Le territoire d’Étretat ne présente aucun arbre labellisé « remarquable » tel que, par exemple, le fameux chêne millénaire dont peut s’enorgueillir la petite commune cauchoise d’Allouville-Bellefosse. Les hasards de l’histoire et aussi, probablement, la conjonction du relief et du climat en ont voulu ainsi.
En revanche, le processus qu’on peut qualifier d’ « urbanisation artistocratique » et qui naquit vers 1850, alors que se développait la station balnéaire, a durablement inscrit dans le paysage étretatais une mosaïque de parcs arborés qui méritent notre admiration.
Les contraintes de la géographie
La position géographique d’Étretat a des conséquences évidentes sur les biotopes. Le climat océanique, avec ses hivers peu rigoureux, ses étés frais et ses précipitations régulières (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2020/03/29/le-climat-etretatais/) favorisent la croissance des espèces végétales craignant le gel ou la sécheresse. En revanche, les vents marins et les embruns chargés en sels sont un obstacle à la croissance des arbres. Ceux-ci sont souvent plus petits en bord de mer qu’à l’intérieur des terres et leurs couronnes y sont asymétriques, déformées dans le sens du vent dominant (phénomène appelé anémomorphose).
Le relief et la composition des sols ont aussi leur importance. On peut distinguer trois principales formes de relief offrant des caractéristiques différentes :
- les fonds de vallée (Grand Val et Petit Val), tapissés de limons plus ou moins caillouteux, où se concentre la plus grande partie de l’habitat ;
- les versants du Grand Val et du Petit Val, constitués de craie à silex recouverte par une couche plus ou moins épaisse de limon caillouteux ; c’est là que se localisent la plupart des villas ;
- et enfin les plateaux crayeux recouverts principalement d’une argile à silex qui détermine des sols plutôt humides et acides.
La variation des conditions écologiques entre le plateau et le fond de vallée provoque un étagement naturel des peuplements d’arbres, rendu assez théorique par l’importance des interventions humaines. La chênaie-hêtraie, caractéristique du Pays de Caux, se développe sur les plateaux tandis que le rebord du plateau et le haut des pentes sont plutôt occupés par la lande à fougère et par des espèces supportant les sols pauvres, comme le pin sylvestre et le bouleau ; les bas de pentes, mieux abrités, sont occupés par des mélanges d’espèces (hêtre, frêne, chêne, saule, érable, bouleau) (https://inventaire-forestier.ign.fr/IMG/pdf/PubDep/76-seine-maritime/ifn_76_1_seine_maritime_1976.pdf).
Un paysage relique sur les plateaux
Sur le territoire étretatais, deux plateaux encadrent et dominent l’agglomération : la « plaine » de Valaine à l’Ouest et la « plaine » du Mont à l’Est (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2026/01/08/dictionnaire-des-toponymes-etretatais/). Ce sont encore des espaces agricoles et on y voit une forme de paysage rural typique du pays de Caux : le clos-masure, qu’on peut définir comme une ferme constituée de plusieurs bâtiments allongés, disséminés sur le pourtour d’une prairie plantée d’arbres fruitiers (souvent des pommiers) et entourée d’un talus planté de hêtres. Dans un paysage d’openfield comme celui du Pays de Caux, dépourvu de haies bocagères, ces rideaux d’arbres de haute futaie protègent du vent et du dessèchement et forment sur l’horizon un îlot forestier, jadis réserve de bois et aussi refuge pour les oiseaux. Les principales essences composant ces haies sont le hêtre principalement, mais aussi le chêne, le frêne et l’érable sycomore (https://www.caue76.fr/wp-content/uploads/2024/03/les-haies-cauchoises-11.pdf).

La ferme du Mont, appréciée des artistes du XIXe s., est un bel exemple de clos-masure.

Le « fossé » (talus) sud-est de la ferme du Mont ; on aperçoit la « longère » (maison allongée) derrière le rideau d’arbres (février 2025)
Parcs publics et jardins privés
Sous l’Ancien Régime, les maisons d’habitation étretataises se situaient toutes en fond de vallée. À la fin du XVIIIe siècle, le paysage était structuré par le domaine constitué par le château de Grandval et son vaste parc planté d’arbres d’alignement, qui scindaient en deux parties la vallée d’Étretat. En aval, les maisons des habitants (marins, tisserands, artisans et journaliers) se répartissaient au milieu de lopins de terres cultivées ; la plupart des habitations possédaient un jardin entouré d’une haie. En amont ne s’étendaient que des champs cultivés.
Dans le Petit Val, aucune maison n’était bâtie en amont de l’église ; seuls des champs nus occupaient le fond de vallée.
Les espaces boisés étaient cantonnés sur les versants des deux vallées.

