Les possessions des Étretatais(es) entre 1835 et 1861

Les archives notariales nous donnent à connaître le patrimoine des foyers étretatais. Au XIXe siècle, le recours au notaire était fréquent dans toutes les couches sociales et les actes sont de nature très variée : procuration, quittance (reçu), transport (cession de créance), mainlevée, ratification, prorogation (reconduction), résiliation de location, consentement au mariage d’un enfant mineur, contrat de mariage, vente mobilière, vente immobilière, liquidation de succession, licitation, adjudication, partage, donation entre vifs, testament, inventaire après décès, constitution de rente viagère, bail, bail à nourriture (contrat d’entretien viager), etc.

Les alliances matrimoniales sont aussi des alliances patrimoniales

Les contrats de mariage de l’office de Criquetot-l’Esneval, pour la période 1835-1861[1], bien que ne concernant pas l’ensemble des couples unis durant cette période, permettent une première approche des différences de fortune au sein de la société étretataise, ainsi qu’une estimation de l’évolution du patrimoine mobilier durant cette période charnière du milieu du XIXe siècle.
Dans la table alphabétique établie pour cette période, nous avons extrait les hommes et les femmes domiciliées à Étretat ; ces personnes ne sont pas toutes originaires de la commune mais la plupart s’y sont établies durablement. Pour tenter de mettre en évidence une évolution dans les possessions de biens, nous avons divisé le temps en périodes de 5 années, illustrée chacune par un tableau chiffré et par quelques exemples concrets détaillant les possessions des hommes et (surtout) des femmes -plus précisément les biens qui constituent l’apport de chacun des conjoints.


[1] Cote des Archives départementales de la Seine-Maritime : 3 Q 13/ 147

« On me donna à mon mariage, en effets, la valeur de six cents francs. Mon mari était fils de veuve. Elle avait encore un autre fils et une autre fille ; elle avait un peu de biens qu’elle n’avait pas l’intelligence de ménager, ni la mère ni la fille. Mon mari n’avait en mariage que la chemise de dessus son corps, et qui n’était encore guère valable. Il était marin, il n’avait aucun filet pous son état, ni aucun habillement propre pour la mer. On nous mit en ménage entre quatre murailles, sans meubles d’usage d’homme. Mon père nous donna une vieille couche de feu mon grand-père, que nous fîmes raccomoder un peu. »

A. Karr : Histoire de Rose et de Jean Duchemin, éd. de 1880, p. 2-3 (texte rédigé en 1844)

Les années 1835-1839

Quarante-six mariages ont été célébrés à Étretat entre 1835 et 1839. Seule une partie d’entre eux (13) figurent dans la table des contrats de mariages passés à l’étude de Criquetot. Les autres mariages mentionnés dans cette table ont été célébrés hors d’Étretat : à Bénouville (couple Lefebvre/Allais, 1837), à Ingouville (couple Blanquet/Delépine, 1839), aux Loges (couple Fillatre/Letellier, 1838), à Saint-Pierre-en-Port (couple Galmiche/Lemarchand, 1838). Un contrat de mariage, celui de Guillaume Guerrand et Elisabeth Hauchecorne, n’a pas été suivi de l’union projetée. On ignore le lieu du mariage du couple Vallin/Acher.

Au total, 19 contrats concernent des Étretatais et Étretataises durant cette phase, qui voit arriver les tout premiers visiteurs d’Étretat : Eugène Isabey et Alphonse Karr.

Table alphabétique des contrats de mariages, bureau de Criquetot-l’Esneval, 1835-1839 ; n’ont été reportés ici que les époux et épouses demeurant à Étretat ; source : Archives départementales de Seine-Maritime

Dans les années 1830, la fourchette de valeur des apports mobiliers de chacun des futurs conjoints va de 150 à 6000 francs, soit un rapport de 1 à 40 ; la médiane est de 870 francs. Du côté des moins bien dotés, on trouve les marins (même si cette catégorie est sous-représentée chez les contractants) et les travailleuses du textile ; du côté des plus nantis : les cultivateurs et cultivatrices (qui ont tous des apports supérieurs à 1200 francs) et quelques commerçants enrichis, comme l’aubergiste Blanquet (plus précisément son fils, qui lui succède) (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2020/12/21/maisons-de-confiance-familles-de-commercants-et-artisans/ et https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2024/04/03/lage-des-mutations-etretat-entre-1830-et-1860/). Angélique Bérénice Lemesle, qui déclare la plus forte valeur pour cette période, était native de Bénouville et appartenait à une famille de propriétaires cultivateurs établie à Étretat et Bénouville.

Contrat de mariage de Victor Benjamin Vatinel et Rose Monique Sanson (1835) (Archives Départementales de Seine-Maririme, cote 2 E 32/61)

Le couple Guerrand-Savalle : un marin et une fileuse

Dans les archives de Me Hauguel figure le contrat de mariage établi le 29 juillet 1838 entre Guillaume Michel Guerrand, marin, 70 ans, veuf de Geneviève Renault et père de deux enfants vivants, avec Marie Rose Savalle, fileuse demeurant à La Poterie, 51 ans[1]. Le mariage est placé sous le régime dotal[2] mais il est établi entre les époux « une communauté d’acquêt et cette communauté d’acquêt appartiendra en totalité en propriété et usufruit à l’époux survivant ». Les apports de chacun sont détaillés ensuite.
Le futur époux déclare apporter « ses habillements et linges, meubles et effets, argent et créances le tout fixé à la somme de 600 francs, y compris tous les filets, une barque et autres effets de pêche. »
La future épouse apporte « son trousseau composé de 18 draps, 24 chemises, 6 taies d’oreiller, 4 nappes, 16 jupes, 12 tabliers, 6 apollons[3], 18 mouchoirs de cou et de poche, 12 coiffures diverses plus un lit composé d’un matelas, un lit de plumes, un traversin et deux oreillers pareils, une couverture de laine blanche, une courtepointe et un tour de lit complet, une armoire en bois de chêne à deux battants fermant à clef, une glace, un parapluie, un rouet, un trail ( ?), deux chaises et autres menus objets à l’usage ordinaire et exclusif de femme, le tout prisé à la somme de 900 francs. »
Le futur époux fait donation à la future épouse de 30 francs de rente viagère payable en deux fractions égales chaque année, à partir du jour de décès du futur époux. Cette rente est garantie par une hypothèque sur un terrain « en fond de terre en jardinage batie d’une maison à usage de demeure composée d’une cuisine et une chambre et le grenier couvert de paille, par lui occupé et situé à Etretat » (voir plus loin).
Pour sa part, la future épouse fait donation au futur époux de la moitié en propriété et usufruit de tout ce qui composera sa succession au jour du décès.

Guillaume Guerrand avait auparavant passé un contrat de mariage, en date du 1er juin précédent, avec Marie Elisabeth Hauchecorne, fileuse, veuve en premières noces de Louis Romain Delahaie et en secondes noces de Guillaume Auguste Hérouard mais le mariage ne s’est pas conclu et tandis que Guillaume Guerrand convolait avec Marie Rose Savalle, Marie Elisabeth Hauchecorne épousait, de son côté, Jean Baptiste Adrien Lemaître, veuf de Marie Anne Hébert.

Guillaume mourut à Ingouville, près du Havre, le 26 février 1853, à l’âge de 84 ans. Marie Rose mourut à Étretat le 19 décembre 1851, à l’âge de 64 ans.


[1] AD, cote 2 E 2 33/2
[2] Dans le régime dotal les biens constitués en dot demeurent la propriété de la femme mais le mari en a l’usufruit
[3] Robe de chambre très courte (définition donnée par le CNRTL)

Le couple Niel-Duprey : dans le milieu des fonctionnaires

On retrouve des valeurs de biens assez comparables dans le contrat établi le 6 juin 1836 par Me Bocq entre Jean Bernard Niel, employé aux douanes royales, demeurant à Étretat et né à Sainte-Marguerite-sur-Duclair, et Osithe Adelle Duprey, couturière, demeurant à Étretat et née à Lanquetot[1]. Le mariage est également placé sous le régime dotal. Le futur époux déclare que sa fortune consiste en ses biens mobiliers évalués à la somme de 600 francs ; la future épouse, qui est la fille de l’instituteur d’Étretat, déclare faire apport de « ses effets mobiliers comportant son trousseau, composé de 36 chemises, 18 draps, 2 nappes, 6 serviettes, 14 taies d’oreiller, 6 essuie-mains, 6 bonnets, 6 déshabillés, 14 jupes, 6 tabliers, 12 mouchoirs et châles, 6 paires de bas et autres menus linges, 2 mantes et 4 mantelets, un lit de coutil garni de plumes, un matelas, une couverture de laine blanche, une courtepointe piquée, un ciel de lit, pente et rideaux en indienne, une armoire en chêne, une commode aussi en chêne, une table de toilette et une table de nuit », l’ensemble étant estimé à la somme de 870 francs.
Le couple ne vécut pas à Étretat.


[1] AD, cote 2 E 32/62

Le couple Hauville-Huet : une famille de cultivateurs

Le contrat de mariage établi le 25 septembre 1839 entre Benoît Tranquille Hauville, cultivateur demeurant à Pierrefiques et Marie Rose Huet, cultivatrice demeurant à Étretat, veuve sans enfant de Jean Baptiste Déchamps, adopte le régime de la communauté[1] ; il est stipulé que chacun paiera séparément ses propres dettes, tant avant que pendant le mariage.
Les biens du futur époux consistent dans ses « habillements et linges, grains, récoltes, bestiaux, instruments aratoires, argent et créances », le tout évalué à la somme de 1500 francs.
Les biens de la future épouse consistent en « meubles meublants, effets mobiliers, linges et vêtements, bijoux à son usage personnel, grains, récoltes, bestiaux, instruments aratoires formant son établissement sur une ferme d’environ, cinq hectares, qu’elle fait valoir (…) à la somme de 1500 francs. »
Le couple vivait en 1861 rue du Canal, avec leur domestique, le jeune Anthime Louis Morisse. Benoît mourut à Étretat le 27 mars 1869, à 66 ans et Marie mourut un mois plus tard jour pour jour, à 76 ans.


[1] AD, cote 2 E 32/69

Le couple Blanquet-Delépine : la catégorie des commerçants

Le contrat passé devant Me Bocq le 24 décembre 1838 entre Césaire Blanquet, sans profession, né à Cuverville et demeurant à Étretat, d’une part et Marie Béatrice Ursule Delépine, sans profession, née et demeurant à Ingouville, d’autre part, place leur mariage sous le régime dotal[1]. Les montants annoncés sont nettement plus importants que pour les couples précédents. Le futur époux apporte au mariage « les objets mobiliers, ustensiles, meubles meublant et autres effets nantissant la maison qu’il va occuper et destinée à l’exploitation (mot auberge barré), différentes pièces de terres » le tout estimé à la somme de 8000 francs, « sur laquelle néanmoins il doit une somme de 3000 francs, en sorte que sa fortune mobilière ne s’élève réellement qu’à 5000 francs ». Du côté de l’épouse, Mr Delépine constitue en dot et fait donation à sa fille des objets mobiliers composant son trousseau, « savoir 50 draps, 36 chemises, 48 serviettes, 30 nappes, 24 taies d’oreiller, 12 essuie-mains, 12 napperons, 11 chales, 9 cravates, 20 mouchoirs, 23 bonnets, 25 chemisettes, 16 robes tant en gros de Naples[2] qu’en élepine[3] et autres étoffes, 14 jupes, 6 tabliers, 24 paires de bas, avec les chaussures et autres menus objets à son usage, 7 camisoles, un parapluie, une ombrelle, une montre en or, une chaîne aussi en or, 5 bagues et 2 paires de boucle d’oreille, une épingle à broche, deux matelas en damier rempli de laine, un lit en coutil rempli de plumes, deux épauliers et un traversin aussi en coutil rempli de plumes, avec un bois de lit en chêne et une paillasse, une armoire », le tout estimé à 5000 francs.

Césaire reprit l’auberge paternelle à Étretat. Le couple eut quatre enfants, en 1840, 1841, 1842 et 1844. En 1841, le couple employait 3 domestiques ; en 1861 l’auberge, située rue de Paris (rue Alphonse Karr actuelle) employait 5 personnes (trois domestiques, un garçon d’écurie et une « fille de café »), le fils faisant fonction de conducteur de voiture. Césaire mourut à Étretat le 28 décembre 1867, à 61 ans, son épouse mourut le 15 janvier 1898, à 78 ans.


[1] AD, cote 2 E 32/67
[2] Étoffe en soie
[3] L’alépine est une étoffe à chaîne de soie et trame de laine originaire d’Alep (définition CNRTL)

Armoire de mariage cauchoise

Les années 1840-1844

Soixante-huit mariages ont été célébrés à Étretat entre 1840 et 1844. Au moins 15 ont fait l’objet d’un contrat de mariage, si on se réfère à la table alphabétique. Les autres contrats de mariage de la période concernent des couples qui se sont unis dans des communes différentes : deux mariages ont été célébrés au Tilleul (couple Vallin/Loisel, 1841 et Delaunay/Ebran, 1843), un autre à Beaurepaire (Bredel/Paumelle, 1842), un à Saint-Jouin (Mascrier/Leseigneur, 1844) un à Sanvic (couple Kremer/Beuzelin, 1844). Magloire Thurin a épousé Félicie Rose Barray à Etretat en 1849 (voir ci-dessous). On ignore ce qu’il est advenu du couple Deschamps/Paumelle.

Au total, 22 contrats de mariages concernent des couples dont un au moins des futurs conjoints résidait à Étretat.

Table alphabétique des contrats de mariages, bureau de Criquetot-l’Esneval, 1840-1844 ; n’ont été reportés ici que les époux et épouses demeurant à Étretat ; source : Archives départementales de Seine-Maritime

Dans la première moitié de la décennie précédant le Second Empire, les valeurs augmentent globalement : la médiane est de 1310 francs, mais l’écart se creuse entre les apports les plus faibles (100 francs) et le plus élevé (18.500 francs), avec un rapport de 1 à 185. Plus du quart des valeurs sont inférieures à 500 francs (contre 8 % précédemment). Parmi les moins fortunés on retrouve des marins et des ouvriers tandis que les mieux pourvus sont des artisans-commerçants (un cordonnier, un boulanger, un tonnelier), la fille d’un meunier-boulanger et la fille de l’aubergiste Blanquet déjà cité, ainsi que des capitaines de navire.

Le couple Maubert-Bouchard : la catégorie des commerçants

Un contrat de mariage a été établi par Me Bock le 8 novembre 1842 entre Jacques Germain Maubert, boulanger, d’Étretat et Symphrose Adelle Bouchard, native de Bréauté et fille de meunier[1]. La future était domestique chez la mère de son promis. Le régime adopté est le régime dotal.
Le futur époux « déclare que sa fortune mobilière consiste en meubles meublant, argent, créances et marchandises », évaluée à la somme de 6000 francs, « quant à ses biens immobiliers, les titres en sa possession en constatent la propriété ». La future épouse apporte « les objets mobiliers comprenant sa coffrée ci-après décrite, à savoir : une armoire en noyer, une commode, une table de toilette, une table de nuit, le tout aussi en noyer et à dessus de marbre, 6 chaises, une glace, une couche en bois de noyer, 5 livres d’église, le tout évalué à 400 francs, deux matelas remplis de laine, un lit en coutil rempli de plumes, une paillasse, un traversin et deux oreillers aussi en coutil rempli de plumes, une couverture en laine, un tapis de lit, un tour de lit avec les pentes et rideaux en coton blanc et draperie rouge, une descente de lit et deux rideaux de croisée, le tout prisé 432 francs, 60 chemises, 26 draps, deux lèzes, 24 serviettes, 6 nappes, le tout en toile de lin, 2 doubliers[2], 24 essuie-mains, 24 taies d’oreiller, le tout estimé 798 francs, 10 châles, 10 robes, 13 jupons, une peline, une capote, 6 camisoles, 10 tabliers, 12 bandeaux, 16 bonnets, 5 collerettes, 70 mouchoirs, 6 paires de bas, 3 paires de souliers et un parapluie en soie, le tout prisé 654 francs » pour un total de 2290 francs, montant auquel s’ajoute une somme de 4000 francs « en espèces d’argent ».
En 1851, le couple vivait chemin du Centre avec un garçon boulanger, qui était le neveu de Jacques Germain. Ce dernier mourut à Étretat le 21 décembre 1857, à 69 ans ; sa veuve mourut à Étretat le 27 juin 1863, à 57 ans.


