs hommes politiques, artistes et hommes d’affaires. Elle remplira peu ou prou le rôle d’une assurance sociale.

Dans les dernières années du XIXe s., la raréfaction de la sardine entraîne une grave crise, touchant les pêcheurs et les conserveries du littoral atlantique entre 1880 et 1886. En réaction les créations de sociétés de secours mutuels de marins pêcheurs se multiplient en France, encouragées et subventionnées par l’État. En avril 1898, une somme de 700 francs est allouée par le ministère de la Marine à La bouée de sauvetage, association mutuelle d’assurance et de prévoyance des pêcheurs d’Étretat  (La revue maritime, tome 138, juillet-sept 1898, p. 186, cité par Cochard) ; cette subvention est tirée d’un fonds national constitué par les retenues de 4 % effectuées sur les primes payées à la marine marchande, au titre de l’article 12 de la loi du 30 janvier 1893 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k34625j/f186.item).

L’accès au crédit

C’est dans ce mouvement coopératif que vont être cherchées des voies d’accès au crédit pour les catégories laborieuses. Une circulaire du 30 novembre 1899 suggère la création d’un Crédit maritime « par l’affectation d’une partie des fonds de réserve à des prêts que le conseil d’administration pourrait être autorisé à conclure » (Fichou, 2004 : https://www.erudit.org/en/journals/recma/1900-v1-n1-recma01127/1022100ar.pdf). Une étape décisive est franchie avec les lois du 23 août 1905 et des 25 avril et 30 juillet 1906, qui prévoient la constitution en réseau hiérarchisé de caisses régionales et locales, dont le capital sera constitué des cotisations des adhérents et des subventions gouvernementales. Leur fonction était de consentir des prêts aux coopératives de pêcheurs qui les solliciteraient. Ces tentatives connaissent toutefois l’échec avant qu’une nouvelle loi, en juin 1909, institue le Crédit maritime.

La loi complémentaire du 4 décembre 1913 et le décret du 12 avril 1914 pris pour son application élargissent le champ d’action du crédit maritime. Le rôle des caisses était de répartir entre ses sociétaires les avances reçues d’un fonds alimenté par des prélèvements sur le produit des jeux et sur certaines primes versées par la Marine marchande. Les crédits consentis pouvaient permettre de « construire ou acheter un bateau, se procurer des instruments nautiques, du matériel d’armement, des engins de pêche, des appâts, du combustible et même les objets d’équipement individuel… » (brochure publiée en 1915).

Barque sur le bord de la plage d’Étretat (auteur inconnu, coll. particulière)

La création du Crédit maritime d’Étretat

C’est dans ce cadre législatif que s’inscrit l’initiative étretataise, que des archives privées inédites m’ont permis de retracer. La première source est constituée par le registre manuscrit des délibérations des assemblées générales et du conseil d’administration, qui s’ouvre par le procès-verbal de l’assemblée générale constitutive.

AG constitutive du 16 avril 1925
Réunion du conseil d’administration le 14 octobre 1925

La Caisse de Crédit maritime d’Étretat, régie par la loi du 4 décembre 1913, a été fondée le 16 avril 1925, en présence de 21 membres ayant souscrit 150 parts, s’élevant à 3000 francs. Le bureau élu de l’assemblée générale constitutive est composé de Georges Flory, président, Gervais Paumelle et Léon Duclos père, scrutateurs et Léon Vatinel, secrétaire. Les statuts adoptés prévoient l’élection d’un comité d’administration de six membres. Sont élus :

  • Léon Vatinel
  • Ulysse Vatinel
  • Joseph Recher
  • Léon Duclos fils
  • Henri Sarazin-Levassor
  • Georges Flory

Les deux derniers administrateurs, élus à titre de personnalités chargées d’apporter leur poids de respectabilité au nouvel organisme, ne siègeront pas lors des réunions ultérieures du Conseil, à de très rares exceptions près. Georges Flory, président de Cour d’assises, entamait alors son 2e mandat de maire d’Étretat (http://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2021/03/13/la-politique-a-etretat/) ; il avait succédé dans cette fonction élective à Henri Sarazin-Levassor. Ce dernier,  qui fut brièvement le beau-père de l’artiste Marcel Duchamp, était affilié à la famille du célèbre constructeur automobile ; il était lui-même industriel. Ces deux personnalités exercèrent également successivement la présidence de la Société de Secours mutuel des marins d’Étretat dans les années 1920.