Aujourd’hui, des arbres d’ornement se retrouvent de manière sporadique en fond de vallée dans les jardins et parcs attenant aux maisons et aux villas, ainsi que dans les vestiges du parc du château de Grandval.


Parc du château de Grandval ; on aperçoit l’ancien château à gauche et le pigeonnier à droite (juillet 2006)








Des versants boisés
Le plan de 1766 montre que les versants du Grand Val et du Petit Val n’étaient que partiellement cultivés, sous forme de terrasses étagées séparées par des rideaux (petits talus végétalisés). Le reste était constitué de bois et de landes. Les actes de vente de terrains sur la côte du Mont et vers Valaine mentionnent encore au XIXe s. des terrains « en joncs marins » (ajoncs) ; ces arbustes épineux à fleurs jaunes sont adaptés aux sols pauvres et acides qu’offrent les affleurements d’argile à silex dans les hauts de versant.

Le versant nord du Grand Val, plus abrupt que le versant opposé, était le moins défriché. En témoigne actuellement le Jardin Public (promenade François Jeanne) qui couvre la pente entre le camping municipal et la route de Fécamp. Ce bois, qui est le seul accessible au public à Étretat, est prolongé vers le nord-ouest par les parcs privés des grandes villas construites au XIXe s.

Vers le sud-est mais au-delà de la limite du territoire communal, le bois de Beuriot est un bois de feuillus avec un sous-bois dense qui s’étend sur tout le versant de rive droite du Grand Val, y compris dans les vallons affluents mais il est clôturé et inaccessible au public. Il se rattache à un massif forestier plus vaste : le Bois des Loges, qui couvre environ 6,5 km².
Sur le versant sud, le bois des Haules était moins étendu au XVIIIe s. qu’aujourd’hui. Il s’est agrandi -aux dépens d’anciennes cultures- des parcs de villas surplombant l’ancien parc de Grandval vers le nord-ouest et du bois dépendant du château de Fréfossé vers le sud-est.
La côte du Havre et les Haules
Pins et feuillus cohabitent sur le versant exposé au nord-est et qui s’étend depuis la route du Havre jusqu’à la limite de la commune du Tilleul. Ce versant est, par son orientation, protégé des vents dominants qui soufflent du sud-ouest. Sa pente est légèrement plus douce que celle du versant opposé. Les conditions y sont donc plus propices à la croissance des grands arbres.





La comparaison du plan cadastral de 1766 et du cadastre actuel montre de manière frappante la persistance de vieilles limites parcellaires. Le plan des parcs attachés aux villas surplombant directement le chemin des Haules, en particulier, se superpose en grande partie à un bas-côté de l’ancien parc de Grandval. La partie boisée s’est agrandie avec la construction de villas en deuxième ou troisième rang, plus haut sur le versant.









Le bois des Haules, formé par la juxtaposition des parcs et jardins des villas, se prolonge à l’est par le bois dépendant du château du Tilleul (bois de Fréfossé), qui se développe de part et d’autre du petit vallon de la Guezanne.



La côte de Saint-Clair
Faisant face au bois des Haules, de l’autre côté du Grand Val, se dresse la Côte de Saint-Clair. C’est un coteau en pente assez raide, exposé au sud-est, qui se termine, avant d’atteindre le village, par un éperon formé par le débouché du Petit Val.







La côte du Mont, là où règne le pin
La côte du Mont est le versant s’étendant entre le débouché du Petit Val et la falaise d’Amont. Exposé au sud et soumis aux vents marins, il était jadis couvert de landes avant d’être loti dans les années 1850 par les frères Maigret qui alignèrent les villas le long de trois axes parallèles étagés sur le coteau (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2020/11/09/les-villas-etretataises-et-leurs-noms-un-peu-de-geographie-sociale/). Les paysagistes les entourèrent d’arbres et d’arbustes appartenant à des espèces locales et exotiques. Dans cette exubérance végétale, les conifères, bien adaptés à cet environnement, dominent en nombre et souvent en taille.





