[1] AD, cote 2 E 32/76
[2] Nappe de table (définition CNRTL)

Le couple Duchemin-Vallin : une famille de marins

Louis Dominique Duchemin, marin d’Étretat et Marie Anne Vallin, fileuse d’Étretat, ont passé un contrat de mariage devant Me Bocq à Criquetot-l’Esneval le 12 septembre 1841, douze jours avant la cérémonie[1]. Le futur marié était veuf de Marie Anne Decaens, dont il avait eu deux enfants encore vivants ; la future, fille d’un maître de bateau, était veuve de Jean Alexandre Enault, un marin dont elle avait eu cinq enfants encore vivants. Le mariage est placé sous le régime dotal.
Le futur époux « déclare que sa fortune mobilière consiste en ses meubles, hardes et linges à son usage et en ses applets[2], le tout par lui évalué à la somme de 100 francs, déduction faite des dettes qu’il a à acquitter. »
La future épouse apporte « son lit complet, une armoire en chêne et table de toilette et tout son linge, hardes à son usage, ses applet et filets, et un parc garni de ses filets, le tout évalué à la somme de 100 francs, déduction également faite des dettes qu’elle a à acquitter ».
Joseph Jérémie Enault, fils de la future mariée, âgé de 17 ans, va demeurer avec le nouveau couple jusqu’à sa majorité ; son travail excédant la valeur de son entretien, Louis Dominique Duchemin  promet de lui payer une somme de 150 francs, en espèces ou en effet mobilier, s’il continue effectivement d’habiter avec les futurs époux et de travailler pour leur compte.
D’autre part Duchemin s’est engagé, par contrat notarial passé en 1840, à garder chez lui, nourrir et entretenir son ex-belle-mère, qui, si elle se retirait après le décès de son ex-gendre, « emporterait son lit, sa couchure, composée d’un matelas, un traversin et deux oreillers et 8 draps, lesquels objets estimés être d’une valeur de 60 francs ».
Le couple vécut rue de la Valette. Louis Dominique mourut à Étretat le 28 octobre 1864, à 79 ans et Marie Anne mourut à Étretat le 28 janvier 1870, à 85 ans.


[1] AD, cote 2 E 32/74
[2] Filets pour la pêche aux harengs

Le couple Vallin-Loisel : le ménage d’un tonnelier

Deux semaines plus tard, le 29 septembre 1841, Jean Baptiste Vallin, tonnelier d’Étretat et Marie Anne Loisel, sans profession, du Tilleul, ont passé un contrat de mariage devant Me Bocq à Criquetot-l’Esneval[1]. Jean Baptiste Vallin, fils de marin, était veuf de Madeleine Françoise Euphrosine Maubert, de laquelle il avait eu deux enfants encore vivants. Marie Anne Loisel était fille de cultivateur. Le mariage est placé sous le régime dotal.
Jean Baptiste Vallin « déclare que sa fortune consiste dans ses meubles et effets mobiliers, espèces et créances, s’élevant à la somme de 1160 francs, mais que sur cette somme, moitié appartient aux enfants mineurs issus de son premier mariage (…) en conséquence sa fortune nette est d’une valeur de 580 francs ».
La mère de la future épouse fait don à sa fille, par avancement sur sa succession, « des objets mobiliers cy-après, à savoir 20 draps, 6 nappes, 24 serviettes, 12 essuie-mains, 12 taies d’oreiller, 40 chemises, 8 robes en différentes étoffes, 6 jupes, 36 châles et mouchoirs, 2 mantes, une petite capote, 10 tabliers, 12 bonnets, 4 collerettes, 4 paires de bas et autres chaussures, avec les différents petits objets à son usage personnel, 2 lits en coutil remplis de plumes, un traversin et 2 oreillers aussi en coutil rempli de plumes, une couverture en laine, une courtepointe en indienne, un tour de lit avec ciel, pente et rideaux aussi en indienne, une table de toilette, une table de nuit, une commode et une armoire, le tout en chêne, un rouet, un trail et 2 chaises », le tout estimé à 1500 francs.
En 1851 le couple vivait rue du Bon-Mouchel et Jean Baptiste était marin. Celui-ci mourut à Étretat le 22 septembre 1852, à 60 ans.


[1] AD, cote 2 E 32/74

Le couple Léger-Vallin : un ménage atypique

Le 27 janvier 1842, une semaine avant le mariage, un contrat est passé dans l’étude de Me Bocq entre Louis Édouard Stanislas Léger, tonnelier, né à Ingouville et demeurant à Sanvic, et Constance Victoire Vallin, sans profession, d’Étretat[1]. Le mariage est placé sous le régime dotal.
Le futur époux apporte au mariage « le linge, habit, meuble, ustensile de son état, et argent et créance, le tout d’une valeur de 1500 francs », provenant de la donation que lui en a fait son père en avance sur la succession.
La future épouse, en avance sur la succession de son père, apporte « sa coffrée ci-après détaillée, savoir : 28 draps de lit en toile, 48 chemises, 30 serviettes dont 12 en toile et 18 en doubleure, 3 doubliers, une nappe, 18 taies d’oreiller, 12 torchons en toile, 18 essuie-mains aussi en toile, 9 robes en laine et indienne, 5 châles en laine, 5 jupons, 6 tabliers différents, 12 mouchoirs de poche en fil, 12 bonnets, 2 camisoles, 12 paires de bas en laine et coton, une mante ; un matelas rempli de laine, un lit en coutil rempli de plumes d’oie, un traversin et 2 petits oreillers pareils, une couverture en laine, une courtepointe, une armoire en chêne à deux battants, une commode en noyer, une glace, une table de toilette, un tapis de lit, un tour de lit avec ciel, pente et rideaux en indienne », le tout évalué à 1550 francs. La future épouse apporte également « 3 robes, un châle, 2 jupons dont un en soie et l’autre en laine, un manteau », provenant de ses gains et économies et estimé à 150 francs, soit un apport total de 1700 francs. En outre elle promet d’apporter au mariage une somme de 2000 francs, provenant de dons manuels faits par son frère.
Le couple eut sept enfants, en 1843, 1845, 1846, 1848, 1850, 1852 et 1854 ; les quatre premiers naquirent à Sanvic, les trois derniers à Étretat ; plusieurs moururent en bas-âge. La vie du ménage semble avoir été assez chaotique car le mari tenta une carrière d’artiste peintre à Paris où il résidait en 1850, dans le 9e arrondissement tandis que son épouse vivait en 1851 chez son père à Étretat, rue du Mont, avec ses deux filles survivantes. Le couple eut, malgré tout, encore deux enfants après cette date. Constance meurt à Étretat le 15 novembre 1859, à 40 ans et son fils cadet, Léon Léger, se retrouve en nourrice, en 1861, chez Adèle Rose Vatinel, veuve Morin. Il partira ensuite à Paris, probablement pour rejoindre son père.


[1] AD, cote 2 E 32/75

Le couple Hauville-Goubin : l’alliance du monde agricole et du monde de la mer

Alfred Frédéric Hauville, d’Étretat, fils de cultivateur et Rose Mathilde Goubin, d’Étretat, fille de marin, passent un contrat de mariage le 27 novembre 1844, devant Me Lefebvre, notaire à l’étude de Criquetot-l’Esneval[1]. Ils adoptent le régime dotal.
Alfred Hauville déclare que « sa fortune actuelle (est) dans ses biens, hardes et habillements, meubles meublants et ustensiles qu’il évalue à une somme de 400 francs », provenant de ses gains et économies.
Mathilde Goubin déclare posséder, provenant de sa mère et d’autres successions, « un trousseau composé de 18 draps, 24 chemises, 72 serviettes, 6 taies d’oreiller,7 jupes, 3 robes, 6 tabliers, 2 manntelets, une (illisible), 8 châles et cravates, 12 mouchoirs de coton, 18 bonnets, 8 paires de bas, un parapluie en soie, une couchure consistant en un bois de lit, une paillasse, un matelas, un lit, un traversin et deux oreillers en coutil (rempli) de plumes, une couverture en laine, une courtepointe, un tour de lit aussi en indienne, une armoire en bois de chêne, une table de toilette plus divers linges, chaussures, à l’usage personnel de femme, (illisible) couvert en argent, une chaîne en or, une paire de (…) pendants d’oreilles aussi en or », le tout estimé à la somme de 800 francs. En outre la future épouse apporte une créance de 1100,82 francs, à recevoir à sa majorité, due par Mr Mahault, propriétaire à Saint-Romain-de-Colbosc en vertu d’un contrat passé en 1840, la créance produisant un intérêt de 4 % par an. Enfin, une seconde créance de 1238,25 francs résulte de l’apurement du compte de tutelle et sera exigible au décès de son père, si bien que la fortune mobilière de Mathilde Goubin s’élève au total à 3154,07 francs. De plus, elle est propriétaire de 3/8e indivis dans deux petits immeubles situés à Étretat, le reste appartenant à son père ; le tout est occupé par celui-ci.
Le couple eut six enfants à Étretat, en 1845, 1846, 1847, 1848, 1851 et 1853. En 1861, le couple vivait rue de Paris avec leurs quatre enfants survivants et le père de Mathilde, âgé de 73 ans ; Alfred était alors cafetier, après avoir été conducteur de voiture. Il mourut le 18 mai 1866, à 45 ans. Rose mourut le 24 janvier 1896, à 70 ans.


[1] AD, cote 2 E 33/9

L’ancienne étude notariale de Criquetot-l’Esneval

Les années 1845-1849

Entre 1845 et 1849, 70 mariages sont célébrés à Étretat. Quatorze de ces mariages au moins font l’objet d’un contrat. Un des mariages projetés a été célébré à Criquetot-l’Esneval (couple Leroy/Baudu, 1846), un autre à Octeville (couple Ricouard/Morisse, 1847).

Au total, ce sont donc 16 contrats de mariage, passés en l’étude de Criquetot-l’Esneval, qui concernent au moins un Étretatais ou une Étretataise.

Table alphabétique des contrats de mariages, bureau de Criquetot-l’Esneval, 1845-1849 ; n’ont été reportés ici que les époux et épouses demeurant à Étretat ; source : Archives départementales de Seine-Maritime

Dans cette seconde moitié de la décennie 1840-1850, qui correspond à la période où le tourisme commence à avoir des répercussions sur la vie économique et sur l’organisation sociale, la médiane des valeurs déclarées est en légère baisse (1000 francs) mais l’écart s’est réduit (100 à 6000 francs pour les valeurs extrêmes) ; près de la moitié des époux(ses) apportent une somme comprise entre 1000 et 1500 francs. Les apports inférieurs à 500 francs sont retombés à 18,5 %. Les marins ont les apports les plus faibles.

Le couple Fauvel-Morin : le ménage d’un petit artisan

Le contrat passé devant Me Bocq le 11 octobre 1847 concerne Louis François Fauvel, sabotier d’Étretat et Henriette Catherine Morin, sans profession, d’Étretat[1]. Le futur époux était veuf de Virginie Marie Bisson, dont il avait trois enfants encore vivants. L’acte comporte une erreur curieuse, citant Rose Madeleine Lemesle comme la mère de Louis Fauvel, alors que celle-ci était Rose Friboulet. Henriette était la fille d’un marin. Les contractants choisissent le régime dotal.
Louis Fauvel déclare apporter « ses meubles, linges, habits, capitaux et créances, le tout d’une valeur de 800,00 francs ».
La future épouse apporte son trousseau : « 18 draps, 24 chemises, 3 nappes, 8 taies d’oreiller, 7 jupes, (illisible) tabliers, 3 capotes, 2 châles, 2 robes, 3 camisoles, 2 corselets, 12 mouchoirs, 3 paires de bas, 3 autres jupes, un châle et un tablier, 12 bonnets, un bois de lit, un lit en coutil rempli de plumes, un traversin et un oreiller aussi en coutil rempli de plumes, une couverture en laine, une courtepointe en indienne, un tour de lit avec ciel, pentes et rideaux aussi en indienne, une armoire en sapin, une table de toilette aussi en sapin, 4 chaises, 18 assiettes, 5 plats, un lot de terrines, 12 cuillers, 4 fouets en fer, un rouet, un trail, 12 bouteilles, un parapluie et 2 chandeliers en fer », le tout valant 500 francs. Elle apporte en sus une somme de 700 francs en espèces et créances.
En 1861 le couple vivait rue du Perrey avec le fils de Louis François, né d’un premier mariage, et deux petites-filles issues aussi du premier mariage. Louis François mourut le 19 juillet 1871 à Étretat, à 62 ans. Henriette Catherine mourut à Étretat le 6 janvier 1877, à 73 ans.


[1] AD, cote 2 E 32/86

Le couple Maubert-Paumelle : un autre artisan-commerçant

Le 31 janvier 1849, Arthur Jean Benoît Maubert, tailleur d’habits d’Étretat, et Zoé Constance Paumelle, sans profession, passent contrat de mariage devant Me Bocq[1]. Le père du futur est cultivateur et le père de la future était marchand épicier de son vivant. Le régime matrimonial choisi est encore le régime dotal.
Arthur déclare apporter « ses meubles, linge et habits à son usage personnel, capitaux et créances, le tout d’une valeur de 1100,00 francs ».
Zoé, de son côté, apporte son trousseau composé de « une armoire en chêne, une commode en noyer, une table de toilette, une glace, un matelas, un lit en coutil rempli de plumes, un traversin et deux oreillers aussi en coutil rempli de plumes, une couverture en laine, une courtepointe piquée en indienne, un tapis de lit aussi en indienne, un tour de lit avec rideaux en bazin[2] blanc et pentes rouges, 20 draps, 40 chemises, 18 serviettes, 12 taies d’oreiller, 2 doubliers, 2 nappes, 12 torchons, 6 essuie-mains, 12 mouchoirs, 12 bonnets, 4 châles, 4 tabliers de staff et de soie, 6 autres en siamoise, 7 robes, 10 jupes, 4 camisoles de laine, 3 autres en indienne, 8 paires de bas, 3 paires de souliers, 2 mantes et une pelisse, 6 bandeaux et autres menus objets de toilette » pour une valeur de 1100 francs.
Le couple eut cinq enfants en 1849, 1851, 1852, 1855 et 1857. En 1861 le couple tenait une épicerie et demeurait route du Havre avec leurs 4 enfants survivants. Benoît mourut le 4 janvier 1903 à Étretat, à 79 ans ; Zoé mourut le 7 février 1905, à 77 ans.