Un comité de surveillance est institué, composé de Léon Duclos père et Gervais Paumelle.

Dans la foulée, le conseil d’administration se réunit pour élire son bureau. Léon Vatinel est élu président, Ulysse Vatinel devient vice-président, le secrétaire est Léon Duclos. Gaston de Bray est désigné comme directeur comptable appointé ; né au Havre, Gaston de Bray fut secrétaire de mairie de 1924 avant 1929, avant de s’installer en région parisienne. C’était aussi un artiste peintre.

Autoportrait de Gaston de Bray (https://gastondebray.be/tableaux/)
Le Cabestan, tableau de Gaston de Bray (https://gastondebray.be/tableaux/)

Un registre de prêt, sous forme d’un cahier d’écolier de 52 pages, est ouvert. La moitié (26 pages) en a été remplie, à la main, par différentes personnes : Gaston de Bray jusqu’en janvier 1929 puis Raoul Chandru de juin 1929 à mars 1937. Les dernières mentions, de 1937 à 1943, sont de la main de Lucien Vallin, alors agent d’assurances à Étretat. Chaque feuille est consacrée à un emprunt et porte les indications suivantes : nom de l’emprunteur, nom du bateau, date d’échéance théorique, taux d’intérêt et tableau des mouvements financiers (versement de la prime assurance vie et du prêt, règlement des annuités, amortissement du prêt). Les dates d’inscription s’échelonnent du 23 décembre 1925 au 25 juin 1943. Le registre a été contrôlé de 1931 à 1941 par un inspecteur régional, de même que le registre des délibérations des assemblées générales et du conseil d’administration.

Extrait du registre de prêt

Les demandes ayant reçu un avis favorable du conseil d’administration de la caisse locale étretataise devaient ensuite être examinées et validées par le comité d’escompte de la Caisse régionale de crédit maritime mutuel du Calvados. Les comptes-rendus de réunion du comité d’escompte sont dactylographiés.

Les emprunteurs étaient tenus d’assurer le bateau faisant l’objet du prêt auprès d’une société d’assurance mutuelle agréée par la Caisse régionale. La principale était « La Garantie », association mutuelle d’assurances et de réassurances maritimes de la région Nord, qui avait été fondée par des armateurs et négociants caennais. Le siège social en était à Caen, résidence de l’inspecteur régional du Crédit Maritime mutuel régional. Cette assurance garantissait les emprunteurs contre la perte totale du bateau et assurait le remboursement des prêts consentis. De nombreux patrons-pêcheurs affiliés au Crédit Maritime y cotisaient.

Fonctionnement de la caisse (1925-1950)

Des débuts encourageants

Les premières demandes de prêt à long terme sont instruites par le Conseil d’administration qui se réunit six mois plus tard, le 14 octobre 1925. Elles sont respectivement déposées par Joseph Recher, pour le paiement d’un bateau à moteur d’occasion et par Ernest Cyrille Vatinel pour le paiement d’un bateau de pêche qu’il fait construire. Ces demandes sont acceptées, considérant les garanties de solvabilité des emprunteurs. Des considérations d’ordre moral sont également prises en compte (« marin actif et sobre »).

