Le nom de Blanquet, grâce à la réclame que lui en fit Alphonse Karr, est irrémédiablement associé aux prémices du tourisme étretatais, qui éclot vers 1830 sous sa forme la plus noble, portée par une coterie d’artistes. Il fallait, même aux beaux esprits, fournir un gîte et un couvert ; les Blanquet y pourvurent.
Des « t’chendus »
Descendus : c’était ainsi qu’on désignait, autrefois, les habitants des campagnes venus s’installer à Étretat, au creux de la vallée. Le qualificatif peut être appliqué à la famille Blanquet, qui était originaire de Cuverville, ce village situé en amont de la vallée d’Étretat, à 120 mètres d’altitude sur le plateau. Non pas que le déplacement fut si considérable, puisque le trajet entre les deux villages ne représente que huit kilomètres.

Robert Simon Blanquet naquit à Cuverville le lendemain de Noël de l’année 1776, six mois après le décès de son père. C’était le cadet d’une fratrie de six enfants. Parvenu à l’âge adulte, il exerça la profession de badestamier (c’est-à-dire fabricant de bas de laine) dans son village natal, où il épousa en 1804 Marie Françoise Basille, la fille d’un cultivateur de Criquetot-l’Esneval. Le couple eut cinq enfants entre 1805 et 1812 (dont deux moururent jeunes), avant de partir s’établir à Étretat, probablement dès 1815. En 1820 Simon est déjà cabaretier. Alphonse Karr, qui arrive à Étretat en 1833, s’installe à son auberge, qui était alors -aux dires de l’écrivain- le seul hôtel d’Étretat ; il décrit ainsi le couple « Les Blanquet étaient des paysans aisés ; ils avaient des terres qu’ils cultivaient, et l’auberge était alors un accessoire auquel était venu s’ajouter un débit de tabac et de genièvre qu’on vendait par petits verres (…) » (A. Karr, Livre de bord, tome 2, 1879, p. 223-232). Avant d’accueillir l’écrivain, l’auberge ne recevait, si on en croit ce dernier, que des mareyeurs se rendant dans le village à l’occasion des grandes pêches, quelques commis-voyageurs et, de loin en loin, un artiste-peintre (ibid. p. 231).
« La famille Blanquet se composait du père Blanquet, un grand vieillard sec, qui avait déjà alors les cheveux blancs ; le mère Blanquet, une petite vieille, encore aujourd’hui vivante au moment où j’écris ces lignes et qui doit avoir bien près de cent ans[1],-elle était vieille en 1833[2] ; -Césaire Blanquet, un grand et fort garçon, voiturier, postillon, mareyeur, laboureur, qui était sorti et sortait encore souvent du pays, allait au Havre, à Fécamp, à Dieppe avec ses chevaux, et représentait les mœurs étrangères ; il était alors jeune, complaisant, gai, et s’efforçait d’être agréable à ses hôtes. (…) Outre le père, la mère et Césaire, il y avait un autre fils qu’on s’était saigné pour faire sortir de sa sphère et qui était huissier -aspirez l’h- dans je ne sais plus quelle petite ville voisine[3], et encore Bérénice, une grande, forte et assez belle fille, très bonne, très laborieuse, un peu boudeuse, de quoi elle finissait par rire elle-même ; Bérénice, comme Césaire, avait reçu une éducation relative et suffisante, savait lire, écrire et compter[4] » (ibid., p. 230-231)
[1] En réalité elle est morte en 1875, à 96 ans passés
[2] Elle avait 54 ans
[3] Pierre Onésime Blanquet était huissier à Criquetot-l’Esneval ; il est mort à Étretat en 1843, à seulement 31 ans ; l’inventaire détaillé de ses biens, contenus dans sa maison de Criquetot, figure dans les archives notariales (Archives Départementales de la Seine-Maritime, cote 2 E 32/77, acte 126 et 131 p. 724 et 738)
[4] Mélanie Bérénice Blanquet se maria à Étretat avec Jean Fily, employé au collège royal de Rouen ; le couple s’établit ensuite à Rolleville
Les Blanquet acquirent rapidement l’aisance et la notabilité, grâce aux revenus de l’auberge, qui se trouvèrent renforcés par la notoriété naissante du village mais aussi grâce à la diversification de leurs activités. L’aubergiste était aussi débitant de tabac, ce qui assurait au ménage un revenu régulier.

Le couple conservait son ancrage terrien car Marie Françoise Basille possédait la moitié d’une ferme de 4 hectares située à Cuverville, héritée de son père. Ce bien, outre ses revenus locatifs, servit au couple de garantie hypothécaire dans plusieurs transactions. Après le rachat des parts aux autres héritiers, la ferme, qui avait été occupée par Joseph Vatinel puis par Joseph Debris, fut vendue en septembre 1851 à Stanislas Lecrocq, du Fontenay, au prix de 17 000 francs.
Simon vendait probablement sur les marchés, car on sait qu’en 1821 et 1822 il fut adjudicataire de la location d’une boutique, dite l’Abbatiale, située sur le marché de Gonneville, pour une somme annuelle de 478 francs (acte de location du 2 octobre 1822, Archives Départementales de la Seine-Maritime, cote 2 E 32/45, acte n°231).
Acte d’obligation en date du 6 février 1829 passé devant Me de Mallendre notaire à Criquetot-l’Esneval :
« (…) Mr Robert Simon Blanquet, aubergiste, demeurant en la commune d’Etretat (…) a reconnu devoir bien et légitimement à Mad. Marie Anne Decaëns, veuve du Sr Simon Aimable Lebas, ancienne cultivatrice, demeurant à Criquetot l’Esneval (…) la somme de cinq cents francs pour prêt fait présentement en pièces d’or et d’argent au cours actuel, délivrée (…) par Mad. Veuve Lebas à Mr Blanquet.
Mr Blanquet s’oblige de rendre et payer cette somme de cinq cents francs à Mad. Veuve Lebas (…) dans quatre ans de ce jour, avec intérêts à raison de cinq pour cent par an (…) lesquels intérêts courront de ce jour jusqu’à celui du remboursement du capital (…) et seront payables en un seul terme le six février chaque année (…)
A la garantie de cette somme en principal et intérêts, Mr Blanquet affecte et oblige tous ses biens présents et à venir et y hypothèque spécialement la moitié indivise qui lui appartient dans une petite ferme située en la commune de Cuverville, consistant en masure ainsi close, bâtie et plantée quelle est en terres labourables, cotière et bois taillis, le tout contenant quatre hectares cinquante trois ares, soixante huit centiares (ou huit acres environ) et occupée par le Sr Pierre Vatinel. Mr Blanquet déclare (…) que l’immeuble qu’il vient d’affecter n’est grêvé que d’une hypothèque qui ne s’élève qu’à une somme de dix huit cents francs.(…) »
Archives Départementales de la Seine-Maritime, cote 2 E 32/53, acte n°25
Les archives notariales nous montrent que le couple se livrait aussi à diverses opérations financières, tour à tour emprunteur et prêteur, ce qui lui permit d’opérer des placements fonciers ; en témoignent les prêts hypothécaires (au taux de 5 %) consentis en 1818 et 1833 au mareyeur Pierre Bellet et le rachat en 1835 par Simon Blanquet d’une créance due à Jacques Fréval par le même Pierre Bellet, qui lui permit de se rendre acquéreur de la maison de ce dernier, située sur « le Grand Chemin de Grandval à la mer » (Archives Départementales de la Seine-Maritime, cotes 2 E 32/41, 2 E 32/59 et 2 E 32/61).
Simon fut maire d’Étretat de 1830 à 1831.