[1] AD, cote 2 E 32/89
[2] Étoffe à chaîne de fil et trame de coton

Maisons étretataises en 1851 (carte postale de la collection Davanne) : au milieu du XXe s., une bonne partie des habitations était encore couvertes en chaume ; les toitures d’ardoises se généraliseront dans les années suivantes

Les années 1850-1854

Entre 1850 et 1854, 62 mariages sont célébrés à Étretat. Quatorze de ces mariages au moins font l’objet d’un contrat.
Un des mariages figurant dans la table alphabétique est célébré à Yport (couple Frébourg/Bigot, 1851), un autre au Tilleul (couple Lemonnier/Delamare, 1851), un autre à Turretot (couple Legay/Savalle, 1851) et un dernier à Bénouville (couple Piedfort/Dumont, 1854).

Au total, 18 contrats de mariage ont été passés en l’étude de Criquetot-l’Esneval et concernent au moins un Étretatais ou une Étretataise.

Table alphabétique des contrats de mariages, bureau de Criquetot-l’Esneval, 1850-1854 ; n’ont été reportés ici que les époux et épouses demeurant à Étretat ; source : Archives départementales de Seine-Maritime

Pendant la période 1850-1854, la médiane est stable (1100,00 francs) et l’écart est à peu près comparable à la période précédente (de 200 à 10.000 francs, soit un rapport de 1 à 40). Les apports inférieurs à 500 francs concernent toujours 18,5 % des individus. Les ouvriers, artisans du textile et domestiques ont les apports les plus faibles, les apports les plus importants appartiennent à la fille d’un rentier fécampois (Jacques Guillaume Fauvel, qui fut maire d’Étretat), à un pharmacien et à un épicier. À l’occasion du contrat de mariage établi le 28 avril 1852 entre Julie Fauvel et Benoît Léonard Frébourg, les parents de la future lui font donation d’une valeur mobilière de 10.000 francs, d’une maison à un étage située à Fécamp, procurant un revenu de 300 francs, d’une autre maison à Fécamp procurant un revenu annuel de 240 francs et enfin d’un magasin à Fécamp assurant un revenu annuel de 80 francs. Benoît Frébourg, qui était négociant et appartenait au même milieu que son épouse, fit ensuite une carrière d’armateur à Fécamp.

Le couple Seigneuré-Lemesle : le ménage d’un fonctionnaire

Le 29 juillet 1850, un contrat de mariage, placé sous le régime dotal, est passé entre Alfred Firmin Seigneuré, natif de Saint-Sauveur d’Emalleville et instituteur primaire à Étretat, d’une part, et Florifie Rose Lemesle, couturière native de Pierrefiques et demeurant au Tilleul[1]. Le père du premier était jardinier et le père de la seconde était toilier.
Le futur époux déclare apporter « ses habits, linge, meubles et objets mobiliers, le tout d’une valeur de 1200 francs ».
La future épouse apporte « les objets mobiliers composant son trousseau (…) savoir une armoire en chêne, une commode en noyer, une table de nuit et une table de toilette, le tout en chêne, une glace, 4 chaises, un matelas, un lit en coutil rempli de plumes, un traversin et deux oreillers aussi en coutil remplis de plumes, une couverture en laine, une courtepointe en coton rouge, un tour de lit en bazin blanc avec ciel et pentes en coton rouge, 30 draps, 60 chemises, 24 taies d’oreiller, 10 nappes, 2 doubliers, 24 serviettes, 24 torchons, 12 essuie-mains, 8 robes, 6 jupes, 6 camisoles, 12 tabliers, un châle, une mante, un manteau, 12 bonnets, avec les chaussures et autres menus objets à son usage personnel, 24 mouchoirs de poche et un parapluie », le tout estimé à 1300 francs.
Le couple eut neuf enfants, nés à Étretat en 1851, 1853, 1854, 1855, 1856, 1858, 1859, 1861 et 1866 ; la moitié mourut en bas-âge. La famille vivait rue de Mer et hébergeait en 1861 le jeune Charles Décultot, moniteur à l’école primaire. Alfred mourut à Étretat le 25 mai 1870, à 41 ans et Florifie mourut à Étretat le 19 mai 1892, à 61 ans.


[1] AD, cote 2 E 32/92

Le couple Calentier-Castelain : des commerçants

Le 23 octobre 1850, comparaissent devant Me Bocq, d’une part Jean Auguste Calentier, natif de Beaurepaire, marchand épicier et cafetier à Étretat, d’autre part Augustine Joséphine Castelain, cuisinière, native de Bousbecque dans le Nord et qui avait travaillé précédemment à Paris. Ils signent un contrat de mariage placé sous le régime dotal[1].
L’apport du futur époux se monte à 4000 francs, « consistant en marchandises d’épicerie, liquides, meubles de ménage, habillement et linges et en créances diverses ».
La future épouse apporte un trousseau comprenant « 40 chemises en toile, (illisible) draps aussi en toile, 24 serviettes, 24 taies d’oreiller, 12 nappes, 36 torchons et essuie-mains, 16 robes, 20 jupons, 8 châles, 24 tabliers, 24 mouchoirs, un manteau, 2 matelas, un (illisible), 2 petits oreillers et une armoire en bois de sapin », le tout estimé à 1000 francs, ainsi que deux (illisible) d’une somme de 2000 francs en espèces, soit un total de 4000 francs.
En 1861, Jean Auguste est maître d’hôtel et le couple vit rue Notre-Dame avec deux domestiques, Isilda Beaufils (21 ans) et Stanislas Godebourg (17 ans). Jean Auguste meurt à Étretat le 4 janvier 1867, à 60 ans. Angélique meurt le 19 mars 1874 à Étretat, à l’âge de 54 ans.


[1] AD, cote 2 E 32/92

Le couple Frébourg-Bigot : le ménage d’un artisan

Le 3 janvier 1851, un contrat de mariage placé sous le régime dotal est conclu devant Me Bocq entre Nicolas François Frébourg, peintre-vitrier, d’Étretat, et Marie Rose Bigot, sans profession, d’Yport[1]. Marie était veuve de Jacques Stanislas Guerrand, marin, dont elle avait trois enfants vivants.
Le futur époux apporte « ses habillements, linges, hardes, meubles meublants et autres objets mobiliers, le tout d’une valeur de 2000 francs ».
La future épouse apporte son trousseau composé de « 12 nappes, 24 chemises, 4 nappes, 6 robes, 6 jupes, 4 camisoles, 2 châles, 6 mouchoirs de poche, 3 capotes et mantelets, 2 paires de bas et 2 paires de chaussures, une paire de souliers, un lit de plumes, un matelas rempli de laine, un traversin et 2 petits oreillers en coutil et plumes, une couverture en laine, une courtepointe en indienne, un tour de lit avec ciel, pente et rideaux en indienne, une armoire en sapin, un rouet et un trail », pour une valeur de 400 francs.
En 1861 le couple vivait rue de Mer (aujourd’hui rue de l’abbé Cochet) avec la petite-fille de Marie Rose, issue d’un premier mariage de cette dernière. Marie Rose mourut à Étretat le 21 mai 1893, à 88 ans ; Nicolas François mourut à Étretat le 8 mars 1895, à 70 ans.


[1] AD, cote 2 E 32/93

Le couple Lemonnier-Delamare : un couple artisan-commerçante

Devant Me Bocq, Pierre Joachim Lemonnier, ouvrier cordier, d’Étretat, et Généreuse Delamare, sans profession, du Tilleul, passent un contrat de mariage placé sous le régime dotal[1]. Les Lemonnier sont cordiers de père en fils et Généreuse est la fille d’un cultivateur.
Le futur époux déclare apporter « ses linges et hardes et différents meubles meublants, d’une valeur de 500 francs » ainsi qu’une somme de 1000 francs en espèces, soit un total de 1500 francs.
Le trousseau de la future épouse comprend « 30 draps, 60 chemises, 12 nappes, 24 serviettes, 4 taies d’oreiller, 12 essuie-mains, 24 torchons, 12 robes, 14 jupes en étoffe et coton, 18 tabliers de diverses couleurs, 5 mantes et mantelets, 6 camisoles, 6 châles en laine, 30 mouchoirs de cou et de poche, 18 bonnets ou coiffures et autres menus linges, 8 tricots et chemisettes, 12 paires de (bas ?), une armoire en bois de chêne à deux battants fermant à clef, un lit complet composé d’un lit de coutil, un traversin et 2 petits oreillers pareils remplis de plumes, un matelas garni de laine, une couverture en laine, une courtepointe et un tour de lit en indienne, une commode et une table de toilette, une table de nuit en bois de chêne, une glace, 2 chaises, 3 parapluies, un rouet et un trail », le tout estimé à 1500 francs. Généreuse apporte aussi au ménage « une pièce de terre située en ladite commune du Tilleul contenant environ 56 ares 75 centiares » dont elle a hérité de son aïeul maternel, Dominique Lambert.
Pierre et Généreuse ont eu quatre filles, en 1852, 1853, 1856 et 1869. En 1876, le couple demeurait route du Havre avec ses trois filles survivantes et un « domestique cordier » qui s’appelait Armand Grout. Généreuse exerçait alors l’activité d’épicière. Elle meurt à Étretat le 2 février 1886, à 59 ans. Pierre meurt à Étretat le 7 août 1899, à 74 ans.


[1] AD, cote 2 E 32/93

Le couple Vatinel-Maillard : le ménage d’un charpentier de navire

Le 6 février 1851, Jules Tranquille Vatinel, ouvrier charpentier de navire d’Étretat, établit un contrat de mariage avec Félicité Marthe Maillard, tisserande d’Étretat, devant Me Bocq, notaire à Criquetot-l’Esneval[1]. Contrairement à la plupart des autres actes passés entre futurs époux, ce contrat est placé sous le régime de la communauté, réduite aux acquêts. Tranquille est un des nombreux fils de Martin Vatinel, qui était lui-même charpentier de navire et qui fut maire d’Étretat en 1870-1871 (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2021/03/13/la-politique-a-etretat/).
Le futur époux déclare être propriétaire et faire apport au mariage de la valeur de 682 francs « consistant en ses linges et hardes, meubles de ménage, ustensiles de son état et autres effets mobiliers ».
Le père de la future épouse fait don à sa fille « d’un trousseau composé de (…) : une armoire en bois de chêne à deux battants fermant à clef, un lit complet de coutil rempli de plumes, un traversin et 2 petits oreillers, aussi en coutil garni de plumes, une couverture en laine, une courtepointe en indienne, un tour de lit avec ciel et pentes aussi en indienne, 8 jupes d’étoffe, 6 autres en siamoise, un habillement noir, 2 capotes, 2 mantelets de différentes couleurs, 6 tabliers aussi de différentes couleurs, 12 mouchoirs de cou et de poche, 6 camisoles de laine et de siamoise, 12 bonnets ou coiffures, 2 parapluies, 16 draps, 36 chemises, 6 nappes, 12 serviettes, 6 essuie-mains, 12 taies d’oreiller, un métier à tisser garni de ses ustensiles, un matelas rempli de laine et autres menus objets », le tout estimé à 700 francs.
Le couple a quatre enfants, nés à Étretat en 1851, 1852, 1854 et 1857. Tranquille meurt à Étretat le 5 septembre 1857, à 31 ans, cinq mois après la naissance de sa fille cadette ; Félicité meurt à Étretat le 25 janvier 1865, à 39 ans.


[1] AD, cote 2 E 32/93

Les années 1855-1861

Cent quinze mariages ont été célébrés à Étretat de 1855 à 1861. Vingt-sept au moins de ces mariages ont fait l’objet d’un contrat de mariage.
Deux des mariages concernés par la table alphabétique des contrats de Criquetot ont été célébrés à Saint-Jouin-Bruneval (couple Fauvel/Dallet, 1856, couple Paumelle/Grenier, 1856), deux à La Poterie (couple Lebourgeois/Varin, 1859, couple Martin/Aubourg, 1859), un à Octeville (couple Legros/Rayé, 1858), un à Fontenay (couple Thurin/Pelfresne), un au Havre (couple Jeanne/Huard, 1859), un à Mentheville (couple Eudeline/Lemonnier, 1860), un à Criquetot-l’Esneval (couple Vimont/Briard, 1860), un à Fécamp (couple Duchemin/Adam), un à Paris (couple Thurin/Rodier).

Au total, 38 contrats de mariage ont été passés en l’étude de Criquetot-l’Esneval et concernent au moins un Étretatais ou une Étretataise.

Table alphabétique des contrats de mariages, bureau de Criquetot-l’Esneval, 1855-1861 ; n’ont été reportés ici que les époux ou épouses demeurant à Étretat ; source : Archives départementales de Seine-Maritime

Pendant la période 1855-1861, la médiane augmente légèrement (1200,00 francs) mais la moyenne (3167 francs) est bien supérieure. C’est le fait d’un écart important entre les plus faibles sommes mentionnées (200 francs) et des montants supérieurs à 20.000 francs, traduisant des fortunes importantes comme celle de Guillaume Stanislas Yzet, cultivateur originaire d’Allouville-Bellefosse, qui sera adjoint au maire d’Étretat et qui épouse Anatolie Félicie Palfray, la fille d’un maître de bateau enrichi, ou encore celle de Bérénice Debin, une rentière originaire de Normanville près d’Yvetot, qui épouse un cultivateur de Saint-Eustache-la-Forêt. Les apports inférieurs à 500 francs ne concernent plus que 5 % des individus. Les marins et journaliers ont les apports les plus faibles tandis que les artisans, commerçants et fonctionnaires montrent une certaine aisance.
La fortune de Pierre Toussaint Palfray, le père d’Anatolie Félicie, n’était pas négligeable si on juge par l’énumération des immeubles partagés entre ses deux filles le 4 juin 1859 :
– une grande propriété à Étretat, composée de maisons et terrain, d’une contenance de 1544 m²,
– une propriété dans le quartier de l’ancienne école à Étretat, composée d’une ancienne maison et jardin, contenant 737 m²,
–  une autre propriété dans le même quartier, composée d’une ancienne maison et jardin, contenant 290 m²,
– une pièce de terre à Étretat d’une superficie de 2779 m²,
– une pièce de terre en labour à Étretat, de 6570 m²,
– une pièce de terre de 10.200 m² à Étretat,
– une grande propriété composée de maisons et magasins à Fécamp, rue Saint-Etienne, rue des Prés et rue Chasse à Barré,
– une maison à Fécamp rue des Forts,
– une autre maison rue des Forts à Fécamp,
– une ferme à Tourville-Ygneauville de 7,37 ha,
– une petite ferme de 1,65 ha à Bénouville,
– une autre petite ferme de 3,5 ha à Bénouville,
– une propriété quartier de Saint-Clair à Bordeaux-Saint-Clair, composée de maison, verger et terre, contenant 2850 m².

La propriété foncière : de la rente à la spéculation

Gestion des biens immobiliers par les ménages étretatais

Aux possessions mobilières, dont les contrats de mariage nous donnent un aperçu, s’ajoutent les biens immobiliers, acquis par héritage ou/et par achat et dont l’importance est très variable, comme l’illustre l’exemple donné ci-dessus. Les transferts de propriété, par ces deux voies, sont fréquents ; les transactions après succession (rachats de parts d’indivision ou vente par les héritiers) en représentent une bonne partie, surtout dans les années 1830-1840. Le détail en figure dans les archives notariales[1].