Extrait du registre de prêt : prêt pour l’achat de la Jeanne d’Arc

Le livre de prêt montre que le premier prêt, consenti avec un intérêt de 3 % sur 10 ans, pour l’achat du bateau « Jeanne d’Arc », s’élevait à 8000,00 francs. Six annuités ont été réglées de 1925 à 1930. L’emprunt a été arrêté en février 1933 par remboursement du solde après le naufrage dramatique du Jeanne d’Arc le 25 juillet 1931, au cours duquel Joseph Recher trouva la mort (http://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2021/02/27/fortunes-de-mer/). En 1928, Joseph Recher sollicita et obtint un 2e prêt pour l’achat d’un moteur.

Le prêt souscrit par Ernest Vatinel et consenti dans les mêmes conditions que le premier, s’élevait à 4000,00 francs. Il était destiné à l’achat du bateau « Brick ». Ce nom est lié au surnom d’Ernest Vatinel : ’Tit Brick. Sept annuités furent réglées entre 1926 et 1933.

Prêt pour l’achat du bateau Brick

Le Conseil d’administration se réunit une nouvelle fois un mois plus tard, le 10 novembre 1925, pour examiner deux nouvelles demandes de prêt, qui furent accordées également.

Séance du 27 avril 1926

En 1926, Il se réunit quatre fois : le 11 janvier, pour admettre comme sociétaire René Louis Mallet, patron propriétaire du canot « Jean-Pierre », immatriculé n°261F, puis le 27 avril, le 19 mai et le 29 juillet, pour examiner trois demandes de prêt, qui sont acceptées. Deux caisses d’assurance mutuelles d’Étretat, la Vigie et la Sauvegarde, sont mentionnées pour l’assurance d’un bateau à moteur faisant l’objet d’un prêt.

Séance du 29 juillet 1926
Prêt pour l’achat du Sainte Thérèse
Le Sainte-Thérèse appartenait auparavant à Martin Jacques Évariste Vatinel

Lors des deux séances du conseil d’administration tenues en 1927, Léon Henri Coquerel, propriétaire d’un canot (non désigné) et Georges Ernest Vatinel sont admis comme sociétaires et une seule demande de prêt est examinée et satisfaite.

Le Conseil d’administration se réunit encore trois fois en 1928 et examine trois demandes de prêt, toutes acceptées. Les biens concernés sont assurés par La Sauvegarde.

Reçu signé de Jean Gaston Vallin pour un prêt consenti en 1928

Lors des trois réunions de l’année 1929, trois prêts sont accordés. Les considérants des décisions prennent en compte les actifs des demandeurs, ce qui permet d’évaluer le patrimoine d’un patron de pêche entre-deux-guerres : l’un des demandeurs, âgé de 31 ans était propriétaire de sa maison rue Notre-Dame, estimée 15.000 frs et non grevée d’hypothèque et d’un bateau de pêche à moteur valant 6.000 frs ; il avait par ailleurs un apport de 3.000 frs, soit un capital au total de 24.000 frs. Cette même année, Gaston de Bray démissionne de ses fonctions de directeur de la Caisse pour cause de mutation ; il est remplacé par le nouveau secrétaire de mairie, Raoul Chandru. Victor Adolphe Ernest Coquerel, demeurant rue du Marché, est admis comme sociétaire. En 1930, ce sont René Louis Mallet et Maurice Henri Lecanu, demeurant tous deux rue Isabey, qui font leur entrée dans la Société de secours mutuel et sollicitent chacun un prêt qui leur est accordé.

Prêt pour l’achat du Marie-Henriette

Une affaire de famille

La vingtaine de noms mentionnés dans les registres et les états d’émargement permet de cerner le profil des adhérents, qui représentent la plupart des patrons de pêche répertoriés dans les années 1920-1930 (http://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2022/06/14/des-annees-folles-aux-annees-30-etretat-dans-lentre-deux-guerres/). Ils entretenaient d’étroits liens de parenté. Une famille en particulier, celle des Vatinel, tenait une place prépondérante.