En 1837, le journaliste allemand Jacob Venedey, succédant à Alphonse Karr, vient « passer quelques jours au milieu des pêcheurs (…) d’Étretat ». Dans son récit de voyage, publié quelques années plus tard en français, il formule aussi un jugement très favorable sur l’auberge de Blanquet : « (je fus) très agréablement surpris de trouver à l’hôtel, chez M. Blanquet, au Rendez-vous des artistes, bon souper, belle chambre, lit propre et point trop dur. L’enseigne n’est pas menteuse, comme il arrive ordinairement. Tous les ans, en effet, une foule d’artistes émigrent de Paris pour Etretat, et viennent pour la plupart habiter cette maison. Pendant la saison des bains, il y en a toujours ici une petite colonie, amoureuse des beautés de la nature, qui fait succéder, utilement, aux enivrements tumultueux de l’hiver, les tranquilles plaisirs de l’été. On trouve un peu de tout à l’hôtel Blanquet, jusqu’à une espèce de bibliothèque familière, illustrée des romans d’Alphonse Karr » (Venedey, 1860, p.42). Il ajoute une considération plus matérialiste : « Venir à Étretat, c’est non seulement plaisir, mais économie. Tous comptes faits, la chambre, le déjeuner, le dîner et le souper ne coûtent ici que 3 fr. 50 par jour. » À noter qu’Alphonse Karr, quatre ans plus tôt, bénéficiait d’un tarif encore plus avantageux « ma pension, logement et nourriture, fut fixée à cinquante sous par jour (…) » soit 2,50 francs (A. Karr, Livre de bord, volume 2, p. 232).
Césaire Ier
Le deuxième fils de Simon Blanquet, Césaire, né en 1806, s’inscrivit dans les pas de son père ; c’est lui qui développa l’hôtel Blanquet. Lorsqu’il se marie, en 1839, son apport au ménage est estimé à 8 000 francs -ce qui est bien au-dessus de la moyenne de l’époque- et se compose des « objets mobiliers, ustensiles, meubles meublant et autres effets nantissant la maison qu’il va occuper et destinée à l’exploitation (mot auberge barré), différentes pièces de terres » (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2025/07/03/les-possessions-des-etretataises-entre-1835-et-1861/).
Au recensement de 1841, Robert Simon était inscrit rue du Rivage, comme « cabaretier », avec sa femme et sa fille célibataire tandis que Césaire était inscrit comme « aubergiste », chemin n°2, avec sa famille et trois domestiques.
Au recensement de 1851, Césaire Blanquet et son épouse employaient cinq domestiques, âgés de 22 à 45 ans et un garçon d’écurie ; Robert Simon, le patriarche (75 ans), était toujours cabaretier, débitant de tabac et cultivateur, rue de la Valette. En 1861, le personnel employé par Césaire comprenait un conducteur de voiture (son propre fils, suivant la tradition familiale), un garçon d’écurie, trois domestiques de ferme et une fille de café.

Césaire ne fut pas moins illustre que son père. Brianchon lui décerna ironiquement le titre de Blanquet Ier, roi d’Étretat. Eugène Le Poittevin, outre l’enseigne de l’hôtel, fit le portrait de Mme Blanquet (l’épouse de Césaire) vers 1840.

La gestion de ses affaires ressemble à celle de son père. Césaire aussi consent des prêts. En 1841 il obtient d’Aimable Lemesle, de Pierrefiques (mais marié à une Étretataise), la cession de droits de réméré sur des terrains agricoles situés à Bordeaux-Saint-Clair et vendus par Lemesle en 1836 à Onésime Blanquet, le frère aîné de Césaire (Archives Départementales de la Seine-Maritime, cote 2 E 32/74, acte n°237). Les droits de réméré permettent au vendeur de racheter son bien dans un délai de cinq ans ; exerçant les droit entrés en sa possession, Césaire peut racheter à son frère les parcelles en question (de respectivement 5 671 et 4 253 m²) pour 1 973,75 francs, frais inclus (Archives Départementales de la Seine-Maritime, cote 2 E 32/74, acte n°238). Cette opération était peut-être motivée par un mauvais état de santé d’Onésime, qui mourut deux ans plus tard. Toujours est-il qu’elle ne fut pas rentable, puisque les terrains furent revendus en juin 1843 -un mois après la mort d’Onésime- à Laurent Etienne Acher, cultivateur de Pierrefiques, pour 1 200 francs seulement, soit 600 francs de moins-value (Archives Départementales de la Seine-Maritime, cote 2 E 32/77, acte n°150).
Césaire, un bénéficiaire du « remplacement »
La conscription militaire, universelle et obligatoire, fut instituée en France par une loi du 19 Fructidor an VI (5 septembre 1798) ; elle restera en vigueur pendant près de deux siècles. À la suite de cette loi et durant presque tout le XIXe s., les conscrits étaient tirés au sort parmi les jeunes gens de 20 ans reconnus aptes au service. La durée du service fluctue, au cours du siècle, entre huit et cinq ans pour tous les conscrits, ce qui suscitait évidemment quelques réticences. Très rapidement fut mis en place un système de substitution pour les jeunes ayant tiré « le mauvais numéro » : le principe était tout simplement de payer un remplaçant pour effectuer le service à sa place. Cet arrangement, réglementé en 1818 et qui exista avec quelques vicissitudes jusqu’en 1889, faisait l’objet d’un contrat en bonne et due forme (Bernard Schnapper : Le remplacement militaire en France, 1968). Seules les familles aisées pouvaient se permettre d’en faire bénéficier leurs enfants. Césaire Blanquet fit partie de ces privilégiés ; les archives notariales conservent les contrats établis en 1828 pour son remplacement. Par suite, probablement, du défaut du premier remplaçant pressenti, un deuxième contrat fut établi pour un autre suppléant, à des conditions financières plus élevées : il en coûta à Simon Blanquet 1800 francs payable à terme, plus une rente annuelle de 5 pour cent de cette somme.
Acte de remplacement militaire passé le 9 juin 1828 devant de Mallendre notaire à Criquetot l’Esneval :
« (…) furent présents Mr Robert Simon Blanquet aubergiste demeurant en la commune d’Etretat stipulant dans l’intérêt de Mr Césaire Blanquet son fils ainé appelé par la loi du recrutement sur la classe de mil huit cent vingt six et ayant eu le numero quatre vingt quatre dans le tirage au sort du canton de Criquetot Lesneval d’une part, et Mr Pierre Napoléon Martin journalier demeurant en la commune de Bordeaux hameau d’Epivent d’autre part, lesquels sont convenus (…) de ce qui suit :
Le s. Martin prend l’engagement de remplacer Mr Blanquet fils pour le service militaire de ce dernier soit dans les garnisons soit aux armées pour tout le temps requis à la satisfaction de ses chefs et de manière à ce que le d. S. Blanquet ne soit nullement poursuivi, inquiété ou recherché à ce sujet. Il sera tenu de justifier de sa patience au corps, par des certificats en forme toutes les fois qu’il en sera requis par Mr Blanquet père ou son fils.
Ces engagements et obligations sont contractés par le d. S. Martin moyennant la somme de douze cent francs que le d. S. Blanquet s’oblige payer à Mr Martin dans sept ans de ce jour en l’étude (…) Cette somme jusqu’à son remboursement sera productive d’intérêts sur le prix de cinq pour cent par an dont vingt francs ou le tiers de ces intérêts devra être payé au domicile de la dame veuve Martin sa mère (…) quant aux autres quarante francs restants ils seront payés en un seul tenant ainsi que les vingt francs qui précédent tous les ans, et de manière à ce que le terme commence à courir de ce jour pour être exigible dans un an, ces quarante francs devront être envoyés à l’endroit où se trouvera ledit S. Martin (…) A la garantie de ces paiements Mr Blanquet apporte et oblige tous ses biens présents et à venir (…) si par une circonstance imprévue le d. S. Blanquet fils parvenait à se faire exempter par le conseil de révision auquel il va être incessamment soumis, le présent acte sera (…) considéré comme nul et non avenu (…) »
Archives Départementales de la Seine-Maritime, cote 2 E 32/52, acte n°150
Les origines de l’auberge : une histoire complexe
Avant les Blanquet, plusieurs aubergistes étaient implantés à Étretat ; certains sont mentionnés -en tant que propriétaire ou en tant que locataire- dans les actes de vente successifs des biens finalement acquis par Simon Blanquet et par son fils Césaire. On peut restituer l’histoire foncière de deux bien acquis respectivement par le père et par le fils. Ils se situent tous deux en bord de mer, près de la falaise d’aval ; ils faisaient partie, avant la Révolution française, des propriétés constituées par deux capitaines de navire aisés : Jean Baptiste Legros (1717-1796) et Jean Baptiste Vallin (1743-1812), ce dernier étant le gendre du premier. Ces deux marins étretatais ont été embarqués malencontreusement dans l’opération de création du parc à huîtres d’Étretat montée par un personnage douteux, le « baron de Bellevert » (Lindon, Histoire savoureuse du parc à huîtres d’Étretat, éditions de Minuit, 1955).
