Comme un arbre dans la ville

Le territoire d’Étretat ne présente aucun arbre labellisé « remarquable » tel que, par exemple, le fameux chêne millénaire dont peut s’enorgueillir la petite commune cauchoise d’Allouville-Bellefosse. Les hasards de l’histoire et aussi, probablement, la conjonction du relief et du climat en ont voulu ainsi.

En revanche, le processus qu’on peut qualifier d’ « urbanisation artistocratique » et qui naquit vers 1850, alors que se développait la station balnéaire, a durablement inscrit dans le paysage étretatais une mosaïque de parcs arborés qui méritent notre admiration.

Les contraintes de la géographie

La position géographique d’Étretat a des conséquences évidentes sur les biotopes. Le climat océanique, avec ses hivers peu rigoureux, ses étés frais et ses précipitations régulières (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2020/03/29/le-climat-etretatais/) favorisent la croissance des espèces végétales craignant le gel ou la sécheresse. En revanche, les vents marins et les embruns chargés en sels sont un obstacle à la croissance des arbres. Ceux-ci sont souvent plus petits en bord de mer qu’à l’intérieur des terres et leurs couronnes y sont asymétriques, déformées dans le sens du vent dominant (phénomène appelé anémomorphose).

Le relief et la composition des sols ont aussi leur importance. On peut distinguer trois principales formes de relief offrant des caractéristiques différentes :

  • les fonds de vallée (Grand Val et Petit Val), tapissés de limons plus ou moins caillouteux, où se concentre la plus grande partie de l’habitat ;
  • les versants du Grand Val et du Petit Val, constitués de craie à silex recouverte par une couche plus ou moins épaisse de limon caillouteux ; c’est là que se localisent la plupart des villas ;
  • et enfin les plateaux crayeux recouverts principalement d’une argile à silex qui détermine des sols plutôt humides et acides.

La variation des conditions écologiques entre le plateau et le fond de vallée provoque un étagement naturel des peuplements d’arbres, rendu assez théorique par l’importance des interventions humaines. La chênaie-hêtraie, caractéristique du Pays de Caux, se développe sur les plateaux tandis que le rebord du plateau et le haut des pentes sont plutôt occupés par la lande à fougère et par des espèces supportant les sols pauvres, comme le pin sylvestre et le bouleau ; les bas de pentes, mieux abrités, sont occupés par des mélanges d’espèces (hêtre, frêne, chêne, saule, érable, bouleau) (https://inventaire-forestier.ign.fr/IMG/pdf/PubDep/76-seine-maritime/ifn_76_1_seine_maritime_1976.pdf).

Un paysage relique sur les plateaux

Sur le territoire étretatais, deux plateaux encadrent et dominent l’agglomération : la « plaine » de Valaine à l’Ouest et la « plaine » du Mont à l’Est (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2026/01/08/dictionnaire-des-toponymes-etretatais/). Ce sont encore des espaces agricoles et on y voit une forme de paysage rural typique du pays de Caux : le clos-masure, qu’on peut définir comme une ferme constituée de plusieurs bâtiments allongés, disséminés sur le pourtour d’une prairie plantée d’arbres fruitiers (souvent des pommiers) et entourée d’un talus planté de hêtres. Dans un paysage d’openfield comme celui du Pays de Caux, dépourvu de haies bocagères, ces rideaux d’arbres de haute futaie protègent du vent et du dessèchement et forment sur l’horizon un îlot forestier, jadis réserve de bois et aussi refuge pour les oiseaux. Les principales essences composant ces haies sont le hêtre principalement, mais aussi le chêne, le frêne et l’érable sycomore (https://www.caue76.fr/wp-content/uploads/2024/03/les-haies-cauchoises-11.pdf).

La ferme du Mont, dite ferme des Artistes, avec sa mare au premier-plan, aujourd’hui disparue (carte postale ancienne de la collection Neurdein)

La ferme du Mont, appréciée des artistes du XIXe s., est un bel exemple de clos-masure.