[1] Répertoire chronologique des actes de l’office de Criquetot-l’Esnval de 1830 à 1864, AD cote 2 E 32/150

Couplesachats immobiliers 1835-1863ventes immobilières 1835-1863
Allais/Vatinel (1835)1000,00 frs (1847)1000,00 frs (1853)
Ledentu/Maubert (1835)1/4 de 4500,00 frs (1854)
Ledentu/Vallin (1836)1/3 de 6500,00 frs (1858)
1/2 de 1000,00 frs (1858)
1/2 de 2000,00 frs (1860)
1/8 de 2725,00 frs (1863)
Vallin/Lasade (1837)2000,00 frs (1843)
2000,00 frs (1851)
16.200,00 frs (1858)
1575,00 frs (1863)
1/5 de 14.000,00 frs (1853) 20.000,00 frs (1857)
6000,00 frs (1861)
Thieullent/Goument (1837)890,00 frs (1855)
Guerrand/Savalle (1838)500,00 frs (1845)
Hauville/Huet (1839)4000,00 frs (1859)
3700,00 frs (1863)
8000,00 frs (1863)
Blanquet/Delépine (1839)6500,00 frs (1847)1200,00 frs (1843)
6500,00 frs (1847)
La gestion immobilière des couples formés entre 1835 et 1839, d’après le répertoire des actes notariés de Criquetot de 1830 à 1864 (Archives Départementales de Seine-Maritime, cote 2 E 32/150)

Le couple formé par Zéphir Ledentu et Constance Vallin possédait des biens qui provenaient de l’héritage de Louis Martin Vallin, père de Constance, qui avait été marin de la garde impériale, maître de bateau et garde-pêche. Pierre Aimable Vallin, boucher, et son épouse Bérénice Lasade possédaient des terrains hérités du père de Bérénice, cultivateur et du père de Pierre Aimable, toilier et cultivateur ; ils ont revendu certains biens et en ont acheté d’autres. Benoît Hauville, cultivateur, et Marie Rose Huet ont acheté en 1859 un petit terrain qu’ils ont revendu le double quatre ans plus tard (voir plus haut leur contrat de mariage). Quant aux transactions du couple Césaire Blanquet-Béatrice Delépine (dont le contrat de mariage a aussi été évoqué précédemment), elles concernent l’auberge Blanquet (voir plus loin).

Couplesachats immobiliers 1840-1863ventes immobilières 1840-1863
Hauville/Gratien (1840)2000,00 frs (1854)
Guérout/Maubert (1840)2000,00 frs (1852)300,00 frs (1854)
1/4 de 4500,00 frs (1858)
Leleu/Palfray (1840)6000,00 frs (1858)1/2 de 800,00 frs (1852)
1/2 de 8000,00 frs (1853)
1/3 de 3100,00 frs (1857) 3200,00 frs (1861)
1600,00 frs (1864)
Vallin/Bouchard (1840)1/2 de 4000,00 frs (1849) 1166,66 frs (1850)
38.000,00 frs (1851)
24.000,00 frs (1858)
18.500,00 frs (1859)
1/3 de 550,00 frs (1851)
8000,00 frs (1859)
Vatinel/Enault (1841)1/3 de 1500,00 frs (1855)
Vatinel/Dupont (1841)380,00 frs (1854)
Delahaye/Hauville (1841)1/7 de 2000,00 frs (1854)
1/8 de 2725,00 frs (1863)
Léger/Vallin (1842)1/3 de 1166,00 frs (1850)
Acher/Duchemin) (1842)1000,00 frs (1859)1/6 de 14.400,00 frs (1855)
Maubert/Bouchard (1842)1000,00 frs (1849)5200,00 frs (1858)
1000,00 frs (1861)
Martin/Houlier (1842) 900,00 frs (1854)
2000,00 frs (1860)
1/4 de 11.000,00 frs (1862)
Bisson/Maubert (1842)1/2 de 900,00 frs (1854)
Ricouard/Morisse (1843)1/4 de 1650,00 frs (1856)
Leleu/Lebaillif (1843)300,00 frs (1861)
Coquin/Queval (1843)500,00 frs (1853)
5700,00 frs (1862)
Crochemore /Lemaitre (1843)1017,00 frs (1860)1/3 de 150,00 frs (1860)
Maubert/Vallin (1843)2000,00 frs (1858)1/4 de 2025,00 frs (1858)
1/11 de 18.000,00 frs (1858)
Vallin/Joignant (1843)1/3 de 1100,00 frs (1855)
Letanneur/Lebaillif (1843)1/5 de 14.000,00 frs (1862)
Morisse/Legembre (1843)1/5 de 1650,00 frs (1856)
Vallin/Poirier (1844)1/3 de 1166,66 (1850)
Vallin/Lemonnier (1844)1/6 de 2500,00 francs (1852)
Goument/Gratien (1844)1/8 de 650,00 frs (1845)
Recher/Poret (1844)1/8 de 1800,00 frs (1846)
La gestion immobilière des couples formés entre 1840 et 1844, d’après le répertoire des actes notariés de Criquetot de 1830 à 1864 (Archives Départementales de Seine-Maritime, cote 2 E 32/150)

Jacques Florentin Leleu, cordonnier et Athénaïse Honorine Palfray possédaient des terres héritées du père de Florentin, qui était lui-même cordonnier et cultivateur, dont la revente permit l’achat d’une ferme à Pierrefiques (voir plus loin). Martin Valentin Vallin, capitaine de navire, avait hérité avec sa sœur Constance et son frère François Hospice, des biens de Etienne Martin Vallin ; il en avait racheté les parts pour revendre une partie des terrains ; son épouse Élise Bouchard avait également cohérité des terres de son père Étienne Joachim, cultivateur. Le couple acheta également plusieurs fermes et terres agricoles en dehors d’Étretat (voir plus loin).

Couplesachats immobiliers 1845-1863ventes immobilières 1845-1863
Homont/Lebaillif (1845)1/6 de 1250,00 frs (1850)
Lemonnier/Paumelle (1845)27.000,00 frs (1853)1/8 de 2000,00 frs (1861)
211,50 frs (1861)
Lemarchand/Maillard (1845)1/5 de 1000,00 frs (1850)
1/4 de 8910,00 frs (1856)
Morisse/Coquin (1846)1950,00 frs (1864)1/5 de 3000,00 frs (1860)
Beaufils/Horlaville (1846)1000,00 frs (1858)
Houllier/Vatinel (1846)1/5 de 11.000,00 frs (1862)
Fréret/Hauville (1846)400,00 frs (1845)
5100,00 frs (1858)
1800,00 frs (1859)
Bredel/Lebaillif (1846)1/5 de 14.000,00 frs (1862)
Ouf/Gosset (1846)1250,00 frs (1850)
Duhamel/Vallin (1846)1/6 de 2500,00 frs (1852)
Cauvin/Caillot (1847)1/5 de 2800,00 frs (1858)
Martel/Lebaillif (1847)1/6 de 1250,00 frs (1850)
Vallin/Hauville (1847)900,00 frs (1854)
Vallin/Cauvin (1847)1/2 de 1000,00 frs (1845)
Hauville/Beaufils (1847)1/7 de 2000,00 frs (1854)
970,00 frs (1856)
1/7 de 2725,00 frs (1863)
Morisse/Coquin (1847)1/5 de 1650,00 frs (1856)
1/5 de 3000,00 frs (1860)
Vallin/Acher (1848)200,00 frs (1855)1/5 de 14.000,00 frs (1853)
Goubin/Coquin (1848)1/6 de 5700,00 frs (1862)
Lemaitre/Guerard (1848)1/3 de 1167,00 frs (1860)
Maubert/Paumelle (1849)1200,00 frs (1853)
1/11 de 18.000,00 frs (1858) 6000,00 frs (1862)
Levasseur/Hauville (1849)1000,00 frs (1860)
Lemonnier/Vatinel (1849)2500,00 frs (1852) 1500,00 frs (1855)1/2 de 2500,00 frs (1861)
Vallin/Vallin (1849)1/3 de 100,00 frs (1853)
Bisson/Fauvel (1849)1/3 de 1500,00 frs (1861)
1/8 de 3000,00 frs (1855)
Lemonnier/Gueroult (1849)1/6 de 450,00 frs (1851)
1/8 de 600,00 frs (1858)
1/7 de 6125,00 frs (1861)
La gestion immobilière des couples formés entre 1845 et 1849, d’après le répertoire des actes notariés de Criquetot de 1830 à 1864 (Archives Départementales de Seine-Maritime, cote 2 E 32/150)

Thomas Maximilien Lemonnier était capitaine de navire ; son épouse était la fille d’un marchand épicier. Louis Aimable Fréret était boulanger ; il avait épousé la fille d’un mareyeur. Arthur Jean Benoît Maubert était tailleur d’habits et son beau-père, Pierre Benoît Paumelle, était marchand épicier (voir leur contrat de mariage plus haut) ; il cohérita de maisons étretataises ayant appartenu à son grand-père paternel Pierre Jean, boulanger de son état. Benoît Joachim Lemonnier, époux de Rosalie Guéroult, cohérita de terrains ayant appartenu à son grand-père Jean Baptiste Joseph Lemonnier, qui était cordier.

Couplesachats immobiliers 1850-1863ventes immobilières 1850-1863
Hauville/Coquin (1850)18.000,00 frs (1858) 5000,00 frs (1861) 500,00 frs (1862)
Levasseur/Paumelle (1850)1000,00 frs (1860)
Lemonnier/Fauvel (1850)1/8 de 3000,00 frs (1855)
Leleu/Coquin (1850)225,00 frs (1864)1/5 de 3000,00 frs (1860)
Seigneuré/Lemesle (1850)2300,00 frs (1859)
Lemonnier/Delamare (1851)300,00 frs (1855)
Hauchecorne/Aubry (1851)1/4 de 2500,00 frs (1859)
Homont/Frébourg (1851)1500,00 frs (1851) 200,00 frs (1853) 150,00 frs (1860)
Liberge/Déhais (1851)1/6 de 112,00 frs (1860) 1/6 de 3800,00 frs (1862)
Morisse/Paumelle (1851)1/5 de 1650,00 frs (1856) 1/5 de 3000,0 frs (1860)
Lebaillif/Vallin (1852)1/4 de 1250,00 frs (1861)
Fréret/Déhais (1853)1/6 de 112,00 frs (1860) 1/6 de 3800,00 frs (1862)
Beaufils/Morisse (1853)1/3 de 1500,00 frs (1865)
Maubert/Vallin (1853)1/11 de 18.000,00 frs (1858) 5400,00 frs (1859) 3000,00 frs (1862)
Lemesle/Maubert (1853)1/11 de 18.000,00 frs (1858) 3000,00 frs (1862) 3700,00 frs (1863)
Vallin/Hantier (1853)2500,00 frs (1852)
Lemonnier/Leroy (1854)1100,00 frs (1859)
La gestion immobilière des couples formés entre 1850 et 1855, d’après le répertoire des actes notariés de Criquetot de 1830 à 1864 (Archives Départementales de Seine-Maritime, cote 2 E 32/150)

Gustave Wilfrid Hauville était un des nombreux enfants de Pierre Mathurin Hauville, badestamier, et de Julie Françoise Maubert. Il fut cultivateur puis aubergiste, ce qui lui assura des revenus suffisants pour racheter trois maisons et d’autres bâtiments à Étretat en 1858 aux cohéritiers de son grand-père maternel, puis une maison à son frère en 1861 et un terrain bâti rue de la Tour à Jacques Vaudry en 1862. Alfred Firmin Seigneuré était instituteur à Étretat et son épouse était la fille d’un marchand toilier (voir contrat de mariage ci-dessus) ; le couple acheta deux petits terrains à Etretat en 1859.
Eugène Adolphe Maubert, l’époux de Rose Euphroisine Vallin, était le neveu par alliance de Gustave Wilfrid Hauville ; il était boulanger comme son grand-père et deux de ses oncles paternels (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2020/12/21/maisons-de-confiance-familles-de-commercants-et-artisans/). Il cohérita de son grand-père et vendit plusieurs terrains étretatais à des acquéreurs parisiens.

Couplesachats immobiliers 1855-1863ventes immobilières 1855-1863
Coquin/Lemonnier (1855)1/5 de 3000,00 frs (1860)
Morin/Bisson (1856)1/3 de 1500,00 frs (1854)
Déhais/Hauville (1856)1/6 de 112,00 frs (1860) 1/6 de 3800,00 frs (1862)
Barrey/Fauvel (1856)1/8 de 3000,00 frs (1855)
Aubry/Coquin (1856)1/4 de 3100,00 frs (1859)
Déhais/Thomas (1857)1/6 de 112,00 frs (1860) 1/6 de 3800,00 frs (1862)
Enault/Lemonnier (1857)1/8 de 600,00 frs (1858) 1/8 de 6125,00 frs (1861)
Ledentu/Cauvin (1857)1325,00 frs (1863)
Levasseur/Maillard (1857)1000,00 frs (1860)
Enault/Bellet (1858)1/8 de 600,00 frs (1858) 1/8 de 6125,00 frs (1861)
Coquin/Levasseur (1858)500,00 frs (1853) 5700,00 frs (1862)
Yzet/Palfray (1859)1500,00 frs (1860)
Levasseur/Vallin (1859)1/3 de 1250,00 frs (1861)
Lemaitre/Vallin (1860)1/3 de 1167,00 frs (1860)
Lecoeur/Paumelle (1860)1/8 de 2000,00 frs (1861)
Déhais/Vatinel (1861)1/6 de 3800,00 frs (1862)
Vallin/Vatinel (1861)1/4 de 1250,00 frs (1861)
Lebaillif/Hauville (1861)400,00 frs (1864)
Paumelle/Chambrelan (1861)211,50 frs (1861)1/8 de 2000,00 frs (1861)
La gestion immobilière des couples formés entre 1855 et 1861, d’après le répertoire des actes notariés de Criquetot de 1830 à 1864 (Archives Départementales de Seine-Maritime, cote 2 E 32/150)

La plupart des transactions effectuées par les couples sont des ventes de biens reçus en héritage : Louis Isidore Déhais, époux de Félicie Hauville, Alexandre Grégoire Déhais, époux de Victoire Thomas et Léopold Zéphyr, époux de Isilda Vatinel, héritent en 1860 de leur mère Prudence Argentin et en 1862 de leur père Alexandre Denis Déhais, qui était tisserand ; Jean Delphin Enault, époux de Félicité Lemonnier et Casimir Henry, époux de Hortense Bellet, héritent en 1861 de leur père Jean Généreux Enault, qui était marin.

Les Étretatais « qui ont du bien »

Au sein de la population, la catégorie des commerçants est celle qui affiche le patrimoine immobilier le plus fourni. Quelques actes notariés illustrent la composition de leur capital.
Nicolas Dajon, boucher et Catherine Rose Hauguel effectuent en mai 1856 une donation à leurs enfants d’une masure plantée et bâtie de 2800 m², d’une pièce de terre en labour de 1400 m², d’une seconde parcelle en labour de 700 m² et d’une maison avec cour, le tout situé à Etretat.
Les héritiers de Jacques Germain Maubert, ancien boulanger, se partagent en décembre 1858 les valeurs immobilières suivantes :
– une valeur de 18.000 francs, prix d’immeuble,
– une maison avec cellier à Étretat,
– une pièce de terre de 2837 m² dans le Grand Val,
– une pièce de terre de 3169 m² dans le quartier de Valaine,
– une portion de jardin de 135 m² à Étretat,
– une pièce de terre de 4258 m² au Petit Val,
– une pièce de terre de 5300 m² au Bon Mouchel,
– une pièce de  terre de 5675 m² au Camondet,
– une pièce de terre de 4236 m² côte de la Vallette.
Le 27 décembre 1858 les trois fils de Michel Arsène Maubert, marchand épicier (et frère du précédent), se partagent deux terrains situés à Étretat, contenant respectivement 3169 et 4236 m² , ainsi qu’une somme de 3370 francs.
Le 10 janvier 1859, Pierre Prosper Lebaillif, ancien marchand, fait donation à ses deux filles de biens immobiliers comprenant : 1°) une propriété située à Étretat sur le bord de la grande route du Havre et composée d’un terrain en cour et jardin, édifié d’une maison à un étage et d’une ancienne maison, 2°) une petite pièce de terre de 1600 m² située quartier du Cateuil, le tout apportant un revenu brut de 276 francs.