L’auberge du Cheval Blanc
En 1830, une auberge ayant pour enseigne « Au Cheval Blanc » était tenue par Mademoiselle Elisa Michel[1], avant d’être occupée par les Blanquet. L’établissement se situait sur le perrey au pied de la falaise d’Aval, entre le galet au nord-ouest, une place au sud-est et au nord-est et une ruelle le séparant du corps de garde, au sud-ouest ; l’immeuble, bâti en briques et silex, couvert d’ardoises, comprenait un rez-de-chaussée avec quatre pièces, un étage avec sept chambres et un grenier ; la façade en bois était bardée d’ardoises. En 1834, Simon Blanquet devient propriétaire des murs, ainsi que d’un autre bien immobilier, pour un prix total de 4 000 francs qu’il couvre par un emprunt hypothécaire souscrit auprès d’un commerçant de Montivilliers. Les actes de vente successifs nous apprennent que l’immeuble avait été bâti en 1805, sur une surface de 75 m², par Pierre Legros, maire d’Étretat de 1811 à 1821[2], qui l’avait ensuite vendu à un aubergiste nommé Pierre Charles Aufray[3].
[1] Elisa Stéphanie Michel (Criquetot 1812-Montivilliers 1863) était l’épouse de François Léonard Desrats, cafetier
[2] Jean Baptiste Legros, le père de Pierre, avait obtenu de l’amirauté de Fécamp une concession pour l’établissement d’un parc à huîtres à Etretat, qu’il céda le 6 décembre 1783 pour 150 livres tournois de rente à Agathe Madeleine Modeste Martin Dutremble, prête-nom du fameux baron de Bellevert (Lindon, 1955, p. 20) ; c’est à la même Dutremble que Jean Vallin avait loué (en 1785) le terrain vendu en 1804 à Jacques Moriseau (cf. ci-dessous)
[3] Né dans l’Orne, Pierre Charles Aufray fut affecté en février 1810 comme canonnier garde-côte à la 12e compagnie stationnée à Étretat où il s’installa comme aubergiste, avant de partir, en 1817 ou 1818, à Saint-Jouin où on le retrouve cafetier
Acte de vente en date du 29 mars 1830, par devant Me Leaurédan Lefebvre, notaire à Montivilliers :
« (…) Mr Pierre Charles Aufray, caffetier demeurant à Montivilliers (reconnait) avoir vendu (…) à Mr Pierre Philippe Martigny, propriétaire et cultivateur demeurant à Cuverville (…)
1°) une maison à usage d’auberge où pend pour enseigne au cheval blanc, (…) située à Etretat sur le perrey de la mer, bornée d’un côté le gallet, d’autre costé la place publique, d’un bout la ditte place, et d’autre bout le corps de garde, une ruelle entre deux, le tout présentement occupé par Melle Eliza Michel.
2°) une place-fonds de terre située à Etretat entre les rues du Bon-Mouchel et du grand val allant toutes deux à la Mer, partie de cette place fonds de terre cultivée en jardinage -sur laquelle se trouve un puits (ajout en marge)- le surplus a été édiffié 1° d’un grand Batiment précédemment à usage de forge, et maintenant à usage de cellier et écurie, occupée par laditte Delle Michel.
3°) d’un corps de Batiment à usage d’ouvroir présentement occupé par le sieur Morisse
4°) d’une maison à usage de demeure consistant en rez de chaussée, grenier pardessus couverte en paille, occupée par le sieur Morisse.
(…) Le dit sieur Aufray est propriétaire (…) du premier article cidessus composé de la maison à usage d’auberge où pend pour enseigne au cheval blanc, occupée par laditte demoiselle Michel, pour le terrain sur lequel se trouvait une ancienne construction, maintenant démolie, comme l’ayant acquis de Monsieur Pierre Etienne Legros, propriétaire et maire de la commune d’Etretat y demeurant, suivant contrat passé devant Me Fiquet Notaire à Criquetot Lesneval le sept juin mil huit cent quinze (…) lequel dit sieur Legros représentant Jean Baptiste Vallin, demeurant à Etretat, suivant acte en date sous seing du six thermidor an cinq (ou 24 juillet 1797) enregistré à Montivilliers le quinze Messidor an treize (ou 4 juillet 1805) (…) et reconnu devant Me Fiquet Notaire à Criquetot le onze thermidor suivant (ou 30 juillet 1805) et pour les constructions comme les ayant fait élever lui-même sur le terrain depuis son acquisition
et des trois objets formant le second article ci-dessus 1° comme les ayant acquis suivant contrat passé devant Me Fiquet Notaire à Criquetot Lesneval le vingt sept mai mil huit cent saize (…) du sieur Pierre Jeanne, charpentier, calfat demeurant à Etretat, qui l’avait lui-même acquis suivant contrat passé devant ledit Me Fiquet notaire à Criquetot Lesneval le seize décembre 1811, du sieur jean Jacques Vallin, qui possédait lui-même comme ayant fait construire sur le fonds et le terrain, qu’il avait acquis du sieur Jacques Hauville, mareyeur demeurant à Etretat, suivant contrat passé devant ledit Me Fiquet notaire à Criquetot Lesneval le dix huit ventose an douze (ou 9 mars 1804) et 2° comme ayant lui-même fait construire sur le terrain par lui acquis.
(…) Il est observé que le Billard et ses accessoires qui se trouvent exister dans la maison à usage d’auberge occupée par la ditte Demoiselle Eliza Michel font partie de la présente vente.
Cette vente est ainsi faite et moyennant la somme de six mille francs
Nota en marge : par suite d’acte passé devant nous Lefebvre notaire à Montivilliers soussigné le vingt et un octobre mil huit cent trente, Mr Martigny a payé à Mr Aufray la somme de six mille francs (…) »
(Archives départementales de la Seine-Maritime, cote 2 E81/259, acte n°83)
Acte de location en date du 3 décembre 1832, par devant Me de Mallendre, notaire à Criquetot l’Esneval :
« (…) Pierre Philippe Martigny propriétaire demeurant en la commune de Saint Morisse[1] près Lillebonne (…) donne à loyer pour six années qui commenceront à la Saint Michel prochaine et finiront à pareil jour de l’année mil huit cent trente neuf à Mr Robert Simon Blanquet aubergiste demeurant en la commune d’Etretat (…) une maison sise au d’Etretat (sic) à usage d’auberge, occupée en ce moment par Romain Acher (…) Ce bail est en outre fait moyennant deux cents francs de loyer annuel que Mr Blanquet s’oblige payer à Mr Martigny (…) en deux paiements égaux de six mois en six mois et de manière à ce que le premier paiement s’effectue au jour de Pâques mil huit cent trente quatre (…) »
(Archives Départementales de la Seine-Maritime cote 2 E 32/52, acte n°203
[1] Saint Maurice d’Ételan
Acte de vente en date du 10 mars 1834, par devant Me Fédéric Bocq, notaire à Criquetot-l’Esneval :
« (…) Pierre Philippe Martigny, propriétaire et cultivateur, demeurant à Vatteville, canton de Caudebec (…) a par la présente vendu, cédé et abandonné (…) à Mr Robert Simon Blanquet, aubergiste, demeurant à Etretat (…) :
1° une maison à usage d’auberge sise à Etretat sur le perrey, occupée précédemment par Mad. Samson Lefebvre et actuellement par le dit Sr Blanquet lui-même et composée de quatre pièces au rez de chaussée, sept chambres au premier et grenier par-dessus, la dite maison couverte en ardoises et bâtie en brique & caillou excepté le devant qui est construit en bois et essenté en ardoises
2° une autre maison et jardin entouré de murs avec un puits, la dite maison composée de quatre pièces au rez de chaussée et grenier au-dessus, batie en cailllou et brique, avec un cellier dans la cour, le tout situé au dit lieu d’Etretat et occupé précédemment par le Sr Aubry et actuellement par le Sr Morisse (…).