Le « fossé » (talus) sud-est de la ferme du Mont ; on aperçoit la « longère » (maison allongée) derrière le rideau d’arbres (février 2025)

Parcs publics et jardins privés

Sous l’Ancien Régime, les maisons d’habitation étretataises se situaient toutes en fond de vallée. À la fin du XVIIIe siècle, le paysage était structuré par le domaine constitué par le château de Grandval et son vaste parc planté d’arbres d’alignement, qui scindaient en deux parties la vallée d’Étretat. En aval, les maisons des habitants (marins, tisserands, artisans et journaliers) se répartissaient au milieu de lopins de terres cultivées ; la plupart des habitations possédaient un jardin entouré d’une haie. En amont ne s’étendaient que des champs cultivés.

Dans le Petit Val, aucune maison n’était bâtie en amont de l’église ; seuls des champs nus occupaient le fond de vallée.

Les espaces boisés étaient cantonnés sur les versants des deux vallées.

Plan d’Étretat datant de 1766, interprété et colorisé ; haies en vert foncé, landes et bosquets en vert moyen, parc arboré de Grandval et jardins/vergers en vert clair (d’après Archives Départementales de Seine-Maritime, cote FRAD076_012Fi_290)

Aujourd’hui, des arbres d’ornement se retrouvent de manière sporadique en fond de vallée dans les jardins et parcs attenant aux maisons et aux villas, ainsi que dans les vestiges du parc du château de Grandval.

Ancien parc du château de Grandval vu depuis le chemin des Haules, février 2025

Parc du château de Grandval ; on aperçoit l’ancien château à gauche et le pigeonnier à droite (juillet 2006)

Partie boisée de l’ancien parc de Grandval, vue depuis le chemin des Haules (février 2025)
Châtaignier au tronc noueux dans le parc de la villa La Jacotte, chemin des Haules, février 2025
Pin et araucaria dans les jardins de la rue des Écoles, février 2025
Pin parasol, chemin des Villas, février 2025
Arbres en hiver le long de la rue Notre-Dame, février 2025
Haies de charmes devant la villa Les Charmilles, rue Notre-Dame, février 2025
Saule pleureur dans le parc de la villa Les Charmilles, février 2025
Parc de la villa Val Fleuri sous la neige, rue Notre-Dame, février 2012

Des versants boisés

Le plan de 1766 montre que les versants du Grand Val et du Petit Val n’étaient que partiellement cultivés, sous forme de terrasses étagées séparées par des rideaux (petits talus végétalisés). Le reste était constitué de bois et de landes. Les actes de vente de terrains sur la côte du Mont et vers Valaine mentionnent encore au XIXe s. des terrains « en joncs marins » (ajoncs) ; ces arbustes épineux à fleurs jaunes sont adaptés aux sols pauvres et acides qu’offrent les affleurements d’argile à silex dans les hauts de versant.

Ajoncs sur les pentes de la falaise d’Amont, février 2023

Le versant nord du Grand Val, plus abrupt que le versant opposé, était le moins défriché. En témoigne actuellement le Jardin Public (promenade François Jeanne) qui couvre la pente entre le camping municipal et la route de Fécamp. Ce bois, qui est le seul accessible au public à Étretat, est prolongé vers le nord-ouest par les parcs privés des grandes villas construites au XIXe s.

Arbres du Jardin public sur le versant de rive droite du Grand Val, août 2025

Vers le sud-est mais au-delà de la limite du territoire communal, le bois de Beuriot est un bois de feuillus avec un sous-bois dense qui s’étend sur tout le versant de rive droite du Grand Val, y compris dans les vallons affluents mais il est clôturé et inaccessible au public. Il se rattache à un massif forestier plus vaste : le Bois des Loges, qui couvre environ 6,5 km².

Sur le versant sud, le bois des Haules était moins étendu au XVIIIe s. qu’aujourd’hui. Il s’est agrandi -aux dépens d’anciennes cultures- des parcs de villas surplombant l’ancien parc de Grandval vers le nord-ouest et du bois dépendant du château de Fréfossé vers le sud-est.