Les biens immobiliers des cultivateurs aussi sont spatialement répartis sur différents secteurs de la commune : Valaine, le Bon Mouchel, le Cateuil, la Côte du Mont, le Petit Val, le Grand Val,… Les héritiers de Pierre Léonard Aubry, cultivateur et de son épouse Jeanne Acher se partagent le 5 octobre 1856 un ensemble de propriétés situées à Étretat : 1) une maison sur un petit terrain, 2) une pièce de terre de 2800 m² au Cateuil, 3) un terrain côtier de 1300 m², 4) une pièce de terre en labour de 2800 m² au Bon Mouchel, 5) une pièce de terre « en labour et joncs marins » de 2000 m² et 6) un petit jardin.

Les propriétés immobilières des Étretatais ne se limitent pas au territoire de la commune, les acquisitions étretataises concernent également les villages alentours et prennent la forme d’investissement. En février 1844 Benoît Lemesle, maçon, achète une ferme de 1,7 ha au Tilleul pour 7050 francs. Le cordonnier Jacques Nicolas Leleu avait acheté pour son fils en mai 1846 une portion de ferme de 7365 m² à Pierrefiques ; huit ans plus tard sa veuve, Marie Rose Fontaine, achète pour 2500 francs une ferme de 1,56 ha, à cheval sur les communes de Pierrefiques et du Tilleul. C’est encore à Pierrefiques que Jacques Florentin Leleu, cordonnier lui aussi (c’est le fils des précédents), achète en 1858 une petite ferme de 1,77 ha pour 6000,00 francs. Toujours à Pierrefiques, Jean Mathurin Lemonnier, commissionnaire, achète en octobre 1850 une ferme de 3,12 ha. En mars 1852 Pierre Eustache Maubert, boulanger -le frère de Jacques Germain et de Michel Arsène cités précédemment- achète à la veuve d’un négociant havrais une ferme de 2,8 ha à Cuverville, au prix de 10.000 francs. En mars 1851 Martin Valentin Vallin, capitaine au long cours (voir ci-dessus, couple de 1840) achète deux fermes aux Loges, l’une de 5,7 ha et l’autre de 3,56 ha, qu’il paie respectivement 19.500 et 15.000 francs ; quatre ans plus tard, il achète, toujours aux Loges, une ferme de près de 6 ha, qu’il paie 24.000 francs ; l’année suivant cet achat, il acquiert près de 2 hectares de terre en labour à la limite de Gerville et des Loges, pour la somme de 8000 francs. La même année 1859, Louis Aimable Fréret -encore un boulanger- achète une pièce de terre en labour de 8050 m² « avec lisière en jons-marins et bois taillis » à Pierrefiques, pour 1800 francs ; l’année précédente, il avait obtenu l’adjudication, pour 5100 francs, d’une petite ferme d’un hectare dans la même commune. Jean Dominique Acher achète lui aussi, en 1859, un verger et des bâtiments à Pierrefiques, qu’il paye comptant 1000 francs. Bérénice Victoire Lassade, épouse d’un boucher d’Étretat (Pierre Aimable Vallin), achète en 1858, au prix de 16.200 francs, une ferme de 4 hectares au Tilleul, aux héritiers de François Etienne Gentil, ancien capitaine des canonniers garde-côte et ancien maire d’Étretat ; peu de temps auparavant le couple Vallin-Lassade avait vendu à Édouard Maigret, pour 20.000 francs, un terrain de 1,33 ha situé à Étretat.

La location de ces biens fournit éventuellement une rente qui s’ajoute aux revenus du travail. Certains Étretatais choisissent la vente en viager, comme Louis Denis Delamare, ancien tisserand, et son épouse Catherine Morin, qui vendent en juillet 1859 un petit terrain à Étretat édifié d’une maison et de bâtiment, s’asurant ainsi une rente de 350 francs, ou comme Jean Martin Vatinel, qui vend en juin 1861 une maison avec terrain à Étretat pour 300 francs de rente viagère ; ce dernier mourra malheureusement (pour lui) cinq mois plus tard.

Enfin il ne faut pas oublier l’importance des jardins, consacrés aux cultures vivrières, dans l’alimentation des familles les plus pauvres.

Jardins potagers dans le Petit Val (carte postale ancienne)
Jardins potagers dans le Grand Val, vu des Haules vers la côte de Bordeaux-Saint-Clair où se dressent des villas (carte postale ancienne)

Le boom immobilier des années 1850

La transformation d’Étretat en station balnéaire (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2024/04/03/lage-des-mutations-etretat-entre-1830-et-1860/) a deux conséquences majeures. La première est une augmentation des prix des terrains avec pour corollaire une revalorisation du capital immobilier des propriétaires ; une illustration en est fournie par Jacques Guillaume Fauvel, propriétaire terrien étretatais qui vend, au fil des années, de nombreuses parcelles situées à Etretat et Bordeaux-Saint-Clair (voir plus bas). La deuxième conséquence, provoquée par le désir des élites d’édifier leur lieu de résidence estivale (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2020/11/09/les-villas-etretataises-et-leurs-noms-un-peu-de-geographie-sociale/) est le transfert massif de propriété de la terre étretataise entre les mains de la riche bourgeoisie parisienne, voire rouennaise ou havraise, soit directement par achat aux propriétaires locaux, soit par l’intermédiaire de spéculateurs parisiens comme les frères Edouard Henry et Louis Justin Théodore Maigret. L’année 1849 marque le début du processus.

Annéenombre de transactions (ventes/adjudications)total des surfaces concernéesvolume financier correspondant
18359> 4435 m²7634,00 francs
18367> 38.173 m²4700,00 frs
18374> 18.212 m²8390,00 francs
18389> 18.858 m²8600,00 francs
18392nc816,00 francs
1840522.426 m²8900,00 francs
184139618 m²2925,00 francs
18425> 16.863 m²6000,00 francs
18439> 67.031 m²19.020,00 francs
18443> 25.993 m²2700,00 francs
18459> 41.724 m²20.800,00 francs
18467> 16.844 m²6925,00 francs
184787914 m²16.760,00 francs
184895388 m²5230,00 francs
18499> 24.196 m²14.460,00 francs
185012> 20.816 m²9216,66 francs
185123> 29.573 m²54.714,00 francs
185223> 57.085 m²33.494,00 francs
185321> 85.952 m²71.680,00 francs
185414> 38.394 m²20.800,00 francs
185522> 43.953 m²38.770,00 francs
185611> 4842 m²23.880,00 francs
185724> 54.953 m²95.963,22 francs
185837> 62.635 m²174.242,00 francs
185946> 95.339 m²205.701,00 francs
186023> 113.678 m²106.169,00 francs
186122> 19.181 m²95.036,50 francs
186227> 35.116 m²122.259.96 francs
186326> 105.210 m²157.380,00 francs
186412> 18.011 m²57.650,00 francs
Transactions immobilières à Étretat et Bordeaux-Saint-Clair entre 1835 et 1863, d’après le répertoire des actes notariés de Criquetot de 1830 à 1864 (Archives Départementales de Seine-Maririme, cote 2 E 32/150) (Nota : certains actes ne mentionnent pas les superficies)

L’examen des actes de vente immobilière indique une concentration assez importante entre les mains de quelques grands « propriétaires » (ainsi désignés dans les actes administratifs).

Les grands propriétaires terriens

Etienne François Gentil, natif de Veules, fut capitaine commandant de la 12e compagnie des canonniers garde-côte ; il fut maire d’Étretat de 1843 à 1848. Il avait acquis, à Étretat et dans les communes voisines, de nombreuses propriétés dont la location lui assurait un confortable revenu. Entre autres, un acte notarié du 7 juillet 1846 nous apprend qu’il avait acquis d’une cultivatrice du Tilleul près de 2,5 ha de terres agricoles, ainsi qu’une vache et un veau de 3 ans, estimés chacun 150 frs. Après sa mort, survenue en 1856, ses héritiers mirent en vente, en 1857 et 1858, plusieurs de ses biens étretatais.

Jacques Guillaume Fauvel est un personnage méconnu mais particulièrement intéressant, qui joua un rôle de premier plan dans le fonctionnement du marché immobilier durant cette période charnière. Né à Fécamp en 1791 d’un père marchand, il fut adopté à l’âge adulte par Nicolas Adam de Grandval, un bourgeois havrais enrichi, dont il hérita du château. Comme son père adoptif et comme le personnage précédent il fut maire d’Étretat, de 1831 à 1843 et à nouveau de 1852 à 1858. Il fut membre du conseil d’arrondissement du Havre et mourut en 1864 à l’âge de 73 ans ; il donna à l’église d’Étretat son vitrail de Saint-Sauveur, placé au chevet de sa chapelle (côté sud) (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2020/01/25/les-vitraux-votifs-de-leglise-notre-dame/). En 1831 il avait épousé Adèle Lemesle, la fille d’un cultivateur propriétaire de Bordeaux-Saint-Clair. Son nom apparait dans pas moins de 28 transactions immobilières entre 1840 et 1863, principalement pour des ventes de terrains à Etretat et secondairement à Bordeaux-Saint-Clair. Parmi ses acheteurs figurent les noms, bien connus à Étretat, de Jacques Offenbach, Julie Dorus-Gras, Hippolyte de Villemessant, Zacharie Dollingen, Aaron Azévédo et le Dr de Miramont.

Outre le revenu tiré de la vente des biens, Jacques Fauvel pouvait escompter sur l’exploitation de ses terres et de ses bois, comme en témoignent des actes d’adjudication d’arbres vendus sur pied : 115 ormes et 6 chênes ont été vendus aux enchères en 105 lots, pour la somme totale de 1076,75 francs les 2 et 10 janvier 1848.

Félix Ezechiel Vallois est un peu le symétrique de Jacques Fauvel mais, contrairement à ce dernier, sa stratégie ne résidait pas dans la vente mais dans l’achat pour constituer un large capital foncier. Né à Canteleu en 1801 d’un père capitaine de navire, il s’enrichit dans le négoce rouennais et réalisa peu à peu son rêve de grand propriétaire terrien. L’acquisition du château de Fréfossé au Tilleul en 1849 (Lefebvre 2014, p. 18) et de la ferme de l’ancienne léproserie de Saint-Nicolas du Grand Val en 1858 lui donna le statut de gentilhomme campagnard, qu’il conforta dans les années 1850-1860 par ses achats de terrains sur Étretat, Le Tilleul et Bordeaux-Saint-Clair. Il fit partie des principaux actionnaires de la Société des bains de mer d’Étretat, fondatrice du Casino ; en tant que notable, il fut choisi, avec l’épouse du maire d’Étretat pour commère, comme parrain de la cloche étretataise « Pauline-Adèle » bénite en 1850 (Cochet 1869, p. 55). Lui aussi offrit à l’église d’Étretat un vitrail, représentant son saint patron (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2020/01/25/les-vitraux-votifs-de-leglise-notre-dame/).

Transactions immobilières réalisées par Félix Ezéchiel Vallois entre 1852 et 1863, d’après le répertoire des actes notariés de l’étude de Criquetot-l’Esneval (AD, cote 2 E 32/150)
Le château du Tilleul, dit château de Fréfossé, propriété de Félix Vallois, vu du ciel (carte postale Artaud père et fils, éditions Gaby)

Pierre Mathurin Lenormand, né à Etretat en 1792, fils de marchand, débuta comme clerc de notaire dans l’étude criquetotaise de Me Fiquet avant de s’établir notaire à Bosc-le-Hard, bourg dont il fut le maire ; conseiller d’arrondissement, conseiller général de Bellencombre, juge de paix, il fut nommé chevalier de la Légion d’Honneur en 1863. Sa stratégie, encore différente de celle des deux personnages précédents, était celle d’un gestionnaire de biens locatifs. Il était ainsi propriétaire de deux bâtiments à usage hôtelier à Étretat, dont l’hôtel Blanquet que son dirigeant, Césaire Blanquet, avait pris à bail en octobre 1847 pour 1200 francs et en mars 1852 pour un supplément de 400 francs. Mathurin Lenormand peut être considéré comme le fondateur du Casino d’Étretat car c’est lui qui obtint, en 1852, la concession de terrains sur la plage, inaugurant ainsi à Étretat une longue tradition de privatisation de l’espace public, au profit des marchands (Lindon, 1963, p. 133). Une rue d’Étretat porte son nom ; l’église possède un vitrail, représentant sainte Anne et saint Joseph, donné par « Mr Lenormand du Bosc-le-Hard », placé dans le transept, côté sud (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2020/01/25/les-vitraux-votifs-de-leglise-notre-dame/). Madame Lenormand eut également l’honneur d’être la marraine de la cloche de l’église d’Étretat nommée « Alexandrine-Clarisse », bénite en mai 1850 (Cochet, op. cit.).

Transactions immobilières réalisées Pierre Mathurin Lenormand entre 1847 et 1863, d’après le répertoire des actes notariés de l’étude de Criquetot-l’Esneval (AD, cote 2 E 32/150)

Le comte Henri Gustave d’Escherny est issu d’une roche famille aristocratique savoyarde ; son grand-père, François Louis, né à Neuchâtel en Suisse, fut conseiler d’état du roi de Prusse et chambellan du duc de Würtemberg. Gustave Henri est né au Havre en 1817 ; il partageait sa résidence entre Paris et Allouville-Bellefosse dont il fut maire et où il possédait un château.
Sa première acquisition étretataise, auprès des héritiers Ledoult, date du 23 août 1845 ; il s’agit de l’auberge occupée par le couple Bobée, délimitée par la rue menant de la mer à la route du Havre et par le boulevard bordant le rivage à Etretat, vendue pour 6750 francs. Deux ans plus tard, le 12 juillet 1847, il revend le bien à l’aubergiste Césaire Blanquet pour la somme de 6500 francs ; ce dernier s’empresse de revendre à son tour à Pierre Mathurin Lenormand, qui lui concède un bail de location (voir plus haut).

Carte postale représentant l’hôtel Blanquet, qui se situait à l’emplacement actuel de la place du Général de Gaulle

Il achète ensuite d’autres terrains près de la mer, principalement au pied de la côte du Mont (le versant de la vallée d’Etretat exposé au sud-ouest), qui était alors occupée surtout par des landes :

  • une parcelle de 3218 m² achetée à Antoine Philippe Ledentu et une parcelle contigüe à la précédente de 980 m² achetée à Charles Ouf, tailleur, en octobre 1847, au pied de la côte du Mont, pour un coût total de 2800 francs,
  • une parcelle de 6 à 7 m de large en bord de mer, près des anciennes fortifications, achetée 300 francs à Louis Dominique Guérard, marin, en mai 1849,
  • un terrain en labour et lande de 2128 m² sur la côte du Mont, achetée à un cultivateur de La Poterie en septembre 1850 pour la somme de 600 francs,
  • un terrain de 8500 m² sur le versant amont, acheté à Antoine Philippe Ledentu, cordier, en août 1852 et payé 1500 francs,
  • une pâture de 6000 m² sur le versant amont, achetée 900 francs aux héritiers Bisson en février 1854,
  • un terrain de 300 m² sur le versant amont, acheté 100 francs en octobre 1854 à Jean François Paumelle, marchand mercier,
  • une parcelle en labour de 2227 m² et une parcelle en labour, herbage et lande de 6325 m² achetées en novembre 1857 aux héritiers Hauville pour 2300 francs,
  • une petite parcelle avec grange achetée aux héritières de Bernard Zéphir Ledentu, cultivateur, en octobre 1858 pour 1000 francs,
  • un terrain en herbage de 1854 m² et une parcelle de 305 m² côte du Mont, achetée à Jean François Paumelle en février 1859,
  • une petite parcelle édifiée d’une grange, achetée 2000 francs en mars 1859 à Antoine Philippe Ledentu,
  • un terrain pentu de 1403 m², acheté 750 francs à Charles Cyprien Ouf en octobre 1859,
  • une parcelle de 5573 m² côte du Mont, payée 2500 francs, achetée en septembre 1864 à Denis Benoît Morisse, gardien de phare du Havre.