  • Léon Martin Cyrille Vatinel  (Léon Vatinel père), président de la société 1925 à 1930 au moins, est né en 1873 ; c’est un arrière-petit-fils de Martin Vatinel qui fut maire d’Étretat (http://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2021/03/13/la-politique-a-etretat/)
  • Son successeur à la présidence, Ernest Tranquille Vatinel, est né en 1897 ; c’était un petit-neveu du  précédent.
  • Ulysse Vatinel, vice-président de 1925 à 1939 au moins, est né en 1864 ; c’était l’oncle du précédent et le cousin de  Léon Martin.
  • Ernest Cyrille Vatinel, né en 1870, était le père d’Ernest Tranquille, le cousin d’Ulysse et de Léon Martin.
  • Georges Ernest Vatinel, né en 1895, était un cousin éloigné d’Ernest Tranquille.
  • Martin Jacques Evariste Vatinel, né en 1884, était le frère du précédent.
  • Joseph Eugène Vatinel, né en 1894, était le fils d’Ulysse Vatinel, vice-président de la société.
  • Léon Marin Duclos, membre du comité de surveillance et commissaire aux comptes, était né en 1862 ; il était apparenté aux Vatinel car il avait épousé la tante des deux précédents.
  • Léon François Arthur Duclos, son fils, né en 1887, était membre du conseil d’administration. Il avait également épousé une Vatinel, qui était la fille d’Ulysse.
  • Henri Léopold Duclos, né en 1888, était le fils de Léon Marin Duclos et le frère de Léon François.
  • Louis Félix Marie Joseph Duclos, né en 1867, ne montre pas de lien de parenté proche avec les autres sociétaires.
  • Gervais Paumelle, membre du comité de surveillance puis secrétaire jusqu’en 1940 au moins, était né en 1879. Il n’était pas patron de pêche mais charpentier de marine et constructeur de bateaux, comme son père. Par sa mère, il était cousin issu de germain d’Ernest Cyrille, d’Ulysse et de Léon Martin Vatinel.
  • Joseph Recher, membre du conseil d’administration, né en 1889, ne montre pas de lien de parenté proche avec les autres sociétaires.
  • Daniel Jules Recher, né en 1899, était le gendre de Léon Martin Cyrille Vatinel, président de la Société.
  • René Louis Mallet est né en 1900 ; c’est un arrière-petit-fils de Rose Vallin, l’auteure de l’Histoire de Rose et Jean Duchemin.
  • Léon Henri Coquerel, commissaire aux comptes,  est né en 1877 ; son grand-père avait été sabotier à Criquebeuf avant d’être employé au sémaphore d’Étretat.
  • Victor Adolphe Ernest Coquerel est né en 1906, c’est le neveu du précédent.
  • Maurice Henri Lecanu est né en 1905 ; il ne présente pas de lien de parenté proche avec les autres sociétaires.
  • Jean Gaston Pierre Vallin est né en 1898 ; par son épouse, il était apparenté aux Duclos.

Les années de crise

Le registre des délibérations n’enregistre aucune réunion entre 1930 et 1937, cependant le livre de prêts atteste d’un prêt consenti en 1933.

Séance du 22 juin 1937

Une réunion exceptionnelle du Conseil d’administration se tient à la mairie d’Étretat le 12 mars 1937, en présence de l’inspecteur régional du Crédit maritime mutuel pour la région Nord et de l’administrateur délégué de la caisse régionale du Crédit Maritime mutuel du Calvados, ce qui traduit des changements dans le fonctionnement des caisses locales. Le président du conseil d’administration est désormais Ernest Tranquille Vatinel et le secrétaire, Gervais Paumelle. Le directeur de la caisse locale, Raoul Chandru, présente sa démission pour cause de surcharge de travail due à ses fonctions de secrétaire de mairie. Il est remplacé par Lucien Vallin qui était, du côté maternel, un cousin au 4e degré de Léon Martin Vatinel.