La côte du Havre et les Haules

Pins et feuillus cohabitent sur le versant exposé au nord-est et qui s’étend depuis la route du Havre jusqu’à la limite de la commune du Tilleul. Ce versant est, par son orientation, protégé des vents dominants qui soufflent du sud-ouest. Sa pente est légèrement plus douce que celle du versant opposé. Les conditions y sont donc plus propices à la croissance des grands arbres.

Fréquence des vents selon leur provenance au Cap de la Hève sur la période 1991-2010, d’après Météo-France, modifié (https://www.seine-maritime.gouv.fr) ; vitesse en mètres/seconde
Provenance des vents au Cap de la Hève durant le mois de juillet 2025, dominante d’ouest (www.infoclimat.fr)
Provenance des vents au Cap de la Hève durant le mois de janvier 2026, dominante du sud (www.infoclimat.fr)
Clairière dans le parc d’une villa sur la côte du Bon Mouchel (rue Jean-Baptiste Cochin), avril 2009
Parc de la villa Les Pelouses, entre la route du Havre et la rue Jean-Baptiste Cochin, mars 2021

La comparaison du plan cadastral de 1766 et du cadastre actuel montre de manière frappante la persistance de vieilles limites parcellaires. Le plan des parcs attachés aux villas surplombant directement le chemin des Haules, en particulier, se superpose en grande partie à un bas-côté de l’ancien parc de Grandval. La partie boisée s’est agrandie avec la construction de villas en deuxième ou troisième rang, plus haut sur le versant.

Pin et palmiers dans le parc de la villa Les Terrasses, rue Louis Lahure, février 2025
Parc du Chalet Bagatelle, novembre 2009
Parc surplombant le chemin des Haules, février 2025
Vue sur le bas du versant des Haules, terrain de football au premier-plan (février 2025)
Grand hêtre surplombant le chemin des Haules ; if au premier plan (février 2025)
L’hiver permet de visualiser l’inextricable fouillis du houppier des grands arbres
Arbres bordant le chemin des Fondrets, décembre 2021
Troncs de hêtre, chemin des Fondrets, décembre 2021 ; remarquer la loupe (excroissance globuleuse) sur le tronc de droite
Houppier de grands arbres, chemin des Fondrets, décembre 2021

Le bois des Haules, formé par la juxtaposition des parcs et jardins des villas, se prolonge à l’est par le bois dépendant du château du Tilleul (bois de Fréfossé), qui se développe de part et d’autre du petit vallon de la Guezanne.

Arbres de haute futaie bordant le chemin de la Guezanne, décembre 2025
Les feuillus dominent dans le bois de la Guezanne (décembre 2025)
Couleurs de fin d’automne dans le bois de la Guezanne, décembre 2025

La côte de Saint-Clair

Faisant face au bois des Haules, de l’autre côté du Grand Val, se dresse la Côte de Saint-Clair. C’est un coteau en pente assez raide, exposé au sud-est, qui se termine, avant d’atteindre le village, par un éperon formé par le débouché du Petit Val.

Cabane dans les arbres, Sherwood, rue Offenbach, février 2012
Pin de Monterey dans le parc de la villa Georgette, chemin de Saint-Clair, février 2012 ; à l’arrière-plan, Le Donjon entouré de pins
Parc de la villa Le Petit Val, novembre 2009
Parc de la villa Le Petit Val sous la neige, février 2012
Parc de la villa Le Petit Val : pins, saule et if en pied de versant, février 2012
Grand pin dans le parc de la villa Le Petit Val, février 2025
Pin couché dans le parc de la villa Le Petit Val après la tempête Géraldine, janvier 2024

La côte du Mont, là où règne le pin

La côte du Mont est le versant s’étendant entre le débouché du Petit Val et la falaise d’Amont. Exposé au sud et soumis aux vents marins, il était jadis couvert de landes avant d’être loti dans les années 1850 par les frères Maigret qui alignèrent les villas le long de trois axes parallèles étagés sur le coteau (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2020/11/09/les-villas-etretataises-et-leurs-noms-un-peu-de-geographie-sociale/). Les paysagistes les entourèrent d’arbres et d’arbustes appartenant à des espèces locales et exotiques. Dans cette exubérance végétale, les conifères, bien adaptés à cet environnement, dominent en nombre et souvent en taille.