La superficie totale acquise en 17 années se monte ainsi à un peu plus de 3,9 ha, pour une dépense totale d’au moins 14.750 francs.

Blason de la famille d’Escherny

Le comte d’Escherny se fit construire, sur les terrains ainsi acquis côte du Mont, une grande villa, la villa des Roches, qui nécessita de lourds travaux de terrassement dans le versant, afin d’établir une plateforme et l’édification de deux impressionants murs de soutènement en amont et en aval de la pente. Cette villa est aujourd’hui détruite. Gustave Henri d’Escherny mourut à Allouville-Bellefosse en 1892.

Villa du comte d’Escherny « les Roches » (carte postale ancienne) ; « sur la falaise de gauche, la noblesse du pays, les vieilles familles normandes, sont représentées par les maisons de deux grands propriétaires, le comte d’Escherny et M. de Coubertin » (Lefebvre, 2014, p. 14)

Les investisseurs parisiens

L’homme de lettres Adolphe Philippe Philippe Dennery (dit d’Ennery) est un des tous premiers acheteurs parisiens à apparaître dans les registres notariaux (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6552548z/f11.item) ; cet auteur dramaturge, né à Paris en 1811, qui collabora avec Auguste Anicet Bourgeois et connut la consécration avec sa pièce Les Deux Orphelines, a surtout investi dans la création de la station balnéaire de Cabourg mais il s’intéressa aussi à Étretat, bien que plus modestement. En août 1849 il achète aux héritiers de Pierre Jeanne, un charpentier étretatais, une portion de jardin anciennement édifié d’une grange en bord de mer. Deux ans plus tard, en septembre 1851, il acquiert auprès de la veuve de Martin Adrien Lecanu une parcelle de terrain plantée et bâtie de 2100 m², au prix de 3000 francs auquel s’ajoute une rente viagère de 250 francs. Moins d’un an plus tard il revend l’ensemble à un négociant parisien, Jean Marie Bergerand, pour la somme de 3740 francs à laquelle s’ajoute une rente viagère de 250 francs.

Charles Henri Mottet était un notaire parisien. Lui aussi, comme les grands propriétaires Gentil, Fauvel, Vallois et Lenormand, fut maire d’Étretat, de 1864 à 1870 et de 1875 à 1876. À partir de la fin des années 1850, il se rendit acquéreur de divers terrains à Étretat, achetés surtout aux héritiers de petits propriétaires étretatais.

Transactions immobilières réalisées par Charles Henri Mottet entre 1858 et 1863, d’après le répertoire des actes notariés de l’étude de Criquetot-l’Esneval (AD, cote 2 E 32/150)

Les frères Maigret, lotisseurs de la Côte d’Amont

Edouard Henry Maigret est né en 1820 à Paris, d’un père entrepreneur en menuiserie. Il s’enrichit par la vente de papiers peints et épousa en 1845 la fille d’un chef de bureau au Ministère des Finances. Son frère cadet Louis Justin Théodore naquit à Paris en 1826 et travailla aussi dans l’entreprise de vente de papiers peints. Il épousa en 1853 la fille d’un fabricant de gants. C’est à partir de 1857 qu’Edouard commença à investir dans l’immobilier étretatais, avec la participation occasionnelle de son frère (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2020/11/09/les-villas-etretataises-et-leurs-noms-un-peu-de-geographie-sociale/ ; https://social.shorthand.com/RegionNormandie/ugA3LFHs83/les-villas-detretat) en achetant une parcelle de 13.390 m² de terrain, pour la somme de 20.000 francs, soit 1,49 franc le mètre carré. Une partie du terrain fut revendue, en 1858 et 1859, par parcelles d’une superficie allant de 840 à 2809 ², à un prix variant entre 3,33 et 3,66 francs le mètre carré, soit plus du double du prix d’achat. En 1862 deux petits terrains sont même vendus au prix de 4,9 francs/m².

Transactions immobilières réalisées par Edouard Henry Maigret entre 1857 et 1862, d’après le répertoire des actes notariés de l’étude de Criquetot-l’Esneval (AD, cote 2 E 32/150)

Les acheteurs de villégiatures

« Parmi les plus belles habitations, on remarque surtout celles de MM. Anicet Bourgeois, Dorus-Gras, Maillart, Mottet, Périer, Offenbach, Mme Doche, Monge, Bertall, Mme Vatinel, Lalanne, Mouchet, Outrebon, Fichel, de Traz (style du XIIe s.), Beaugrand, Mégret, Mme Fauvel (le Château), Bligny, Burdin, de Charny, Loth, Jouet, Merle, Pélissier, Houdry, Bida, Bergeron, Francillon, de Miramont (style Louis XIII), Cochin, Léon Achard, etc.
Les chalets Marthalbert, construits en 1876, par M. Domange, d’après les plans de M. Jules Bon, architecte, se distinguent par leur style élégant.
Le Donjon appartient à M. Paz. Le château de M. Boyer, propriétaire de l’eau de mélisse, est une jolie construction dans le style Louis XIII. Signalons aussi : les chalets Charles Lourdel, Oudiné, Pimpernelle, Houdry, Wullette, Azevedo, Thorallier, Monot, Dumesnil, Monteau et Nateuil ; les maisons Payen, Duchemin, Meurice, Roupel et Diaz ; la grande propriété Descherny ; la caloge Lourdel ; enfin les propriétés Desfossés, Delatour et Renaud.
 » (Guide Joanne, 1877)


Les acheteurs parisiens de terrains étretatais sont dans leur grande majorité de purs représentants de la société du Second Empire : artistes et écrivains, qui furent les artsans de la « fête impériale » et dont Offenbach est le plus célèbre représentant, négociants et entrepreneurs, banquiers, patron de presse. Entre 1849 et 1860 principalement, ils se précipitèrent à Étretat pour y acquérir des biens immobiliers, y édifier leur villa ou/et réaliser quelques bons coups financiers.

Auguste Anicet-Bourgeois

C’est en octobre 1849 que le dramaturge Anicet Bourgeois, né à Paris en 1806, achète pour 400 francs aux héritiers d’Etienne Joachim Bouchard, sur la côte du Camondet, une parcelle en labour de 1000 m² en bord de mer; cette parcelle était occupée alors par l’aubergiste Blanquet, dont l’établissement se trouvait au pied de la côte. C’est probablement sur ce terrain que l’écrivain fit édifier sa première villa, la Sonnette du Diable. La liste des achats qu’il effectua par la suite est longue.

DateVendeursDescription et surfacePrix
2/10/1849héritiers d’Etienne Joachim Bouchard (Etretat)pièce de terre en labour bordée à l’ouest par la mer quartier du Camondet à Etretat, 1000 m²400,00 frs
30/8/1851les mêmespièce de terre à Etretat, 1500 m²550,00 frs
11/9/1851Pierre Eustache Maubert (Etretat)pièce de terre à Etretat, 9900 m²8000,00 frs
27/8/1852Jean Jacques Benoît Lebaillif (Etretat)terrain en herbage, labou et joncs marins à Etretat, 3545 m²2500,00 frs
27/8/1852Jacques Florentin Leleu et Athénaïse Honorine Palfray, Marie Rose Fontaine veuve Jacques Nicolas Leleu (Etretat)terre en herbage et joncs marins à Etretat, 714 m²800,00 frs
27/9/1852Charles Théodore Marc (La Poterie)pièce de terre en jardinage et pour le surplus en côte et herbage à Etretat, 500 m²429,00 frs
10/9/1859Marie Julie Vallin veuve Etienne Michel Allaume (Le Havre)pièce de terre en pâturage quartier de la Valette à Etretat, 3962 m²2500,00 frs
10/9/1859Pierre Mathurin Lenormand (Bosc-le-Hard)pièce de terre en pâturage quartier de la Valette à Etretat, 2930 m²1849,00 frs
15/9/1859Nicolas Mathieu Rioult et Catherine Rose Martel (Le Tilleul)pièce de terre en labour et pâturage à Etretat, 7000 m²7000,00 frs
22/9/1859Eugène Adolphe Maubert et Rose Euphrasie Vallin (Etretat)pièce de terre en labour et herbage quartier de la Vallette à Etretat, 6600 m²4400,00 frs
26/9/1859Marie Virginie Lefort ép. Denis Benoît Morisse (Le Havre), Charles François Lefort (Sainte-Adresse)pièce de terre en labour avec parcelle en herbage et joncs marins quartier de la Vallette à Etretat, 2642 m²1500,00 frs
28/10/1861Symphose Adèle Bouchard veuve Jacques Germain Maubert (Etretat)pièce de terre en joncs marins à Etretat, 2500 m²1000,00 frs
21/8/1862Jean Benoît Arthur Maubert (Etretat)une pièce de terre dite le Clos de Cateuil à Etretat, 3036 m² et une portion de terre en labour à Etretat, 1300 m²6000
21/8/1862Adolphe Eugène Maubert (Etretat)pièce de terre à Etretat, 1500 m²3000,00 frs
21/8/1862Anna Rose Maubert épouse Léon Jules Lemsle (Etretat)pièce de terre à Etretat, 1200 m²3000,00 frs
15/2/1864Rose Marie Fontaine veuve Jacques Nicolas Leleu, Alexandre Alfred Leleu, Athénaïse Honorine Palfray veuve Jacques Florentin Leleu (Etretat)pièce de terre en labour et côtière à Etretat, 3300 m²1600,00 frs

Il revendit un de ces terrains, une parcelle de 1500 m² avec lisière en talus au pied de la côte d’aval, à Marie Polly Camille Périer, l’épouse de Charles Fortunat Paul Périer, pour la somme de 7500 francs.

Clément Contant

Clément Contant est né à Montivilliers en 1798 mais c’est à Paris qu’il fit carrière, d’abord comme peintre décorateur puis comme architecte et machiniste à l’Opéra, où il croisa peut-être Dennery et Anicet-Bourgeois. En août 1850 il acheta aux héritiers de Jean Maillard une maison bâtie sur un terrain de 321 m², pour la somme de 1000 francs (soit 3,11 frs/m²) ; quelques jours plus tard il achetait à un cultivateur de La Poterie un jardin de 220 m² rue Notre Dame, pour 1,68 fr/m². En 1851, il achetait à un cultivateur de Saint-Jouin une maison et un terrain de 300 m² à Étretat, qu’il payait 5,58 francs le mètre carré. En août 1858, après son décès, sa veuve revendit à leur fille Louise Caroline, pour 6000 francs, une grande maison et plusieurs bâtiments avec jardins, d’une superficie de 593 m² et une chaumière avec terrain en jardinage et gazon, d’une superficie de 345 m². Un an plus tard Louise Caroline et son époux Paul Barriard, qui était négociant à Paris, revendaient l’ensemble à un négociant en coton (Louis Alphonse Auguste Deshayes) pour la somme de 26.000 francs, ce qui représente une intéressante plus-value.

Aaron Charles Azéveéo

Charles Azévédo est un banquier parisien, né à Bordeaux en 1824, fils d’un fabricant de papiers peints ; il acquit le château des Tours à Montagne, dans le vignoble bordelais. En septembre 1850 il acheta à Jacques Fauvel, pour 1000,00 francs, une parcelle de terre agricole de 2200 m² sur le chemin de Saint-Clair, qu’il revendit un an et demi plus tard à sa belle-mère pour le même prix, correspondant à 0,45 franc/m². En septembre 1853, octobre 1861 et septembre 1863, il acheta à Étretat, au même Jacques Fauvel, un terrain bâti et planté de 2200 m² (pour 2,27 francs/m²) puis deux parcelles de terre de 5398 et 24.516 m², qu’il paya respectivement au prix de 1,296 franc et 2 francs le mètre carré.

Chevalier Rodrigues-Ely

Daniel Rdrigues-Ely, dit Chevalier Rodrigues-Ely, était un négociant parisien, né à Bayonne en 1815 ; en février 1851 il acheta à Pierre Prosper Lebaillif un jardin de 450 m² à Étretat, qu’il lui paya 3,22 frs/m². Il le revendit sept mois plus tard à Jenny Masson de Puitneuf au prix de 12,22 frs/m², ce qui représentait un bénéfice de plus de 4000 francs.

La famille Dorus

C’est à partir de 1851 que cette famille de musiciens originaire de Valenciennes commence à acheter à Étretat. C’est d’abord Vincent Joseph Vansteenkiste (dit Dorus), qui était flûtiste à Paris, qui achète à un cultivateur de Criquetot une portion de terrain de 720 m², plantée et bâtie, pour 1300 francs. Un an plus tard, en août 1852, il achète à Rose et Jean Duchemin (le couple de l’ouvrage publié par Alphonse Karr) un terrain de 2000 m², qu’il paye 2400 francs.
La sœur de Vincent Joseph, la cantatrice Julie Aimée Vansteenkiste (dite Julie Dorus-Gras), achète en décembre 1851 une parcelle agricole de 1200 m² à Édouard Lebaillif, au prix de 1000 francs, et une parcelle de 4330 m² à Jacques Fauvel, au prix de 3000 francs. En août 1857, elle achète un terrain en jardinage de 1322 m² aux héritiers d’Étienne Gentil, pour 4500 francs. Deux ans plus tard, elle achète à Jacques Fauvel trois portions de terre dont deux en labour et une servant de passage, d’une superficie totale de 5675 m², qu’elle paye 10.000 francs. En février 1860 elle ajoute à sa propriété deux petits terrains de 16 et 14 m², achetés respectivement 150 et 112 francs à Catherine Julie Hauguel et aux héritiers de Marie Prudence Argentin. En août 1862 elle achète encore à ces derniers une maison et un terrain de 700 m², qu’elle paye 3800 francs, soit 5,43 frs/m².

Le Docteur de Miramont

Pierre Marie Louis Artidor Miramont (dit de Miramont), est né en 1812 dans l’Ariège, d’un père notaire. Il fit des études de médecine à Paris où il s’installa. En 1850, il commença à exercer à Etretat pour les estivants et se fit nommer médecin inspecteur des bains de mer de la station. Une rue d’Étretat porte son nom. En septembre 1851 il acheta à Jacques Fauvel un terrain de 2248 m², qu’il paya 1014 francs. Huit ans plus tard il revendit ce terrain, qui avait été bâti entre temps, à un manufacturier de Petit-Quevilly (Émile Maletra) pour la somme de 19.000 francs.

Henriette Haranger

Henriette Haranger était une actrice dramatique née à Liège ; elle fit l’acquisition, en septembre 1851, d’un terrain de 1000 m² à Etretat, qu’elle paya 3400 francs aux héritières d’un cultivateur de Maniquerville.