Le versant nord du Petit Val, changement de décor
Le chemin des Fauvettes marque une limite entre deux mondes. En restant sur le même coteau mais en progressant vers l’est on quitte la vallée principale d’Étretat et on rentre dans le Petit Val. Aux villas aristocratiques nichées dans leur parc arboré, succède un paysage de faubourg où s’alignent des maisons plus modestes flanquées d’un jardin plus petit. Mais ce versant abrité, exposé au sud-sud-est, bénéficie d’un ensoleillement favorable. C’est d’ailleurs sur ce versant, à la limite de Bénouville, que se trouve le lieudit la Vévigne, témoignant de la présence ancienne de vignobles (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2026/01/08/dictionnaire-des-toponymes-etretatais/).
Un haut de versant encore sauvage
Le haut du versant est un territoire communal de près de 13 hectares, vierge de toute construction et accessible aux promeneurs qui peuvent y circuler au milieu d’une végétation poussant librement. Plusieurs espèces locales d’arbres et d’arbustes y émergent d’un fouillis de ronces, de lierre et par endroits de fougères. Les conifères sont absents, remplacés par des feuillus.




Comme un parfum méditerranéen
Plus bas dans la pente, les constructions apparaissent, le long de l’impasse Damilaville et de la route de Bénouville et la végétation y est domestiquée. Les arbres sont plus rares mais on peut avoir la surprise d’apercevoir quelques espèces réservées d’habitude aux climats plus chauds.


Étretat, de plus en plus vert ?
Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les espaces boisés ont gagné du terrain à Étretat ces dernières décennies, malgré l’extension des surfaces bâties vers l’amont du Grand Val et du Petit Val et en dépit de la densification des constructions sur les versants. La comparaison des photographies aériennes de l’IGN successives depuis l’immédiat après-guerre jusqu’à nos jours montre à la fois une multiplication des arbres dans les parcs et dans les jardins -aux dépens des pelouses et des jardins potagers- et une colonisation par les arbres d’anciennes broussailles et pâtures sur les versants.
C’est particulièrement le cas le long du chemin des Haules, au lieudit les Fondrets, où une surface d’environ 5 hectares constituée d’anciennes landes a été boisée dans les années 1970, assurant une continuité entre le bois de la Guezanne à l’est et le bois des Haules à l’ouest.

La même remarque s’applique pour le versant situé en vis-à-vis ; en contre-bas de la route de Fécamp, le Jardin Public, actuellement boisé, apparaît comme couvert de broussailles sur le cliché de 1945. Il s’étend actuellement sur une surface de 3,5 ha, débordant à l’est sur le territoire de la commune de Bénouville.

Les deux versants du vallon du Petit Val ont vu leur boisement gagner aussi sur les broussailles et sur les pâtures, en même temps que les arbres colonisaient aussi les anciens jardins et les abords de la voie ferrée dans le fond de vallée.

Abécédaire arboricole
Voici pour terminer l’amorce d’un catalogue des espèces arboricoles présentes sur le territoire de la commune. Bien entendu il n’est pas exhaustif et ne demande qu’à être enrichi au fur et à mesure de vos signalements.
Albizzia
Aussi appelé « arbre de soie » à cause de ses inflorescences en plumets roses, ce très joli arbuste possède un feuillage très découpé qui évoque celui du mimosa, genre auquel il s’apparente, ce qui lui vaut aussi les noms de mimosa de Constantinople ou acacia de Constantinople. Il présente aussi, pour les bords de mer comme ici, l’avantage de supporter les sols salins.


Araucaria
Surnommé ironiquement « désespoir des singes » à cause de ses branches comme hérissées d’écailles, cet arbre est fascinant à plusieurs titres. Il s’agit d’un conifère, originaire du Chili (d’où son nom, tiré de la province d’Araucanie) et sa longévité peut être exceptionnelle. C’est aussi, après le gingko, un des arbres les plus anciens de la planète puisqu’il existait déjà au Jurassique. Son port est particulièrement symétrique et ses feuilles coriaces pointues recouvrent entièrement les rameaux.







Bouleau
Le bouleau est un arbre des climats tempérés et froids qui se contente de terres pauvres, ce qui en fait une espèce pionnière des espaces dénudés. L’intérêt du bouleau verruqueux comme arbre ornemental lui vient de son feuillage retombant, filtrant la lumière et de son écorce blanchâtre se craquelant avec l’âge (d’où son qualificatif). On le plante souvent en cépée.

Camelia du Japon
Cet arbuste originaire d’Asie a été popularisé par le roman d’Alexandre Dumas paru en 1848, la Dame aux camélias. Son feuillage vert foncé est persistant et ses fleurs, généralement roses ou rouges, présentent un bel agencement de leurs pétales.