La réunion suivante du conseil d’administration et l’assemblée générale qui s’est tenue dans la foulée, le 22 juin 1937, sont principalement consacrées à la réorganisation du fonctionnement administratif de la caisse étretataise, allant dans le sens d’une centralisation accrue : une délégation de pouvoir sera accordée à la caisse régionale de Crédit Maritime Mutuel du Calvados concernant le bénéfice des assurances (décision qui sera actée par le CA lors de sa réunion du 24/9/1937). De plus, les statuts sont modifiés pour intégrer le décret du 31 mars 1934 instaurant un contrôle resserré de l’État sur le fonctionnement des caisses locales de crédit maritime et limitant leur autonomie. L’assemblée générale réélit Léon Marin Duclos et Georges Flory au bureau du conseil d’administration pour un mandat de 3 ans et maintient Léon Marin Duclos et Léon Henri Coquerel dans leurs fonctions de commissaires aux comptes. Ernest Tranquille Vatinel est réélu président jusqu’en 1939, Ulysse Cyrille Vatinel est réélu vice-président jusqu’en 1939 et Gervais Paumelle secrétaire jusqu’en 1938.

Par ailleurs, outre l’irrégularité de la tenue des séances du Conseil d’administration depuis 1930, d’autres signes montrent que le système est entré en crise. Le bateau St Philomène, qui faisait l’objet d’un prêt, est destiné à être mis en vente par la société jusqu’à la fin août 1937 ou, à défaut, loué à Ulysse Vatinel pour la durée de la campagne de pêche au hareng ; par ailleurs, suite à des défauts de paiement des annuités, deux emprunteurs sont sanctionnés par une retenue sur salaires (séance du 22/6/1937). Plusieurs sociétaires obtiennent le remboursement de leurs parts : Georges Vatinel (1 part) et Léon François Duclos (25 parts) le 22 juin 1937, Ernest Cyrille Vatinel (20 parts, soit 420 frs) et Henri Léopold Duclos (12 parts, soit 240 frs) le 24 septembre 1937. Les membres présents à l’assemblée générale, qui détenaient ensemble 4920 frs de capital social en juin 1937, ne représentaient plus que 1200 frs en juillet 1938.

Assemblée générale du 8 juillet 1938

Le conseil d’administration est renouvelé le 8 juillet 1938 : Artus-Gamburg et Victor Coquerel sont élus jusqu’en 1941, Gervais Paumelle est réélu jusqu’en 1940. Ernest Vatinel est réélu président.

La réunion du conseil d’administration du 28 avril 1939 n’est consacrée qu’au relèvement de l’indemnité prélevée par le directeur comptable sur le solde bénéficiaire. Les demandes de prêt ne reprennent qu’en mai 1939. Une nouvelle défaillance de l’emprunteur est constatée en 1939 et le bateau concerné est mis en vente pour une valeur de 2800 frs, bien inférieure à son prix d’achat car dépréciée par l’état des agrès (séance du 11/8/1939).

Une nouvelle période de sommeil s’ouvre ensuite, la réunion suivante du conseil d’administration étant datée du 7 juin 1947. Effet des dévaluations successives, la demande de prêt examinée, présentée par Mr Duval, de Fécamp, paraît bien supérieure aux demandes examinées jusqu’alors puisque le montant du prêt sollicité s’élève à 150.000 frs, pour un bateau dont la jauge est annoncée à 5 tonneaux. Les membres du conseil ajournent leur décision dans l’attente de garanties.

Pendant ce temps l’activité de pêche diminue inexorablement : les marins, qui étaient encore au nombre de 100 au recensement de 1926, soit 20,5 % de la population active masculine, ne sont plus que 64 en 1936 et ne représentent plus que 14 % des actifs (http://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2022/06/14/des-annees-folles-aux-annees-30-etretat-dans-lentre-deux-guerres/).