Mr Martigny est propriétaire de cet immeuble comme l’ayant acquis de Mr Pierre Charles Auffray caffetier demeurant à Montivilliers par acte passé devant Mr Lefebvre, notaire au dit lieu le neuf mars mil huit cent trente, lequel en était lui-même propriétaire savoir de la maison à usage d’auberge, le terrain comme l’ayant acquis de Mr Pierre Etienne Legros, propriétaire et maire de la dite commune d’Etretat y demeurant et suivant contrat passé devant Mr Fiquet notaire à Criquetot (…) le sept juin mil huit cent quinze (…) lequel en était lui-même propriétaire comme représentant Jean Baptiste Vallin, demeurant à Etretat, suivant acte sous seing privé en date du six thermidor an cinq (vingt quatre juillet mil sept cent quatre vingt dix sept) et pour la construction comme l’ayant fait élever lui-même sur le terrain depuis son acquisition ; et des objets formant le second article de la présente vente 1° comme les ayant acquis suivant contrat passé devant Mr Fiquet le vingt sept mai mil huit cent seize (…) du Sr Pierre Jeanne, charpentier calfat demeurant à Etretat, qui l’avait lui-même acquis suivant contrat passé devant ledit Mr Fiquet (…) le seize décembre mil huit cent onze du sieur Jean Jacques Vallin, qui possédait lui-même comme ayant fait construire sur le fond et terrain qu’il avait acquis de Jacques Hauville, mareyeur, demeurant Etretat, suivant contrat passé devant Mr Fiquet le dix huit ventôse an douze (neuf mars mil huit cent quatre) et 2° comme ayant fait construire sur le terrain par lui aussi. (…) Cette vente est (…) faite par & moyennant la somme de quatre mille francs de prix principal (…) »
(Archives départementales de la Seine-Maritime, cote 2 E 3/60).
L’auberge sert ensuite de garantie hypothécaire pour divers emprunts souscrits par le couple Blanquet.
Acte d’obligation du 27 juillet 1836 passé devant Me Frédéric Bocq, notaire à Criquetot-l’Esneval :
« (…) Mr Robert Simon Blanquet, aubergiste, demeurant à Etretat (…) reconnait (…) devoir à Mr Philippe François Lemarcis, sellier, demeurant à Montiviliers (…) la somme de quatre mille francs pour prêt de pareille somme que Mr Lemarcis a présentement faite audit Sr Blanquet (…) laquelle somme Mr Blanquet promet de s’obliger de rendre et payer à Mr Lemarcis (…) en un seul paiement dans six ans de ce jour, c’est-à-dire le vingt sept juillet mil huit cent quarante deux, se réservant cependant la faculté de rembourser la dite somme avant l’époque sus indiquée, mais toujours en un seul paiement (…) et jusqu’au dit remboursement, Mr Blanquet s’oblige faire et servir à Mr Lemarcis l’intérêt de la dite somme de quatre mille francs, à raison de cinq pour cent par an (…) payable de six mois en six mois à compter de ce jour, par moitié le vingt sept janvier et vingt sept juillet de chaque année (…)
A la sureté et garantie de la présente obligation (…) Mr Blanquet affecte, oblige et hypothèque spécialement 1° une maison à usage d’auberge, sise à Etretat (sur) le perrey, occupée par lui-même et composée de quatre pièces au rez de chaussée, sept chambres au (premier) étage et grenier audessus, la dite maison construite en brique caillou et pierre et couverte en ardoise 2° une autre maison et jardin entouré de murs, avec un puits, ladite maison composée de quatre pièces au rez de chaussée et grenier au dessus bâtie en caillou et brique, avec un cellier dans la cour ; le tout situé au dit lieu d’Etretat, occupé précédemment par le sr Aubry et actuellement par le sieur Morisse, 3° la moitié indivise qui lui appartient dans une petite ferme situé en la commune de Cuverville, consistant en masure ainsi close, bâtie et plantée qu’elle est et en terres labourables, côteaux et bois taillis, le tout contenant quatre hectares cinquante trois ares et soixante huit centiares environ et occupé par le Sr Pierre Vatinel (…)
les immeubles situés à Etretat, ci-dessus hypothéqués, appartiennent à Mr Blanquet comme les ayant acquis de Mr Philippe Martigny, propriétaire et cultivateur, suivant contrat passé devant Me Bocq, notaire soussigné, le dix mars mil huit cent trente quatre (…) et quant à la moitié indivise de la petite ferme sise à Cuverville il l’a acquise de la dame Mélanie Bazile, épouse de Georges Loisel, cultivateur à Hermeville, il y a environ huit ans. (…)
Déclare Mr Blanquet que la somme de quatre mille francs par lui ci-dessus empruntée doit servir à payer pareille somme, formant le prix principal moyennant lequel il a acquis dudit Sr Philippe Martigny (…) les dits immeubles situés à Etretat et ci-dessus décrits (…)
Déclare Mr Blanquet, qu’au moyen de (illisible) et réparations qu’il a fait opérer sur la maison par lui hypothéquée, cet immeuble est aujourd’hui d’une valeur d’au moins six mille francs ; que l’autre petite maison à Etretat est d’une valeur de quinze cent francs et la moitié indivise de la ferme d’une valeur de quatre mille francs environ.
Il déclare (…) qu’il est débitant de tabac, et que la moitié indivise de la ferme est grévée d’environ deux (mille ?) francs (…) »
(Archives Départementales de la Seine-Maritime, cote 2 E 32/63, acte n°123)
Acte d’obligation du 22 septembre 1845 passé devant Me Frédéric Bocq, notaire à Criquetot l-Esneval :
« (…) Mr Robert Simon Blanquet, aubergiste et dame Françoise Basille, son épouse (…) demeurant ensemble en la commune d’Etretat (…) reconnaissent (…) devoir (…) à Mr Jean Charles Roussel, patissier demeurant à Montivilliers la somme de deux mille quatre cent francs, pour prêt de pareille somme que Mr Roussel en a fait aux époux Blanquet (…) laquelle somme Mr et Made Blanquet promettent et obligent (…) rendre et rembourser à Mr Roussel (…) dans huit ans de ce jour, c’est à dire le vingt deux septembre mil huit cent cinquante trois, et jusqu’au remboursement cette somme produira des intérêts sur le pied de cinq pour cent par an (…) payables en deux termes égaux de six mois en six mois les vingt deux mars et vingt deux septembre de chaque année (…) Il est expressément convenu 1° que le remboursement de la dite somme principale de deux mille quatre cent francs et le service des intérêts qu’elle produira, ne pourront avoir lieu autrement qu’en espèces d’or ou d’argent, et non en papier billet, ou autres valeurs (…) A la sureté et garantie de la dite somme principale (…) Mr et Made Blanquet affectent, obligent et hypothèquent tous leurs biens meubles et immeubles (…) et spécialement : 1° la moitié indivise d’une ferme sise en la commune de Cuverville, consistant en masure, édifiée de maison d’habitation et batiment d’exploitation close de trois fossés et une haie vive et en terre de labour et taillis le tout contenant quatre hectares environ et occupée par le sieur Pierre Vatinel ;
2° une maison à usage d’auberge sise à Etretat, sur le Perrey, occupée par Mr et Made Blanquet, et composée de quatre pièces au rez de chaussée, sept chambres au premier étage et grenier au dessus, ladite maison construite en briques et cailloux couverte en ardoises
3° une autre masure et jardin entourée de murs, avec un puits, ladite masure composée de quatre pièces au rez de chaussée et grenier au dessus, batie en cailloux et briques, avec un cellier dans la cour, le tout étant situé à Etretat et occupé par le sieur Morisse (…)
Mr et Made Blanquet sont propriétaires de la moitié indivise de la ferme sus désignée savoir : pour un quart à Made Blanquet, comme l’ayant recueillie de la succession du feu sieur Charles Basille, son père, et à Mr Blanquet pour un autre quart, comme l’ayant acquis sur la licitation d’entre les héritiers dudit sieur Basille, suivant acte reçu par Me Hauguel, notaire à Criquetot l’Esneval, le vingt sept septembre mil huit cent vingt six (…)
Les autres immeubles appartiennent à Mr Blanquet, comme les ayant acquis de Mr Pierre Philippe Martigny propriétaire et cultivateur demeurant à Vatteville, suivant contrat passé devant Me Bocq, notaire soussigné, le dix mars mil huit cent trente quatre (…)
Déclarent Mr et Made Blanquet, que les immeubles par eux cy dessus hypothéqués sont grêvés de trois inscriptions, pour une somme de six mille trois cent francs (…) »
AD de Seine-Maritime, cote 2 E 32/82, acte 306 (p. 590)
À la Bonne société
En 1847 Césaire Blanquet acheta au comte d’Escherny une propriété de 600 m², dont la localisation est manifestement très proche de celle acquise par son père et qui comprenait un immeuble à usage d’auberge précédemment tenue par le couple Bobée[1] et sous le Premier Empire par Jacques Marie Morisseau[2] ; ce dernier avait acheté à Jean Vallin un terrain nu qui, avant la Révolution, était concédé à la société des parcs à huîtres. Morisseau y fait construire le bâtiment entre 1803 et 1811. En 1811, suite à la mort de Morisseau, il fut baillé à ferme à Pierre Aufray, le même aubergiste qui possédait l’immeuble acquis par la suite par Simon Blanquet (voir plus haut) ; l’enseigne était alors À la Bonne Société.