Le versant dominant au nord la vallée d’Étretat est en cours de construction sur ce cliché d’Alphonse Davanne datant de 1864 environ ; on y voit s’esquisser l’alignement des villas le long de l’allée des Tamaris et de l’allée des Pervenches, dans un paysage encore découvert, tandis que le haut du versant est occupé par la lande et les broussailles (détail agrandi)
Parc de la villa Le Cottage sur le haut du versant, chemin de la côte du Mont, décembre 2025
Cyprès de Lambert à l’angle de la rue Jules Gerbeau et de l’avenue Damilaville ; décembre 2025
Divers conifères, angle de la rue Jules Gerbeau et de l’avenue Damilaville ; décembre 2025
Thuya géant avenue Damilaville, décembre 2025
Jeunes feuillus plantés dans les Jardins d’Étretat, jardin paysager d’accès payant, créé en 2016 dans le parc de la villa La Roxelane ; décembre 2025
Grands arbres dans le parc de la villa Les Charmettes, vue depuis l’avenue Damilaville ; février 2025
Pins dans le parc de la villa Les Œillets, allée des Tamaris, décembre 2025
L’allée des Tamaris avec ses parcs paysagers à la Belle Époque ; carte postale de la collection Neurdein
Les pins dominent désormais dans les parcs bordant l’allée des Tamaris ; point de vue sensiblement identique à la carte postale précédente, décembre 2025
Pins en contrebas de l’allée des Tamaris ; février 2025
Feuillus et conifères, entre l’allée des Tamaris et l’avenue Eugène Le Poittevin ; février 2025
Parcs des villas Marie-Louise et La Gloriette, allée des Tamaris ; février 2025
Haies d’arbres taillés « en têtes de chat » devant la villa La Gloriette, allée des Tamaris ; février 2025
Arbre taillé en « tête de chat » devant la villa Les Lianes, allée des Tamaris ; février 2025
Pins en contrebas de l’allée des Tamaris ; février 2025
Parc de la villa Les Lianes et pins en contre-haut ; février 2025
Houppier d’un pin allée des Tamaris; février 2025
Pin de Monterey, allée des Tamaris ; février 2025
Vue du versant arboré depuis l’avenue Damilaville ; février 2025
Feuillus le long de l’avenue Damilaville ; février 2025
Exubérance végétale autour de la villa des Tamaris, entre l’avenue Damilaville et l’allée des Pervenches ; février 2025
Grands pins, villa des Tamaris ; février 2025
Pins devant la villa des Tamaris ; houx et ifs au premier-plan ; février 2025
Le parc de la villa Le Haut Mesnil dominant le Petit Val et l’église Notre-Dame, avenue Damilaville ; février 2025
Parc de la villa de Provigny, allée des Pervenches ; février 2025
Grand pin dans le parc de la villa Le Haut Mesnil, avenue Damilaville ; février 2025
En bas de versant, le parc de la villa Le Val Fleuri vu depuis l’allée des Tamaris ; février 2025
En bas de versant, le parc de la villa Le Val Fleuri vu depuis le chemin des Fauvettes ; février 2025

Le versant nord du Petit Val, changement de décor

Le chemin des Fauvettes marque une limite entre deux mondes. En restant sur le même coteau mais en progressant vers l’est on quitte la vallée principale d’Étretat et on rentre dans le Petit Val. Aux villas aristocratiques nichées dans leur parc arboré, succède un paysage de faubourg où s’alignent des maisons plus modestes flanquées d’un jardin plus petit. Mais ce versant abrité, exposé au sud-sud-est, bénéficie d’un ensoleillement favorable. C’est d’ailleurs sur ce versant, à la limite de Bénouville, que se trouve le lieudit la Vévigne, témoignant de la présence ancienne de vignobles (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2026/01/08/dictionnaire-des-toponymes-etretatais/).