La fin du crédit maritime

La loi de finances  du 13 août 1947 a confié à la caisse centrale de Crédit coopératif la mission de centraliser les opérations des caisses de Crédit maritime mutuel, qui se sont transformées en établissements bancaires pouvant collecter l’épargne.

La dernière entrée du registre des délibérations de la caisse étretataise est datée du 1er août 1950 et concerne une demande de prêt pour l’acquisition d’un moteur. Le prêt est accordé mais étrangement le manuscrit s’interrompt brutalement, comme au milieu d’une phrase et les signatures habituelles du président et du secrétaire ne sont pas apposées.

Séance du 1er août 1950

Il est probable que la Caisse locale de crédit maritime d’Étretat ait été dissoute cette année-là, victime à la fois de l’extinction progressive de la pêche et de la concurrence des établissements bancaires. Le décret du 9 avril 1960 a mis fin aux activités financières des caisses locales.

Au total c’est donc une vingtaine de prêts qui auront été accordés par la Société de secours mutuel d’Étretat au cours de sa brève histoire, qui couvre les dernières années fastes de la pêche étretataise.

Séance du CA Emprunteur Objet Somme empruntée Durée Taux Fin du prêt
14/10/1925 Joseph Recher bateau Jeanne d’Arc 8.000 frs 10 ans 3 % 27/2/1933
14/10/1925 Ernest Cyrille Vatinel bateau Brick 4.000 frs 10 ans 3 % 15/11/1936
10/11/1925 Jean Gaston Pierre Vallin bateau Jésus de Nazareth ? ? ? (« remboursé très rapidement »
10/11/1925 Martin Jacques Evariste Vatinel ? ? ? ? ?
27/4/1926 René Louis Mallet filets de pêche 1.000 frs      
19/5/1926 René Louis Mallet moteur et bateau 10.000 frs 10 ans    
29/7/1926 Léon Duclos fils bateau Ste Thérèse vendu par Martin Vatinel 5.000 frs 10 ans 3 % 18/10/1932
27/11/1927 Henri Léopold Duclos bateau Phébus vendu par Gervais Paumelle 2.500 frs 10 ans 4 % 27/7/1937
12/3/1928 Léon Vatinel moteur du P. Brindejont 6.000 frs 10 ans 4 % 7/6/1937
18/7/1928 Joseph Léon Recher moteur du Jeanne d’Arc 8.000 frs 10 ans 4 % 29/2/1933
29/9/1928 Jean Gaston Pierre Vallin bateau Union 8.000 frs 10 ans 4 % 9/11/1929
14/1/1929 Jean Gaston Pierre Vallin bateau Gaston Marie Jeannine 40.000 frs 10 ans 4 % ?
29/6/1929 Victor Adolphe Ernest Coquerel bateau Libellule 7.500 frs 10 ans 4 % 1/7/1941
28/10/1929 Ernest Tranquille Généreux Vatinel bateau Laissez dire 10.000 frs 10 ans 4 % 10/4/1937
19/3/1930 Maurice Henri Lecanu bateau Jean Pierre 11.500 frs 10 ans 4 % ?
19/3/1930 René Louis Mallet bateau René Henriette 10.000 frs 10 ans 4 % 25/6/1943
1933 Léon François Arthur Duclos bateau N.D. de Lourdes 4.000 frs ? 4 % 15/6/1937
6/5/1939 Ulysse Vatinel moteur 20.000 frs ? ? ?
1/8/1950 Ernest Vatinel moteur 200.000 frs 5 ans 4,5 % ?

Pour en savoir plus

  • Nicolas COCHARD : Les marins du Havre : Gens de mer et société urbaine au XIXe siècle. Presses Universitaires de Rennes, 2016, 336 pages.
  • Jean-Christophe FICHOU : Mutualité, assistance et prévoyance maritimes, 1880-1914. Revue internationale de l’économie sociale, n°293, 2004, p. 93-101. https://www.erudit.org/fr/revues/recma/2004-n293-recma01127/1022100ar/

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