Le descriptif de 1812 détaille l’auberge, composée d’une cuisine et deux salles « dont une à feu » (= avec cheminée) au rez-de-chaussée, de trois chambres au premier étage -dont deux à feu et un cabinet- surmontées d’un grenier. On peut s’interroger sur la finalité de la transaction de 1847 car, à peine trois mois plus tard, Césaire Blanquet revend le bien au même prix à Mathurin Lenormand ; celui-ci accorde aussitôt à Césaire Blanquet un bail de 18 ans pour cette auberge ainsi que pour deux hectares de terre et une autre auberge. En mars 1852 un supplément de bail, concernant différents immeubles situés à Étretat, est acté entre les deux contractants pour une durée de 14 ans et un prix supplémentaire annuel de 400 francs.
[1] Eugène Séraphin Bobée et son épouse Marie Prudence Anastasie Rivère vécurent à Életot avant de s’installer vers 1842 à Étretat, où ils reprirent l’auberge tenue en 1841 par Romain Acher et Rose Fauvel. La famille Bobée quitta le village quelques années plus tard, vraisemblablement en 1847
[2] Jacques Marie Morisseau, né à Souppes en Seine-et-Marne, était conducteur de charrois militaires avant d’épouser en 1796 Catherine Rose Rault, qui était aubergiste ; Jacques Marie mourut au début de l’année 1811

Acte de vente en date du 21 fructidor an XII (8 septembre 1804) devant Jean Baptiste Fiquet, notaire à Criquetot :
« (…) Jean Valin, marinier, demeurant à Etretat (…) a reconnu avoir vendu (…) au sieur Jacques Marie Moriseau, aubergiste à Etretat (…) :
une pièce de terre dont partie en jardinage et partie inculte, située au dit Etretat contenant environ dix ares, soixante trois centiares (…) en triangle, bornée des deux côtés, deux chemins tendants à la mer, d’un bout vers l’orient, les susdits deux chemins en pointe, et d’un bout un autre chemin tendant du presbitaire dudit Etretat à Valleuse de Jean Lebourg (sic) et d’autre bout vers l’orient, Jacques Hauville, tout autant que le vendeur en aurait acquis de Pierre Valin par contrat passé devant nous notaire le neuf janvier dix sept cent cent quatre vingt quatre (…)
Cette vente ainsi faite (…) moyennant le prix de six cent francs (…).
A ce est intervenu le sieur David Liot cultivateur demeurant en ce lieu de Criquetot fondé de la procuration du sieur François Antoine Naudin administrateur général de la société des parcs à huitres d’Etretat, demeurant à Paris rue Boucherie n°14 (…) lequel (…) a consenti que le vendeur devant nommé malgré le contrat de fieffe qu’il avait faite à la demoiselle Dutremble de l’objet susdésigné, passé devant Buquet notaire à Fécamp le neuf aoust mil sept cent quatre vingt cinq moyennant trente livre tournois de rente foncière (…) en reprenne sa libre possession et jouissance à la charge par ledit Valin de ne pouvoir répéter contre icelle société aucune chose pour les arrérages de ladite rente (…) »
(Archives départementales de la Seine-Maritime, cote 2 E 32/27, acte n°260)
Acte de rétrocession de bail en date du 6 décembre 1811, par devant Me Jean Baptiste Maximilien Fiquet, notaire à Criquetot :
« (…) Dame Marie Bellet, veuve de Pierre Dudout, aubergiste demeurante en la ville de Fécamp (…) a reconnu avoir cédé et rétrocédé la jouissance d’une maison, cour, cellier et apenti le tout à usage d’auberge situé en la commune d’Etretat, et occupé en de moment par la cédante, suivant l’adjudication à location qui en a été prononcé à son profit, à la requête de Jacques Rault journalier demeurant en la commune du Tilleul, tuteur des enfants mineurs de Jacques Marie Moriseau et en présence de Martin Lebaillif, marchand demeurant en la commune d’Etretat leur subrogé tuteur,
au Sr Pierre Aufray, demeurant en la commune d’Etretat (…) pour lui pendant neuf mois ou jusqu’au jour de Saint Michel prochain (…)
Cette rétrocession est faite moyennant la somme de trois cent quinze francs que le dit Aufray s’oblige payer au lieu et place de la dite dame Dudout (…) »
(Archives départementales de la Seine-Maritime, cote 2 E 32/33, acte n°346)
Acte de quittance en date du 25 mai 1812, par devant Me Jean Baptiste Maximilien Fiquet, notaire à Criquetot :
« Mr Jacques Rault tisserand demeurant en la commune du Tilleul, agissant au nom et comme tuteur principal de Roger Mathurin, Pierre, Virginie, Alexandre, Adélaïde et Marie Désirée Mourisseau, enfants mineurs au nombre de six de feu Jacques Marie Mourisseau et de feu Catherine Rose Rault son épouse, en leur vivant aubergistes demeurant en la commune d’Etretat, et leur seuls héritiers bénéficiaires (…) et Martin Le Baillif marchand demeurant en la commune d’Etretat subrogé tuteur des dits mineurs Mourisseau (…), d’une première part,
Mr Nicolas Boivin, marchand et cultivateur demeurant en la commune de Bordeaux, acquéreur des biens immeubles ayant appartenu aux dits mineurs Mourisseau suivant le contrat ci-après énoncé et daté, d’une deuxième part,
Mr Louis Hauville cultivateur demeurant en la commune du Tilleul,
Nicolas Boivin marchand et cultivateur demeurant en celle de Bordeaux,
Jacques Nicolas Leleu demeurant en ladite commune d’Etretat et Martin Lebaillif marchand demeurant en la dite commune d’Etretat agissant en des présentes au nom et comme fondé de la procuration spéciale à l’effet de ce qui suit, du Sr Jean Louis Allais mareilleur demeurant en la commune d’Etretat, faisant acte reçu en minute par nous notaire soussigné et en présence de témoins le deux de ce mois dument enregistré.