Un haut de versant encore sauvage

Le haut du versant est un territoire communal de près de 13 hectares, vierge de toute construction et accessible aux promeneurs qui peuvent y circuler au milieu d’une végétation poussant librement. Plusieurs espèces locales d’arbres et d’arbustes y émergent d’un fouillis de ronces, de lierre et par endroits de fougères. Les conifères sont absents, remplacés par des feuillus.

Versant nord du Petit Val ; février 2025
Versant nord du Petit Val, vue prise vers Bénouville ; février 2025
Versant nord du Petit Val; on aperçoit le clocher de l’église d’Étretat au loin en fond de vallée ; février 2025
Versant nord du Petit Val, vue prise vers Bénouville ; février 2025

Comme un parfum méditerranéen

Plus bas dans la pente, les constructions apparaissent, le long de l’impasse Damilaville et de la route de Bénouville et la végétation y est domestiquée. Les arbres sont plus rares mais on peut avoir la surprise d’apercevoir quelques espèces réservées d’habitude aux climats plus chauds.

Carrefour de l’impasse Damilaville et de l’avenue Damilaville ; février 2025
Talus planté de yuccas et palmier, impasse Damilaville ; février 2025

Étretat, de plus en plus vert ?

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les espaces boisés ont gagné du terrain à Étretat ces dernières décennies, malgré l’extension des surfaces bâties vers l’amont du Grand Val et du Petit Val et en dépit de la densification des constructions sur les versants. La comparaison des photographies aériennes de l’IGN successives depuis l’immédiat après-guerre jusqu’à nos jours montre à la fois une multiplication des arbres dans les parcs et dans les jardins -aux dépens des pelouses et des jardins potagers- et une colonisation par les arbres d’anciennes broussailles et pâtures sur les versants.

C’est particulièrement le cas le long du chemin des Haules, au lieudit les Fondrets, où une surface d’environ 5 hectares constituée d’anciennes landes a été boisée dans les années 1970, assurant une continuité entre le bois de la Guezanne à l’est et le bois des Haules à l’ouest.

Report des surfaces boisées sur une photographie de l’IGN de 1945 ; en vert clair, la surface gagnée depuis par les arbres ; détail du cliché IGNF_PVA_1-0_1945_09-30_C1709-0111_1945_CDP41_0332

La même remarque s’applique pour le versant situé en vis-à-vis ; en contre-bas de la route de Fécamp, le Jardin Public, actuellement boisé, apparaît comme couvert de broussailles sur le cliché de 1945. Il s’étend actuellement sur une surface de 3,5 ha, débordant à l’est sur le territoire de la commune de Bénouville.

Report des surfaces boisées sur une photographie de l’IGN de 1945 ; en vert clair, la surface gagnée depuis par les arbres ; détail du cliché IGNF_PVA_1-0_1945_09-30_C1709-0111_1945_CDP41_0332

Les deux versants du vallon du Petit Val ont vu leur boisement gagner aussi sur les broussailles et sur les pâtures, en même temps que les arbres colonisaient aussi les anciens jardins et les abords de la voie ferrée dans le fond de vallée.

Report des surfaces actuellement boisées sur une photographie de l’IGN de 1945 ; détail du cliché IGNF_PVA_1-0_1945_09-30_C1709-0111_1945_CDP41_0334

Abécédaire arboricole

Voici pour terminer l’amorce d’un catalogue des espèces arboricoles présentes sur le territoire de la commune. Bien entendu il n’est pas exhaustif et ne demande qu’à être enrichi au fur et à mesure de vos signalements.

Albizzia

Aussi appelé « arbre de soie » à cause de ses inflorescences en plumets roses, ce très joli arbuste possède un feuillage très découpé qui évoque celui du mimosa, genre auquel il s’apparente, ce qui lui vaut aussi les noms de mimosa de Constantinople ou acacia de Constantinople. Il présente aussi, pour les bords de mer comme ici, l’avantage de supporter les sols salins.