Châtaignier
Contrairement au bouleau, dont la croissance est rapide mais la longévité limitée, le châtaignier jouit d’une longévité de plusieurs siècles. Son intérêt vient de ses fruits, comestibles, mais aussi de son bois, réputé imputrescible ; sur le plan esthétique on apprécie sa ramure très ramifiée et ses feuilles allongées et dentelées.


Eucalyptus
Originaire d’Australie, l’eucalyptus présente un tronc très lisse de couleur gris-argenté ou brun-rougeâtre dont l’écorce se détache en longues bandes. Ses feuilles persistantes sont arrondies (au stade juvénile) puis lancéolées. C’est un arbre qui ne supporte pas le gel et s’acclimate plutôt des conditions méditerranéennes. Il en existait un exemplaire dans une cour de la rue Martin Vatinel mais il a été coupé en 2021 en raison de l’exigüité du terrain sur lequel il avait poussé.
Houx panaché
Voici encore un arbre à feuillage persistant. Si le houx commun possède des feuilles épineuses uniformément vertes, le houx panaché est reconnaissable à ses feuilles vert foncé bordées de jaune clair ou de blanc. Les baies du houx, recherchées pour les décorations de Noël, sont toxiques pour l’homme mais pas pour les oiseaux qui participent largement à sa dissémination.

Mimosa
Cet arbuste est apparenté à l’acacia. Sa floraison, en début d’année, est la promesse de la fin de l’hiver. Outre son impressionnante éclosion de petites boules jaunes odoriférantes, le mimosa offre un feuillage persistant finement découpé, formé de feuilles plumeuses, qui rappelle celui de l’Albizzia. Originaire d’Australie comme l’eucalyptus, il craint aussi le froid et se limite en France à la Méditerranée voire au littoral atlantique.

Palmier
Il existe de très nombreux genres et espèces de palmiers. Le plus répandu dans nos contrées est le palmier de Chine (Trachycarpus) dont les feuilles palmées sont en forme d’éventail. Il supporte le gel. L’écorce du tronc est recouverte de fibres brunes, d’où son nom de palmier à chanvre.



Pin noir d’Autriche
Le pin noir d’Autriche est un arbre à croissance rapide et au port étalé qui peut atteindre de grandes hauteurs. Il est en outre très résistant au froid et au vent marin. C’est logiquement le conifère le plus répandu dans les parcs.

Tamaris
Le tamaris (ou tamarix) est un arbuste à floraison rose résistant aux embruns, ce qui en fait une plante des bords de mer, souvent plantée en brise-vent. On l’appelle aussi cèdre salé à cause de la ressemblance des feuilles avec celles du cèdre et de sa capacité à concentrer le sel dans différentes parties de la plante. Son feuillage fin et serré, d’un vert tendre, lui confère un aspect vaporeux.

Têtard (taille)
La taille en têtard désigne un élagage du tronc pratiqué régulièrement et toujours au même niveau, ce qui provoque un grossissement progressif de la tête à partir de laquelle s’effectue la repousse. On parle aussi d’arbres en « trogne ». Le but est de conserver une hauteur constante au tronc et de donner une silhouette caractéristique à l’arbre. La repousse de jeunes branches fournissait naguère du bois de chauffage, du fourrage et du bois de travail (piquets, perches, manches d’outils). On pratique surtout cette taille sur les haies de saules mais elle peut s’appliquer à d’autres essences telles que tilleuls, frênes, aulnes, châtaigniers, peupliers ou érables. La taille en tête de chat en est une variante.




Topiaire (art)
La topiaire désigne la taille artistique des arbres et arbustes en formes géométriques (boules, cônes, fuseaux, parallélépipèdes, colimaçons, etc.) ou figuratives. C’est une des caractéristiques des jardins à la française mais aussi des jardins japonais où l’on pratique le niwaki (sculpture du feuillage d’arbustes en nuages étagés). Les arbres se prêtant le mieux au topiaire sont le buis et l’if, mais aussi le cyprès, le houx, le genévrier, entre autres. Les sept jardins composant les Jardins d’Étretat (avenue Damilaville), dessinés par le paysagiste Alexandre Grivko et labellisés « Jardin Remarquable », présentent un paysage de formes végétales arrondies, en boules, en vagues ou en spirales, taillées dans des buis, des ifs, des houx, des osmanthes, des filaires et des fusains.



Yucca
Les yuccas, parfois cultivées en pot comme plantes d’intérieur, sont des plantes dont la tige ligneuse se termine par une corolle de feuilles dures en forme d’épées. On les rencontre dans les régions à climat méditerranéen mais elles peuvent supporter des températures plus fraîches.