Les dits Srs Hauville, Boivin, Leleu et Allais, créanciers hypothécaires du dit feu Sr Jacques Marie Mourisseau, d’une troisième part,
Lesquels ont procédé à l’amiable entre eux (…) à l’ordre du prix des ventes faites à la requête des dits Srs Rault et Le Baillif des biens meubles ayant appartenu aux dits Sr et dame Mourisseau (…)
Le montant en principal et accessoires de la vente des effets mobiliers (…) s’élève à la somme de cinq cent cinquante quatre francs quatre vingt centimes.
L’immeuble resté au support de la succession du dit sieur Mourisseau a été affermé au Sr Pierre Auvray, d’Etretat, suivant procès verbal d’adjudication passé devant nous notaire soussigné (…) le six décembre dernier (…) moyennant trois cent quinze francs de fermages annuels (…)
Le même immeuble (…) a été adjugé au dit Sr Boivin moyennant sept mille cinquante francs de prix principal (…) »
Archives départementales de la Seine-Maritime, cote 2 E 32/34, acte n°153)
Acte de vente en date du 23 août 1845, par devant Me Fédéric Bocq, notaire à Criquetot-l’Esneval :
« 1° Mad Marie Marguerite Elisabeth Ledoult, sans profession, épouse de Mr Jean Baptiste Jacques Duboc, cultivateur avec lequel elle demeure en la commune de Fécamp (…)
2° Mad Marie Henriette Ledoult, sans profession, épouse de Mr Pierre Loisel, cultivateur avec lequel elle demeure en la commune de Saint Léonard (…)
3° Mr Charles Louis Ledoult, cultivateur, demeurant en la commune de Gerville (…)
ont par la présente volontairement vendu (…)
à Mr le Comte Henri Gustave d’Escherny, propriétaire vivant de son revenu demeurant ordinairement à Paris rue Taitbout, n°20, se trouvant en ce moment en la commune d’Etretat, maison du Sr Bobée, aubergiste, aussi présent (…)
un immeuble situé audit lieu d’Etretat à usage d’auberge, consistant en un terrain en cour, contenant environ six ares, édifié 1° d’une maison d’habitation, construite en maçonnerie couverte en ardoises, composée d’un rez-de-chaussée et d’un premier étage, avec grenier au-dessus, et 2° de divers autres bâtiments à usage d’écuries, celliers et buchers, dans lequel terrain il existe un puits. Cet immeuble dans son ensemble est borné d’un côté au nord par une rue tendant de la mer à la route du Havre, d’autre côté au sud une rue parallèle tendant aussi de la mer à la route du Havre, d’un bout à l’est la rue dite des boulevards, au delà de laquelle se trouve le rivage, et d’autre bout à l’ouest le sieur Paumelle ou représentant ; la dite propriété occupée par la Dme Bobée et son mari (…)
cet immeuble appartient aux vendeurs : à savoir Meds Duboc et Loisel, pour chacune un cinquième, comme l’ayant recueilli de la succession de Mr Nicolas Boyvin, propriétaire demeurant à Bordeaux st Clair, où il est décédé le vingt huit juin mil huit cent quarante quatre, et à Mr Ledoult pour les trois autres cinquième soit : pour un cinquième de son chef, comme l’ayant recueilli de la succession de Mr Boyvin, susnommé, pour un cinquième comme l’ayant acquis de Mr Jean Baptiste Ledoult, son frère, cultivateur demeurant à Froberville, et pour l’autre cinquième comme l’ayant également acquis 1° de Mr Pierre Philbert Leroux, journalier, demeurant à Gerville, 2° Mr Jacques Emery (?) Leroux, maréchal ferrant, demeurant à Harfleur, 3° Mr Jean Désiré Leroux, domestique demeurant à Auberville la Renault, 4° Mr Marin Léopold Leroux, domestique demeurant à Gerville et 5° Mr Lucien Emile Leroux domestique demeurant à Harfleur, ses neveux, enfans de Désirée Félicité Ledoult décédée épouse de Mr Pierre Félix Leroux, ainsi que la dite acquisistion résultant d’un contrat passé devant Me Lefebvre, leur notaire à Criquetot Lesneval, le vingt sept octobre mil huit cent quarante quatre, enregistré, cet immeuble étant échu aux dites Dmes Dubosc, Loisel, Mrs Jean Baptiste Ledoult et Charles Louis Ledoult et aux cinq frères Leroux ci-dessus nommés à cause du legs fait par le dit Sr Nicolas Boivin aux descendants de sa sœur utérine, décédée épouse de Mr Jean Baptiste Ledoult et mère du dit Mr Ledoult De Duboc et De Loisel et grand’mère du dit enfant Leroux ainsi qu’il résulte du testament du dit Sr Boivin fait olographe à Bordeaux le treize novembre mil huit cent trente neuf (…)
Mr Boyvin ci-dessus nommé avait acquis le dit immeuble, des six enfants alors mineurs de Mr Jacques Marie Mourisseaux, en son vivant aubergiste, demeurant à Etretat, suivant procès verbal d’adjudication définitive dressé par Me Fiquet (…) le vingt trois mars mil huit cent douze (…) cette acquisition avait eu lieu moyennant sept mille cinquante francs de prix principal (…) les dits enfants Mourriseaux possédant le dit immeuble comme seul héritiers de leur père susnommé qui avait fait élever les constructions et acquis le terrain du Sr Jean Vallin, marin, demeurant à Etretat, suivant contrat passé par devant Me Fiquet notaire à Criquetot, le vingt et un frimaire an douze.[1]
(…) Cette vente est faite par et moyennant la somme de six mille sept cent cinquante francs de prix principal (…)
(Archives départementales de la Seine-Maritime, cote 2 E 32/82, acte n°344)
[1] Il s’agit d’une erreur de date car l’acte de vente retrouvé est daté du 21 fructidor an XII (voir ci-dessus)
Acte du 13 avril 1847 : acte de comparution passé devant Me Frédéric Bocq, notaire à Criquetot l’Esneval :
« (…) Mr Césaire Blanquet, aubergiste, demeurant à Etretat (…) a dit que par exploit du ministère de Me Rivière, huissier près le tribunal de la Seine (…) en date du premier avril présent (…) il a fait sommation à Monsieur le Comte d’Escherny, propriétaire, demeurant à Paris rue Joubert n°15, de comparaitre (…) en l’étude de Me Bocq (…) à l’effet par Mr le comte d’Escherny, de réaliser au profit de Mr Blanquet la vente verbale contentée le vingt six mars dernier par Monsieur le comte d’Escherny au profit dudit sieur Blanquet d’une maison située à Etretat, à usage d’auberge, occupée par les époux Bobée, moyennant la somme principale de six mille cinq cent francs, dont trois mille cinq cent francs payables comptant, et trois mille francs dans trois ans avec interêt à quatre pour cent par an (…) Mr Blanquet nous a présenté une lettre signée de Mr d’Escherny en date à Paris du vingt six mars dernier adressée à Me Bocq (…) aux termes de laquelle lettre Mr Descherny déclare qu’il a vendu à Mr Césaire Blanquet sa maison d’Etretat par la somme de six mille cinq cent francs à la condition qu’il paierait de suite trois mille cinq cent francs, le reste payable dans trois ans, a quatre pour cent l’an (…), déclarant le comparant que cette lettre lui a été remise à lui-même par Mr le comte d’Escherny à Paris (…) » Le comte d’Escherny ou son représentant ne s’étant pas présenté, Mr Blanquet a repris la somme de 3500 francs qu’il avait amenée
En annexe : la lettre du comte d’Escherny et la sommation à comparaitre de l’huissier remise au comte d’Escherny
(Archives Départementales de la Seine-Maritime, cote 2 E 32/85, acte n°98)
Acte de vente en date du 12 juillet 1847, par devant Me Fédéric Bocq, notaire à Criquetot-l’Esneval :
« (…) Mr le Comte Henri Gustave d’Escherny, propriétaire vivant de son revenu demeurant à Paris (…) vend (…) à Monsieur Césaire Blanquet, aubergiste, demeurant à Etretat (…) un immeuble situé en la dite commune d’Etretat, à usage d’auberge, consistant en un terrain (…) contenant environ six ares, édifié 1° d’une maison d’habitation, construite en maçonnerie, couverte en ardoises, composée d’un rez-de-chaussée et d’un premier étage avec grenier au-dessus, et 2° de divers autres bâtiments à usage d’écuries, celliers et buchers, dans lequel terrain il existe un puits. Cet immeuble est borné d’un côté au nord par une rue tendant de la mer à la route du Hâvre, d’un bout à l’ouest la rue dite des boulevards, au dela de laquelle se trouve le rivage, d’autre côté au sud une rue parallèle, tendant aussi de la mer à la route du Hâvre, et d’autre bout à l’est le sieur Paumelle ou représentant. La dite propriété occupée par les époux Bobée.