Albizzia en fleurs devant le Marché couvert, place du Maréchal Foch ; août 2025
Détail de la floraison

Araucaria

Surnommé ironiquement « désespoir des singes » à cause de ses branches comme hérissées d’écailles, cet arbre est fascinant à plusieurs titres. Il s’agit d’un conifère, originaire du Chili (d’où son nom, tiré de la province d’Araucanie) et sa longévité peut être exceptionnelle. C’est aussi, après le gingko, un des arbres les plus anciens de la planète puisqu’il existait déjà au Jurassique. Son port est particulièrement symétrique et ses feuilles coriaces pointues recouvrent entièrement les rameaux.

Araucaria dans un jardin rue des Écoles ; avril 2013
Détail ; avril 2013
Détail de la ramure ; juillet 2006
Le même individu en décembre 2021
Le même en février 2025
Araucaria dans un jardin, route de Bénouville ; janvier 2022
Araucaria dans le parc du Chalet Saint Clair, rue Offenbach ; janvier 2022

Bouleau

Le bouleau est un arbre des climats tempérés et froids qui se contente de terres pauvres, ce qui en fait une espèce pionnière des espaces dénudés. L’intérêt du bouleau verruqueux comme arbre ornemental lui vient de son feuillage retombant, filtrant la lumière et de son écorce blanchâtre se craquelant avec l’âge (d’où son qualificatif). On le plante souvent en cépée.

Bouleau dans un jardin, chemin des Fondrets ; février 2025

Camelia du Japon

Cet arbuste originaire d’Asie a été popularisé par le roman d’Alexandre Dumas paru en 1848, la Dame aux camélias. Son feuillage vert foncé est persistant et ses fleurs, généralement roses ou rouges, présentent un bel agencement de leurs pétales.

Camelia en fleurs dans un jardin rue des Écoles ; avril 2013

Châtaignier

Contrairement au bouleau, dont la croissance est rapide mais la longévité limitée, le châtaignier jouit d’une longévité de plusieurs siècles. Son intérêt vient de ses fruits, comestibles, mais aussi de son bois, réputé imputrescible ; sur le plan esthétique on apprécie sa ramure très ramifiée et ses feuilles allongées et dentelées.

Châtaignier dans un jardin, rue Guy de Maupassant ; février 2025
Châtaignier dans un jardin, rue Guy de Maupassant ; décembre 2021

Eucalyptus

Originaire d’Australie, l’eucalyptus présente un tronc très lisse de couleur gris-argenté ou brun-rougeâtre dont l’écorce se détache en longues bandes. Ses feuilles persistantes sont arrondies (au stade juvénile) puis lancéolées. C’est un arbre qui ne supporte pas le gel et s’acclimate plutôt des conditions méditerranéennes. Il en existait un exemplaire dans une cour de la rue Martin Vatinel mais il a été coupé en 2021 en raison de l’exigüité du terrain sur lequel il avait poussé.

Houx panaché

Voici encore un arbre à feuillage persistant. Si le houx commun possède des feuilles épineuses uniformément vertes, le houx panaché est reconnaissable à ses feuilles vert foncé bordées de jaune clair ou de blanc. Les baies du houx, recherchées pour les décorations de Noël, sont toxiques pour l’homme mais pas pour les oiseaux qui participent largement à sa dissémination.

Houx panaché dans un jardin rue Aristide Briand ; décembre 2021

Mimosa

Cet arbuste est apparenté à l’acacia. Sa floraison, en début d’année, est la promesse de la fin de l’hiver. Outre son impressionnante éclosion de petites boules jaunes odoriférantes, le mimosa offre un feuillage persistant finement découpé, formé de feuilles plumeuses, qui rappelle celui de l’Albizzia. Originaire d’Australie comme l’eucalyptus, il craint aussi le froid et se limite en France à la Méditerranée voire au littoral atlantique.

Mimosa, impasse Damilaville ; février 2025

Palmier

Il existe de très nombreux genres et espèces de palmiers. Le plus répandu dans nos contrées est le palmier de Chine (Trachycarpus) dont les feuilles palmées sont en forme d’éventail. Il supporte le gel. L’écorce du tronc est recouverte de fibres brunes, d’où son nom de palmier à chanvre.