Léon Louis Lalanne

Léon Louis Chrétien-Lalanne est né à Paris en 1811 ; c’était un ingénieur, qui dirigea l’École Nationale des Ponts et Chaussées et fut élu sénateur en 1883. En avril 1852, il acheta trois terrains à Étretat, d’une superficie totale de 22.696 m², au prix de 6000 francs. En septembre 1854 et août 1857 il acheta à Bordeaux-Saint-Clair deux parcelles agricoles de 2837 et 4400 m², qu’il paya respectivement 2000 et 2500 francs à Pierre Toussaint Palfray et à Edouard François Seigneuré.  En août 1858 il achète une grande maison avec jardin à Étretat, qu’il paye 20.000 francs à Pierre Nicolas Duparq, ainsi qu’une autre maison avec jardin de 460 m², payée 4000 francs à un Havrais qui avait acheté ce bien pour 2900 francs sept ans plus tôt. En avril 1860 il achète à un épicier havrais une ferme de 3,71 ha qui s’étend sur Bordeaux-Saint-Clair, Étretat et Le Tilleul, au prix de 18.500 francs. Enfin en août 1863 il achète à Anne Émilie Rigaud, épouse Bonneau du Martray, une maison à Étretat sur un terrain de 700 m², au prix de 6000 francs.

Jenny Masson de Puitneuf

Marie Jenny Masson de Puitneuf, née à Paris en 1817, était une cantatrice de l’Opéra, qui était la veuve d’un artiste dramatique. Elle acheta à Rodrigues-Ely, en septembre 1851, une portion de terrrain de 450 m² édifiée d’une maison en construction à Etretat, pour 5500 francs.  Un an plus tard elle achetait à Jean Vartinel une portion de terrain de 300 m² édifié d’une grange, pour 2000 francs. En septembre 1853 elle acheta à Louis Denis Delamare et Charles Florentin Joignant une terrain de 260 m², payé 1150 francs et qu’elle revendit à Alphonsine Mayliand -la fille d’un courtier parisien- en août 1857, au double de ce prix. Elle revendit aussi, en septembre 1861, un terrain construit d’une grande maison de trois étages à Hippolyte de Villemessant, pour la somme de 15.000 francs.

Jacques Philippe Usquin

Jacques Philippe Usquin, né à Paris en 1815, était un officier du Génie, baron d’Empire. Il acheta en août 1853 deux terrains de 2454 et 4500 m² aux héritiers du cordonnier Jacques Nicolas Leleu, pour 8000 francs. Cinq ans plus tard, il revendait à Charles Mottet une parcelle de 6432 m², au prix de 9000 francs.

Charles Théodore Gagelin

Charles Théodore Gagelin, né à Poitiers en 1819, était un tapissier parisien. En août 1853, il acheta aux héritiers de Jacques Philippe Vallin un verger de 4256 m² planté et bâti à Étretat, pour 14.000 francs. En avril 1854 il achète aux héritiers du boulanger Pierre Eustache Maubert une parcelle agricole de 2986 m², qu’il paie 4500 francs.  En juin 1856 il revend 6000 francs un jardin partiellement clos de murs, avec un puits, à Lucien Maillard (voir ci-dessous).

Hippolyte de Villemessant

Jean Hippolyte Cartier de Villemessant, né à Rouen en 1810, se lança dans le négoce avant d’entamer à Paris une carrière de journaliste et patron de presse. En 1854 il relance avec succès le Figaro. En septembre 1853 il acheta à Jacques Fauvel une parcelle de 2300 m² à Étretat, payée 2000 francs. L’année suivante il revend à Jacques Offenbach une portion de terrain de 375 m², pour 1000 francs et en 1856 il revend, toujours à Offenbach, une petite parcelle de 109 m², au prix de 100 francs. En septembre 1861 il acquiert auprès de Marie Masson de Puitneuf (voir ci-dessus), une grande maison de trois étages « avec cabinet d’aisance », pour 15.000 francs. En août 1862 il achète pour 4000 francs, avec sa fille et son gendre Gustave Bourdin (chroniqueur au Figaro) un terrain de 2500 m² côte de Saint-Clair, près de la propriété d’Offenbach.

Boniface Paul César Picon

Ce personnage est né à Toulon en 1814 ; il fut huissier à Paris. En septembre 1853 il achète aux héritiers de Pierre Hauville, marchand de La Poterie, une parcelle de 2836 m² dans le Quartier de Cateuil à Étretat, pour 2500 francs. Après son décès, ses héritiers la revendent au prix de 5650 francs en août 1862.

Lucien Maillard

Entre septembre 1853 et 1862 Lucien Maillard, propriétaire parisien, achète 14 parcelles de terrain d’une superficie totale d’environ 2.5 ha, pour une somme totale de 28.705 francs.

DateVendeur(s)désignation et surfaceprix d’achat
29/9/1853Pierre Hauville (Le Tilleul)pièce de terre à Etretat, 7000 m²4800,00 frs
29/9/1853Pierre Mathurin Hauville (Etretat)¼ d’une pièce de terre à Etretat, 2986 m²1150,00 frs
2/9/1854Pierre Mathurin Hauvilleportion de terrain à Etretat, 2500 m²2500,00 frs
19/7/1855Pierre Mathurin Hauvilleportion de terrain en labour à Etretat, 133 m²180,00 frs
29/6/1856Charles Théodore Gagelin (Paris)terrain en jardinage avec puits partiellement clos de murs6000,00 fs
21/5/1858Pierre Mathurin Hauvilleportion de terrain de 330 m² et autre parcelle de terrain de 158 m² à Etretat513,00 frs
3/10/1858Pierre Mathurin Hauvilleparcelle de terre à Etretat, 81 m²113,00 frs
24/10/1858Pierre Hilaire Fréval et Marie Amélie Lemesle (Etretat)terrain en labour à Etretat, 1923 m²1600,00 frs
5/12/1858Pierre Mathurin Hauvilleparcelle de terre à Etretat, 585 m²819,00 frs
22/12/1858Pierre Mathurin Hauvillepièce de terre en labour à Etretat, 628 m²880,00 frs
3/3/1859Pierre Mathurin Hauvilleportion de terre à Etretat, 1208 m²1500,00 frs
2/8/1862Sénateur François Lebaillif et Françoise Angélique Savalle veuve Jacques Benoît Lebaillif (Etretat)pièce de terre en labour, joncs marins et herbage à Etretat, 4354 m²3000,00 frs
17/8/1862Arthur Joseph Théophile Battarel, Caroline Sophie Pauline Picon, Clémence Martel veuve Boniface Paul César Picon (Paris)pièce de terre quartier de Cateuil à Etretat, 2836 m²5650,00 frs

Détail des achats immobiliers de Lucien Maillard entre 1853 et 1862

Jacques Offenbach

Nul besoin de présenter le célèbre compositeur, né à Cologne en 1819 ; il fit construire en 1858 à Étretat la villa Orphée grâce aux revenus de ses œuvres. C’est en septembre 1854 qu’il achète à Hippolyte de Villemessant (voir ci-dessus) un petit terrain de 375 m², sur le chemin de Bordeaux-Saint-Clair, au prix de 2,66 francs le m². Il agrandit petit à petit sa propriété par l’achat à Jacques Fauvel, l’année suivante, d’un terrain de 198 m², pour un franc le m² et par l’achat à son voisin de Villemessant d’un petit terrain de 109 m², au même prix. Parallèlement à l’édification de la villa Orphée, il poursuit l’agrandissement progressif de son domaine par l’achat d’une parcelle de 256 m² à Jacques Fauvel en septembre 1857, pour 400 francs et de deux parcelles de 314 et 36 m² au même Fauvel en mars 1858, pour 525 francs. En septembre 1859 il achète encore 600 francs un terrain en pente de 400 m² à un débitant de tabac des Loges. Trois ans plus tard, il revend l’ensemble, d’étendant sur 1688,40 m², à son épouse Herminie, au prix de 3215,96 francs. En janvier 1863, 17 mois après l’incendie de la villa Orphée, Herminie achète aux héritiers d’Arsène Marie un terrain de 2000 m², qui porte la superficie de la propriété à son extension actuelle.

Félix Payen

Félix Rémi Payen, né à Paris en 1811, était agréé près le tribunal de commerce de Rouen. Il acheta en mars 1855, aux héritiers de Jean Guillaume Fauvel, une maison à Étretat pour la somme de 3000 francs. En septembre 1858 il la revendit à son beau-frère Alexandre Louis Jazet, pour 7000 francs et acquit auprès de Charles Cyprien Ouf, tailleur d’habits, une portion de terrain de 418 m² en pâturage, côte du Mont à Etretat, pour 1200 francs. En octobre 1859 il acquit auprès du même Cyprien Ouf un terrain de 5063 m² sur le versant, qu’il paya 2250 francs ; un mois plus tard jour pour jour, un violent incendie détruisit la maison en construction à cet endroit.

Julie Papin, veuve Outrebon

Aglaé Julie Papin, fille d’un négociant en soie qui était aussi châtelain de Villemomble en région parisienne, épousa en 1826 un notaire parisien, Louis Claude Outrebon. Après le décès de ce dernier, Julie Papin fit l’acquisition de plusieurs propriétés à Étretat :

  • un terrain en jardinage bâti d’une maison en juin 1855, payé 1200 francs à Jacques Benoît Lebaillif, cultivateur,
  • un terrain de 250 m² édifié d’une maison, payé 2500 francs à la veuve d’un cultivateur de Vergetot,
  • un terrain de 410 m², payé 6000 francs à Pierre Mathurin Hauville et son épouse Julie Maubert,
  • une propriété de 600 m² située à l’encoignure de la rue du Canal au Bon Mouchel, payée 6500 francs à Jean Augustin Hauville, cultivateur de La Poterie,
  • un jardin de 187 m², payé 2244 francs aux héritiers de Jean Baptiste Joseph Lemonnier,
  • un terrain de 750 m² édifié de maison rue de la Fontaine, payé 11.000 francs aux héritiers de Jérôme Ambroise Houllier.

Julie Papin fit construire, rue de Traz-Périer, la villa la Favorite (Parmentier1890, p. 245). Elle est la grand-mère paternelle d’Yvonne Outrebon, qui épousa en 1886 Georges Flory, futur maire d’Étretat.

Jules Bernard Guillaume de Clermont

Jules Bernard Guillaume de Clermont-Tonnerre, né en 1833 à Paris, était attaché aux affaires étrangères. Il acquit en septembre 1855, auprès de Jacques Fauvel, une parcelle agricole de 828 m² au Bon Mouchel, qu’il paya 2000 francs et, auprès de Victoire Désirée Deschamps, la nue-propriété d’une parcelle de 1730 m², qu’il paya 2500 francs et dont il récupéra l’usufruit en février 1863, pour 300 francs. En octobre 1863 il acheta encore à Jacques Fauvel une petite parcelle de 505 m², qu’il paya 500 francs.

Antoine Blaise Léonard Guyonie

Ce propriétaire parisien acheta en août 1856, en deux lots, un terrain de 2078 m², qu’il paya 7800 francs au total aux héritiers de Nicolas Siméon Lemonnier ; en octobre de la même année il acheta à Jean François Paumelle un jardin de 155 m², qu’il paya 800 francs, et revendit à Rose Victoire Hauguel et Jean Baptiste Féron un terrain inculte de 255 m², au prix de 1800 francs. Deux ans plus tard il revendit un terrain de 1880 m² à Sara Wilks, pour 7500 francs.

Emile de Nanteuil

Né en 1826 à Paris, Marie Georges Émile de Nanteuil de la Norville était conseiller référendaire à la Cour des Comptes. Il acheta en septembre 1856 à Louis Alphonse Veissier des Combes une portion de terrain de 362 m² sur la falaise, qu’il paya 905 francs.

René Victor Jouet

René Victor Jouet était un artiste musicien, né à Paris en 1826, qui épousa une pianiste née au Mexique, Jeanne Élisa Plantevigne. En septembre 1857, avec sa belle-mère, il acheta à la commune d’Étretat le presbytère, qui était composé d’un jardin clos de murs et édifié de maison et d’autres bâtiments, au prix de 13.650 francs. En août 1859 il fit l’acquisition, auprès de Jacques Ono-dit-Biot et de son épouse Victoire Deschamps, du « Vicariat », une cour-masure de 2400 m², bâtie et plantée, pour la somme de 8200 francs. Deux ans plus tard il achète 3000 francs, aux héritiers de Louis Joseph Lemonnier, un terrain de 950 m². En septembre 1863 il achète une maison avec jardin à Michel Bredel, pour 3200 francs. En juillet 1864 il revend au rouennais Joseph Paul Carbonnier un terrain de 940 m² bâti d’une maison et de dépendances, pour la coquette somme de 23.000 francs. René Victor Jouet meurt en 1871 rue Notre-Dame, dans sa maison qui deviendra plus tard la villa Trebelli (aujourd’hui la Charmille). En juin 1897 la villa Trebelli, « comprenant grand et beau pavillon avec jardin, superficie 1823,68 m² » initialement mise à prix 25.000 francs au tribunal civil du Havre, fut vendue par surenchère 29.166,70 francs (Journal de Rouen du 24 juin 1897).

Bertall

Charles Albert d’Arnoux, dit Bertall, était un dessinateur et caricaturiste fameux. En septembre 1857 il se rendit acquéreur de deux parcelles de terre agricole dans le quartier du Bon Mouchel, de 2836 et 1418 m² respectivement, qu’il paya 3100 francs aux héritiers de Jacques Nicolas Leleu, pour la première et 2000 francs à Jean Mathurin Lemonnier et Anastasie Mélanie Aubry pour la seconde.

Pierre Ono-dit-Biot

Pierre Jules Hilaire Ono-dit-Biot, né à Fécamp en 1814, fut ébéniste dans le faubourg Saint-Antoine à Paris dans les années 1830 avant de s’installer vers 1843 à Boulogne-sur-Mer comme ébéniste puis fabricant de billards. Il se retira vers 1872 à Étretat où il avait acheté en février 1858, à Louis Mathurin Lemonnier et à son épouse Eugénie Dedde, un jardin de 1290 m², qu’il paya 2500 francs. Pierre Ono-dit-Biot fut maire d’Étretat de 1876 à 1883 et mourut en 1889. Son divorce a été le premier à figurer dans les registres étretatais d’état-civil. La procédure, dont il prit l’initiative, fut particulièrement violente : sa seconde épouse lança contre l’ancien maire de très graves accusations qui ne furent pas retenues par le tribunal, qui prononça le divorce aux dépens de celle-ci en novembre 1887.

Le Dr Émile Blanche

Né à Paris en 1820, le Dr Antoine Émile Blanche fut un célèbre aliéniste qui soigna dans sa clinique de nombreuses personnalités, dont Guy de Maupassant. En mars 1858 il acheta à Édouard Maigret un terrain de 2809 m² situé côte du Mont, qu’il lui paya 10.000 francs. Il revendit ce terrain en novembre de l’année suivante à Claire Adélaïde Ducluzeau (voir ci-dessous) avec un bénéfice de 2500 francs.

La famille Maupassant

François Albert Gustave de Maupassant, le père de Guy, acheta en août 1858 à Louis Mathurin Lemonnier et à sa femme Eugénie Dedde un terrain de 436 m² édifié d’une maison à Etretat ainsi que la nue-propriété d’un terrain en jardinage de 320 m² pour 1800 francs. En juillet 1859 il achète à Pierre Jean Baptiste Lemonnier un terrain en jardinage de 598 m² près de l’église. En septembre 1861 il achète aux héritiers de Louis Joseph Lemonnier un terrain de 695 m², au prix de 3125 francs.
Marie Victoire Thurin, veuve Lepoittevin, qui était la grand-mère maternelle de Guy de Maupassant, acheta en mai 1862 à Pierre Frédéric Avenel et Rose Acher un terrain bâti de 876 m² rue Notre-Dame, pour la somme de 16.500 francs.