(…) Mr le Comte d’Escherny est propriétaire dudit immeuble comme l’ayant acquis de 1° Mme Marie Marguerite Elisabeth Ledoult (…), 2° Mme Marie Henriette Ledoult (…) et 3° Mr Charles Louis Ledoult (…) suivant contrat passé devant Me Bocq notaire soussigné le vingt trois août mil huit cent quarante cinq (…) Cette immeuble appartenait aux dits sieur Ledoult et Dames Duboc et Loisel ; savoir : à mesdames Duboc et Loisel (…) de la succession de Mr Nicolas Boyvin propriétaire demeurant à Bordeaux Saint Clair où il est décédé le vingt huit juin mil huit cent quarante quatre et à Mr Ledoult (…) de la succession de Mr Boyvin susnommé (…) Mr Boivin (…) avait acquis le dit immeuble des six enfants alors mineurs de Mr Jacques Marie Mourisseaux, en son vivant aubergiste demeurant à Etretat suivant procès-verbal d’adjudication définitive dressé par Me Fiquet, notaire à Criquetot-l’Esneval le vingt trois mars mil huit cent douze (…) ; cette acquisition avait eu lieu moyennant sept mille cinquante francs de prix principal (…) ; les dits enfants Mourisseaux possédaient le dit immeuble comme seuls héritiers de leur père susnommé qui avait fait élever les constructions et acquis le terrain du sieur Jean Vallin, marin demeurant à Etretat, suivant contrat passé devant Me Fiquet père (…) le vingt et un frimaire an douze.
(…) Cette vente est (…) faite par et moyennant la somme de six mille cinq cents francs de prix principal (…) » (Archives départementales de la Seine-Maritime, cote 2 E 32/86, acte n°193)
Acte de vente en date du 7 octobre 1847, par devant Me Fédéric Bocq, notaire à Criquetot-l’Esneval :
« (…) M. Césaire Blanquet, aubergiste, demeurant à Etretat, (…) vend (…) à M. Pierre Mathurin Lenormand, propriétaire, notaire honoraire et juge de paix du canton de Bellencombre, demeurant au Bosc le Hard (…) un immeuble situé en la dite commune d’Etretat, à usage d’auberge, consistant en un terrain (…) contenant environ six ares, édifié 1° d’une maison d’habitation, construite en maçonnerie, couverte en ardoises, composée d’un rez-de-chaussée et d’un premier étage avec grenier au-dessus, et 2° de divers autres bâtiments à usage d’écuries, celliers et buchers, dans lequel terrain il existe un puits. Cet immeuble dans son ensemble est borné d’un côté au nord par une rue tendant de la mer à la route du Hâvre, d’un bout à l’ouest la rue dite des boulevards, d’autre côté au sud une rue parallèle tendant aussi de la mer à la route du Hâvre, et d’autre bout à l’est le sieur Paumelle ou représentants. La dite propriété occupée précédemment par les époux Bobée, et actuellement par le sieur Blanquet lui-même.
(…) M. Blanquet est propriétaire de l’immeuble (…) comme l’ayant acquis de M. le Comte Henri Gustave d’Escherny (…) aux termes d’un contrat passé devant Me Bocq (…) le douze juillet mil huit cent quarante sept (…).
Cette vente est (…) faite par et moyennant la somme de six mille cinq cents francs de prix principal (…) »
(Archives départementales de la Seine-Maritime, cote 2 E 32/86, acte n°288)
Bail en date du 7 octobre 1847, par devant Me Fédéric Bocq, notaire à Criquetot-l’Esneval :
« Mr Pierre Mathurin Lenormand, propriétaire, notaire honoraire et juge de paix du canton de Bellencombre, demeurant au Bosc-le-Hard (…) fait bail et donne à loyer, pour le temps est espace de dix huit années entières et consécutives, qui ont commencé à courir au jour de Saint Michel mil huit cent quarante sept et finiront à pareil jour de l’année mil huit cent soixante cinq, à M. Césaire Blanquet, aubergiste demeurant à Etretat, les immeubles ci après désignés, situés en la commune d’Etretat :
1° une maison à usage d’auberge, composée d’un rez-de-chaussée de plusieurs pièces, premier étage et grenier au dessus, avec la cour et les bâtiments à usage d’écuries, celliers, buchers et autres qui en dépendent ;
2° un bâtiment séparé des précédents se trouvant derrière la maison susdésignée et servant actuellement de remise ;
3° plusieurs pièces de terres en labour, côtières et pâture, contenant ensemble deux hectares soixante ares ou environ ;
le tout occupé par Mr Blanquet, preneur ;
4° une autre maison à usage d’auberge, composée d’un rez-de-chaussée de plusieurs pièces, un premier étage et grenier au dessus, avec la cour et les bâtiments à usage d’écuries, celliers et buchers y édifiés, le tout précédemment occupé par les sieur et dame Bobée et actuellement par le sieur Blanquet (…) et acquis de ce dernier par Mr Lenormand (…). » Le bail est consenti moyennant la somme de 1200 francs de loyer annuel payable en deux termes, à Pâques et à la Saint Michel (Archives départementales de la Seine-Maritime, cote 2 E 32/86, acte n°289)

Comme on le constate, il n’est pas simple de démêler l’imbroglio des transactions immobilières du père et du fils et de restituer l’évolution des bâtiments, en l’absence de plans.
Toujours est-il que l’hôtel Blanquet, tel qu’il apparaît sur les photos et cartes postales de la fin du XIXe s., et jusqu’à sa destruction après 1945, est composé de plusieurs bâtiments accolés : de la même façon qu’il y eut deux « Père Blanquet », il y eut deux auberges Blanquet.
Extrait d’un plan parcellaire daté de 1766, antérieur à la construction des bâtiments à usage d’auberge

Détail d’un plan parcellaire daté de 1766, les étoiles indiquent la localisation approximative des futurs bâtiments de l’auberge Blanquet



Détail du plan dressé par l’instituteur Enault en 1860, à peu près conforme au précédent




Détail d’un cliché de Roland Flamant, 1939 ; le pignon blanc de l’hôtel Blanquet est bien visible
Aux Blanquet, les artistes reconnaissants
Un médaillon représentant Alphonse Karr, réalisé en 1875 par le céramiste Théodore Deck, fut apposé au pignon de l’hôtel Blanquet, où il surmontait une enseigne peinte vers 1840 par Eugène Le Poittevin et Blanchard (Delarue, Les peintres à Étretat, éd. Terres en Vue, 2005, p. 63 et 66). Une autre source indique que l’enseigne avait été peinte par Louis Boulanger et que le peintre y avait représenté Léon Gatayes -ami d’Alphonse Karr-et son frère en marins (Journal de Rouen du 2 octobre 1890). Par la suite, le tableau qui se dégradait fut remplacé par la transcription légèrement modifiée d’une phrase empruntée à l’écrivain : « Malgré les charmes de St Raphaël, si j’avais à montrer la mer à un ami pour la première fois, c’est Étretat que je choisirais ». (La phrase originelle est bien plus longue : « J’ai vu, depuis, plusieurs des pittoresques plages de la Bretagne et les principaux ports de mer de l’Océan, et, quant à la Méditerranée, j’ai vu la rade de Gênes, la baie des Anges à Nice, la baie de Naples, celle si riante de Saint-Raphaël avec ses rives boisées jusqu’à la mer ; j’ai vu l’Adriatique au Lido de Venise, etc. Eh bien, aujourd’hui encore, si je devais pour la première fois faire voir la mer à quelqu’un que j’aimerais, j’irais avec ce quelqu’un descendre la cavée qui conduit à la plage d’Etretat, et je le ou la placerais là en face de l’Océan » A. Karr, Livre de bord, volume 2, p. 229). L’œuvre de Deck, conservée par la municipalité, a été récemment restaurée (Etretat magazine n°6, hiver 2019, p. 19). Quant à l’enseigne, également restaurée, elle est conservée au Musée des Pêcheries de Fécamp.