Palmier à chanvre près des courts de tennis, rue Guy de Maupassant ; décembre 2021
Palmiers à chanvre devant la villa Médéric, allée des Tamaris ; février 2025
Palmier à chanvre dans le parc de la villa Les Terrasses ; août 2025

Pin noir d’Autriche

Le pin noir d’Autriche est un arbre à croissance rapide et au port étalé qui peut atteindre de grandes hauteurs. Il est en outre très résistant au froid et au vent marin. C’est logiquement le conifère le plus répandu dans les parcs.

Pin noir dans le parc du Clos Lupin (villa de Maurice Leblanc), rue Guy de Maupassant ; janvier 2022

Tamaris

Le tamaris (ou tamarix) est un arbuste à floraison rose résistant aux embruns, ce qui en fait une plante des bords de mer, souvent plantée en brise-vent. On l’appelle aussi cèdre salé à cause de la ressemblance des feuilles avec celles du cèdre et de sa capacité à concentrer le sel dans différentes parties de la plante. Son feuillage fin et serré, d’un vert tendre, lui confère un aspect vaporeux.

Buisson de tamaris plantés au pied de la falaise d’Amont ; août 2025

Têtard (taille)

La taille en têtard désigne un élagage du tronc pratiqué régulièrement et toujours au même niveau, ce qui provoque un grossissement progressif de la tête à partir de laquelle s’effectue la repousse. On parle aussi d’arbres en « trogne ». Le but est de conserver une hauteur constante au tronc et de donner une silhouette caractéristique à l’arbre. La repousse de jeunes branches fournissait naguère du bois de chauffage, du fourrage et du bois de travail (piquets, perches, manches d’outils). On pratique surtout cette taille sur les haies de saules mais elle peut s’appliquer à d’autres essences telles que tilleuls, frênes, aulnes, châtaigniers, peupliers ou érables. La taille en tête de chat en est une variante.

Arbre têtard dans le parc du chalet Bagatelle, chemin des Haules ; février 2025
Rangée d’arbres têtards devant la villa Modeste, rue Notre-Dame ; janvier 2009
Arbres têtards devant la villa L’abri côtier, rue Prosper Brindejont ; mars 2015
Rangée d’arbres têtards anastomosés : les branches charpentières des arbres ont été fusionnées en favorisant le phénomène d’inosculation (fusion des tissus végétaux, comme dans une greffe), villa Les Sycomores rue Isabey ; février 2012

Topiaire (art)

La topiaire désigne la taille artistique des arbres et arbustes en formes géométriques (boules, cônes, fuseaux, parallélépipèdes, colimaçons, etc.) ou figuratives. C’est une des caractéristiques des jardins à la française mais aussi des jardins japonais où l’on pratique le niwaki (sculpture du feuillage d’arbustes en nuages étagés). Les arbres se prêtant le mieux au topiaire sont le buis et l’if, mais aussi le cyprès, le houx, le genévrier, entre autres. Les sept jardins composant les Jardins d’Étretat (avenue Damilaville), dessinés par le paysagiste Alexandre Grivko et labellisés « Jardin Remarquable », présentent un paysage de formes végétales arrondies, en boules, en vagues ou en spirales, taillées dans des buis, des ifs, des houx, des osmanthes, des filaires et des fusains.

Haies de topiaires, rue Guy de Maupassant ; décembre 2021
Topiaire rue des Floralies ; décembre 2021
Jardins d’Étretat vus de l’avenue Damilaville ; mai 2021

Yucca

Les yuccas, parfois cultivées en pot comme plantes d’intérieur, sont des plantes dont la tige ligneuse se termine par une corolle de feuilles dures en forme d’épées. On les rencontre dans les régions à climat méditerranéen mais elles peuvent supporter des températures plus fraîches.

Yuccas dans le parc de la villa Les Ormes ; février 2025
Yucca dans un très beau jardin de rocaille rue Jules Gerbeau ; octobre 2010

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