« De son vivant le père Blanquet était l’ami de ses clients. Alphonse Karr le tenait en estime particulière, et lui avait donné son portrait avec une affectueuse dédicace. Lepoitevin lui avait brossé son enseigne, qui représentait la plage avec les baigneurs et les caloges échoués, grands bateaux de pêche hors de service. La maison est aujourd’hui dirigée par Mme Blanquet, qui a soigneusement retiré de la façade, où elle s’écaillait, l’enseigne de Lepoitevin, et l’a remplacée par une copie, d’ailleurs fort exacte, et que les habitués admirent de confiance ».
Guy de Maupassant : Etretat, paru dans Le Gaulois du 20 août 1880.
À peu près à l’époque ou Guy de Maupassant écrit ces lignes, Claude Monet, succédant -entre autres- à Le Poittevin, séjourne à l’hôtel Blanquet : « Quel terrible temps (…) cependant, je n’ai pas perdu ma journée : j’ai pu m’installer dans une annexe de l’hôtel d’où l’on a une vue superbe sur la falaise et les bateaux. J’ai donc travaillé toute ma journée de cette fenêtre » (Claude Monet, lettre à Alice Hoschedé, 10 février 1883, citée dans une publication Facebook du musée des Pêcheries).

Après l’apogée
Le milieu du XIXe s. marque un tournant ; Étretat, devenue à la mode, se développe considérablement, avec l’édification de nombreuses villas à partir de 1850. L’offre hôtelière se multiplie ; l’hôtel Blanquet a perdu sa situation de quasi-monopole. De nouveaux bâtiments, dont la villa les Bardies, l’enserrent désormais. De l’autre côté de la place, en front de mer, l’hôtel tenu par Wilfrid Hauville, puis par son gendre Maubert, se développe et bénéficie de la proximité du Casino, tandis que l’hôtel Blanquet est plus proche du « perrey des manants ».
Le fondateur de la lignée, Simon Blanquet, meurt à Étretat le 12 mai 1860, à l’âge de 83 ans. Césaire décède à son tour en 1867, à 61 ans ; sa veuve, Françoise Delépine, prend sa succession. Aux côtés de notables de l’époque, elle figure dans la liste des membres honoraires de la Société de Secours Mutuels des Marins d’Étretat, et ce jusqu’à sa mort en 1898, date à laquelle sa deuxième fille poursuit cette action caritative jusqu’en 1925 (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2025/01/08/sante-et-solidarite-la-societe-de-secours-mutuels-des-marins-detretat/).
« Alphonse Karr, qui avait lancé Etretat vers 1850, estimait fort le père Blanquet, mort au temps de Guy. L’enseigne de Le Poittevin représentait les caloges, ces barques retraitées transformées en cabanes qui posent encore sur la plage leurs noires panses luisantes.
La veuve Blanquet dirigeait la table d’hôte avec autorité. Une histoire qui la concerne enchantait le chroniqueur du Gaulois. Une voyageuse isolée, jeune et jolie, l’accent étranger, demande une chambre sur la mer. Mme Blanquet va refuser à cette femme seule, quand la cliente annonce l’arrivée prochaine de son mari. Soit. Mais celui-ci tarde. Mme Blanquet, qui ne plaisante pas sur les convenances, débarque l’étrangère. Sur ce, la nuit même de ce départ, un monsieur arrive, demande la chambre 4, voit une paire de bottes à la porte, entre et rosse le propriétaire endormi : c’était le mari qui ignorait les pudeurs de Mme Blanquet et l’expulsion de sa femme. Le locataire n’avait plus qu’à se rendormir sans bien comprendre la raison de la tripotée qu’il venait de recevoir ! » (A. Lanoux : Maupassant le « Bel-ami », éd. Fayart, 1967, p. 27).
C’est ensuite cette fille, Marie Bérénice -et son mari Désiré Deck, un homonyme du céramiste évoqué précédemment- qui reprennent le flambeau à la 3e génération. En 1876, ils emploient cinq domestiques et deux couturières. Au recensement de 1891, le ménage n’emploie qu’une cuisinière et deux domestiques. Désiré meurt à Etretat en 1893, à seulement 49 ans. Leur fils aîné, Césaire Désiré, continue la tradition familiale de l’hôtellerie, mais pas à Étretat, à Paris, où il travailla à la brasserie de son beau-père rue Saint-Lazare (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2020/12/21/maisons-de-confiance-familles-de-commercants-et-artisans/). Malgré tout, c’est encore à l’hôtel Blanquet que se tient en 1895 le banquet offert au ministre des travaux publics lors de l’inauguration de la gare d’Étretat (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2023/08/01/la-belle-epoque-etretat-avant-guerre/).
En 1901 Bérénice, désormais veuve, n’emploie plus que deux lingères. En 1906 elle est aidée de son fils cadet, Robert, mais n’emploie plus qu’une lingère ; elle se retire en 1907. Robert partira à son tour pour Paris où il sera restaurateur mais il sera tué en 1915 dans la Marne, à Tahure où il combattait comme lieutenant dans le 224e Régiment d’Infanterie (www.memoiredeshommes.defense.gouv.fr/ark:40699/m005239e284dc6af.moteur=arko_default_670f920646a08). Le troisième enfant du couple Deck-Blanquet, Marie Adèle, née en 1888, reste à Étretat où elle épouse Robert Adolphe Charles Fidelin, un notable étretatais appartenant à une famille de médecins dont une rue perpétue le nom (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2025/01/08/sante-et-solidarite-la-societe-de-secours-mutuels-des-marins-detretat/ ; https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2025/07/25/visite-guidee-lhistoire-detretat-racontee-par-les-noms-de-rue/ ; https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2020/12/21/maisons-de-confiance-familles-de-commercants-et-artisans/). Une nièce par alliance de Bérénice Blanquet, Marie Blanche Deck, née à Fécamp en 1878, épousa en 1897 André Paul Joseph Leroux, un entrepreneur en peinture, qui fut artiste peintre, conservateur du musée de Fécamp, président de l’association des Amis du Vieux Fécamp et qui était rattaché à la famille puisque c’était le fils de Marie Ursule Blanquet, la sœur aînée de Bérénice (https://www.duboysfresney.fr/index.php?page=docu007A).

Les autres branches de la famille Blanquet s’éloignent d’Étretat : Césaire Frédéric Valentin Blanquet, le fils aîné de Césaire, s’établit comme cultivateur à Heuqueville tandis que sa sœur cadette, Adèle Marie, épouse un papetier havrais.

Au Havre, le 27 septembre 1910, eut lieu la vente par licitation de l’Hôtel Blanquet, « situé rues de la Vallette, Mathurin Lenormand et de Traz-Périer, formant deux corps, élevé sur 3 étages » ainsi que de trois parcelles agricoles situées à Bordeaux-Saint-Clair, d’une superficie de 1,38 ha, procurant un loyer total de 5 560 frs. La mise à prix était fixée à 55 000 francs (Journal de Rouen du 8 septembre 1910).
L’hôtel survit aux deux guerres mondiales, mais pas à la reconstruction d’après-guerre : l’ensemble des bâtiments le composant est détruit entre septembre 1945 et mai 1947.