Claire Adélaïde Ducluzeau

Claire Adélaïde Ducluzeau, née à Paris en 1807, était la veuve de Pierre Augustin Pillaut, un industriel qui fut maire de Lagny-sur-Marne, en région parisienne. Elle acheta en août 1858 une parcelle de 1367 m² à Édouard Maigret, qu’elle paya 500 francs. En novembre 1859 elle racheta au Dr Blanche iun terrain de 2809 m² côte du Mont, pour 12.500 francs. En août 1862 elle revendait à Léon Rouvenat une parcelle de 1275 m² située côte du Mont, pour 6000 francs et le mois suivant elle revendait à Paul Lagarde une parcelle de 850 m², au prix de 4000 francs.

Adèle Marguerite Moyen

Adèle Marguerite Moyen était l’épouse de Guillaume Faure-dit-Beaulieu, employé à la Préfecture de la Seine. En septembre 1858 elle acheta à Adèle Rose Vatinel une maison de deux étages, située sur un petit terrain, pour la somme de 5800 francs. Un an plus tard, elle compléta cette acquisition par celle d’un bout de terrain de 48 m², payé 1000 francs à Benjamin Magloire Thurin.

Adrien Decourcelle

Pierre Henri Adrien Decourcelle était un auteur dramatique, né à Montdidier en 1821. Il épousa la nièce d’Adolphe Dennery (voir plus haut). En septembre 1858 il fit l’acquisition d’une parcelle de terrain de 355 m² en jardin, payée 2800 francs aux héritiers de Jean Jacques Caillot ; six mois plus tard, il revendit cette parcelle à Bénoni Dévelay pour la somme de 3197 francs. Adrien Decourcelle mourut à Étretat, à l’hôtel du Louvre situé rue Alphonse Karr.

Sara Wilks

Sara Wilks, une anglaise née à Norwich et résidant à Paris, acheta en novembre 1858 un terrain de 1880 m² à Antoine Blaise Guyonie, pour la somme de 7500 francs ; elle revendit, à un jardinier de Bréauté, une parcelle de 468 m² en novembre 1862 pour 4000 francs et en août 1863 un terrain de 1600 m² pour 14.000 francs. En décembre 1863 elle acheta à Jean Baptiste Acher et Marie Françoise Vatinel une maison et un jardin de 316 m² au prix de 7500 francs. Sara Wilks mourut dans sa maison étretataise en 1875.

Émile Maletra

Émile Maletra était le dirigeant d’une usine de produist chimiques fondée à Petit-Quevilly par son père. En août 1859 il acheta au Dr de Miramont une propriété bâtie de 2248 m², au prix de 19000 francs.

Étienne Alexandre Dumas

Étienne Alexandre Dumas était un fabricant parisien de papier peint, né en 1802. En août 1859 il acheta à Jacques Fauvel un terrain de 3000 m² en landes, bordé d’un talus, à Bordeaux-Saint-Calir, pour 6000 francs.

Zélie Houssemène

Albertine Rose Zélie Houssemène est née au Havre en 1815 ; elle épousa en Angleterre Edouard Adolphe Magnusson, qui mourut à Paris en 1851. Après son veuvage, elle acheta un terrain de 275 m² en septembre 1859, qu’elle paya 2000 francs à François Dominique Aubry et à son épouse Marie Anne Marthe Legros. Un an plus tard elle acheta une petite parcelle de 25 m² à Paul François Sénateur Leroux, pour 1100 francs (soit 44 frs/m²). En octobre 1864 elle acheta à Jean Joseph Ledentu et Françoise Fréval un jardin de 120 m², payé 1000 francs. Elle se remaria à Étretat en 1867 avec un joailler, Eugène Gustave Parchet, et mourut dans sa maison rue Offenbach en 1893.

Charles Jules Tonnet

Charles Jules Tonnet était un marchand de nouveautés parisien, né en 1817 à Niort. En septembre 1859 il acheta à Édouard Maigret une parcelle de 840 m² sur la côte du Mont, qu’il paya 2800 francs, soit 3,33 francs le m²

Paul Casimir- Périer

Charles Casimir Fortunat Paul Périer est né à Paris en 1812. C’était un banquier et un armateur, qui fut député puis sénateur de la Seine-Inférieure. En septembre 1859 il achète deux maisons avec dépendances aux héritiers de Guillaume Michel Guerrand et de Geneviève Renaux, pour 2100 francs ; quinze jours plus tard son épouse Camille, fille du régent de la Banque de France, achète à Anicet Bourgeois un terrain de 1500 m² au pied de la côte d’aval (là où s’élève actuellement la villa les Bardis) pour 7500 francs. C’est encore elle qui achète 12.000 francs un terrain bâti de 1080 m² à Emma Bouchard en mai 1861 puis deux parcelles, dont une construite, quartier du Camondet, qu’elle paye 3200 francs à la veuve de Jacques Florentin Leleu. En février 1863, c’est Paul casimir Périer qui achète une petite prorpiété de 125 m² aux héritiers de Victoire Rose Leleu, pour 3000 francs.

Blason de la famille Hullin de Boischevalier

Félix Hullin de Boischevalier

Issu de la petite mais ancienne noblesse normande, Anne Louis Félix Hullin de Boischevalier était un peintre académique, né à Paris en 1808. En septembre 1859 il acheta à Martin Valentin Vallin un terrain de 709 m² édifié d’une maison sur la côte du Mont, qu’il paya 8000 francs et, à Antoine Philippe Ledentu, une petite parcelle voisine, pour 130 francs.

Jean Brunton

D’origine anglaise, Jean Brunton est né à Evreux en 1795 ; il fit un riche mariage avec la fille du consul d’Espagne. Entre 1859 et 1862 il se constitua, par petits achats successifs, une propriété immobilière à Étretat :

  • en septembre 1859, un jardin de 340 m², payé 2000 francs à Charles Cyprien Ouf, tailleur,
  • en octobre 1859 une maison sur un terrain de 200 m² rue Castel, payée 1000 francs à Jean Baptiste Martin Vallin, maître au cabotage,
  • à la même date, un petit terrain avec grange, payé 1000 francs à Eugène Adolphe Maubert, boulanger,
  • en mars 1860, un petit terrain de 16 m², payé 90 francs à Jean Louis Leborgne, marin,
  • en août 1860 la moitié indivise d’un terrain de 16 m², payée 100 francs à Victor Leménager, domestique,
  • en septembre 1861 une cour-masure de 700 m², payée 5000 francs à Pierre Nicolas Duparq, tonnelier,
  • en septembre 1862, un terrain bâti de 400 m², payé 4000 francs à Catherine Julie Hauguel.

Eugène Oudiné

Eugène André Oudiné, né à Paris en 1810, était un sculpteur et surtout un graveur. En octobre 1859 il achète à Édouard Maigret un terrain de 1050 m² côte du Mont, qu’il paye 3500 francs (3,33 frs/m²), sur lequel il fait bâtir la villa qui porte encore son nom et qu’il agrandit en octobre 1862 par l’achat, au même Maigret, d’une portion de terrain de 205 m², qu’il paye 1000 francs (4,88 frs/m²).

Villa Oudiné, allée des Tamaris, une des allées créées par les frères Maigret

Ambroise Louis Thomas

Ambroise Louis Thomas, né à Metz en 1805, était viloncelliste à l’orchestre de Paris ; en avril 1860, avec son épouse Marie Claire Flora Bézard, qui était directrice d’une maison d’orfèvrerie, il vendit un terrain de 1432 m² aux frères Maigret, pour 6000 francs.

Abel Étiene Desmichels

Abel Etienne Desmichels (ou Des Michels) était un médecin parisien, né en 1833 et qui fit un riche mariage en 1858 ; après avoir été médecin militaire en Indochine, il occupa la chaire d’annamite à l’école des langues orientales (https://www.persee.fr/doc/inrp_0298-5632_2006_ant_12_2_4325). En mai 1860 il acheta une parcelle de 1080 m² à Charles Mottet, qu’il paya 5000 francs (4,63 frs/m²). Le mois suivant, il acheta aux héritières de Louis Martin Vallin un jardin de 418 m², au prix de 2000 francs (4,78 frs/m²). En octobre 1862 il acheta 472 m² dans une cour-masure, qu’il paya 1888 francs aux héritiers de Jacques Benoît Lebaillif.

Jean Gabriel Alfred Morise

Jean Gabriel Alfred Morise est né à Senlis en 1817 ; il était avocat à la cour d’appel de Paris. En août 1860 il acheta à Pierre Nicolas Duparq un terrain bâti de 270 m², Grande Rue, pour 4000 francs.

François Mouchet et Henriette Mouchet

François Mouchet, notaire parisien, et son épouse Henriette Adèle Mouchet (qui était aussi sa cousine germaine), achetèrent en septembre 1860 à Alphonse Marie Walter, un terrain de 409 m² édifié d’une maison et d’autres bâtiments, qu’ils payèrent 15.000 francs.

Charles Landelle

Charles Zacharie Landelle est un peintre orientaliste né à Laval en 1821, qui fut très apprécié durant le Second Empire. En septembre 1861 il achète une maison de deux étages à Alexandre Jazet, pour 9000 francs.

Zacharias Dollingen

Né à Fontainebleau en 1808, Zacharias Dollingen fut un journaliste qui collabora un temps avec de Villemessant au journal le Figaro.  En novembre 1861 il achète à Jaques Fauvel, pour 1500 francs, une parcelle de 1250 m² sur la côte menant à Bordeaux-Saint-Clair ; il agrandit sa propriété en septembre 1862 d’une autre parcelle de 1845 m², encore achetée à Jacques Fauvel, qu’il paie cette fois 3000 francs. Un an plus tard il y ajoute une petite parcelle de 144 m² payée 220 francs, tojours à Jacques Fauvel. Il fit bâtir sur son terrain l’édifice excentrique connu comme le Donjon (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2020/11/09/les-villas-etretataises-et-leurs-noms-un-peu-de-geographie-sociale/), qu’il revendit par la suite en raison de querelles fiinancières avec son fils.

Pierre Moussieigt d’Orsüe

Pierre Moussieigt d’Orsüe , qui était apparenté à la famille Plantevigne, achete à Hiippolyte de Villemessant, en août 1862, un terrain de 2500 m² sur la côte de Saint-Clair, au prix de 4000 francs.

Léon Rouvenat et Julie Antoinette Christofle

Né en 1809 à Châtillon-sur-Loire, François Pierre Léon Rouvenat était un joailler associé à Charles Christofle -autre célèbre joailler- dont il épousa la fille en 1840. Le couple acheta à Claire Adélaïde Ducluzeau (voir plus haut), pour 6000 francs, un terrain de 1275 m² sur la côte du Mont en août 1862 ; trois semaines plus tard, ils en revendirent une parcelle de 212 m² au parisien Paul Lagarde, leur voisin.

Jacques Côme Dupuis

Né à Saint-Sulpice en 1812, Jacques Dupuis était un rentier parisien. C’était le beau-père d’Edouard Guinand, haut-fonctionnaire du Ministère de la Marine et homme de lettres. Il acheta à Jacques Fauvel, en octobre 1862, un terrain de 2297 m² sur le coteau de Saint-Clair, qu’il paya 2700 francs.

Louis Achille Boulloche

Né en 1816 à Châlons-sur-Marne, Louis Achille Boulloche était attaché au Ministère des Finances. En octobre 1862, il acheta à Édouard Maigret un terrain de 733 m², au pix de 3600 francs, soit 4,91 francs le m².

Pascal Allain

Jules Pascal Adèle Allain était un professeur agrégé de lettres, né à Paris en 1814 ; c’est l’arrière-grand-pèrre de Jean-Louis Tixier-Vignancour, homme politique qui connut son heure de gloire en se présentant sous les couleurs de l’extrême-droite à l’élection présidentielle de 1965. En août 1863 il acheta à Pierre Romain Hauville, cultivateur et mareyeur, une petite parcelle de terrain de 282 m², qu’il lui paya 4000 francs, soit 14,18 francs le m².

Louise Léonie Azambre

Née à Paris en 1821, Louise Léonie Azambre avait épousé Armand Jean Michel Dutacq, patron de presse et éditeur. Après son veuvage, survenu en 1856, Louise Léonie acheta à Jean Baptiste Martin Vallin une maison située sur un petit terrain près de la mairie d’Étretat, pour 1600 francs.

On peut dire que, vers 1862, la vogue (des constructions de villas) était au maximum : le mètre de terrain qui, à Dieppe, sur la plage, était vendu trente francs, coûtait à Etretat, dit un journal du temps, cinquante francs, cinquante francs-or ! (…)

Raymond LINDON : Étretat, son histoire, ses légendes, 1963, p. 138

Ce que nous enseignent les successions

Les testaments ne détaillent pas les biens concernés mais indiquent uniquement les bénéficiaires. En revanche les inventaires après décès détaillent précisément l’ensemble de l’actif et du passif des défunts.

Le 16 mars 1835, un partage est fait entre les huit héritiers de Pierre François Vatinel, toilier et marchand et de son épouse Marie Houlier (Archives Départementales de Seine-Maritime, cote 3 E 32/61, acte n°38); les biens de la succession ont été divisés en 6 lots :

  • le premier lot adjugé à Florentin Vatinel pour 1420,00 francs
  • le deuxième mot à François Vatinel pour 340,00 francs
  • le troisième lot à Toussaint Palfray pour 1000,00 francs
  • le quatrième lot à Mr Aubourg pour 2360,00 francs
  • le cinquième lot à Mr Aubourg pour 760,00 francs
  • le sixième lot à Toussaint Palfray pour 1140,00 francs

Ce qui représente pour chaque héritier, après déduction faite du legs de 750,00 francs effectué en faveur du dernier fils, une somme à percevoir de 808,42 francs

L’inventaire après décès de Rosalie Françoise Maubert, épouse de Jean Baptiste Goubin, réalisé le 20 juin 1835, est précis et complète l’image d’un intérieur étretatais, tel qu’on a pu se le représenter à partir des inventaires mobiliers annexés aux contrats de mariage (Archives Départementales de Seine-Maritime, cote 2 E 32/61, acte n°108) :

« dans le grenier de la maison, deux matelas, un lit de coutil rempli de plumes, un traversin et deux petits oreillers en coutil aussi rempli de plumes, le tout estimé                                                       100 francs
dans la chambre à l’ouest de la cuisine, une table de nuit et une chaufette estimés           1,50 franc
une armoire en chêne à deux battants, fermant à clef, avec garniture en cuivre estimé   40,00 francs
ouverture faite de la dite armoire (…), trouvé :
vingt huit chemises à usage de femme en toile, estimées                                                       42,00 francs
huit taies d’oreiller estimées                                                                                                   10,00 francs
une nappe en toile, quinze draps en toile estimés                                                                  80,00 francs
quinze jupes tant en étoffe qu’en siamoise et cotonette, quatre tabliers en toile et cotonette et trois robes, l’une en siamoise, l’une en soie et l’autre en napolitaine le tout estimé                     54,00 francs
une pelice en soie noire bordée en dentelle noire deux pots à fleurs une capotte noire une pelice noir en elépine (sic) et un mantelet en indienne, le tout estimé                                                 20,00 francs
quatre essuiemains et neuf serviettes prisées                                                                         10,00 francs
cinq mouchoirs et un voile blanc un schalle (sic) blanc en laine, un idem gris onze bonnets un sertête (sic) et un parapluie, le tout prisé                                                                                                  28,00 francs
un voile noir, une thérèse en soie noire, une montre en cuivre prisé ensemble                     13,00 francs
deux camisoles en laine blanchi et deux autres en laine noire, un tablier en soie noire treize paires de bas, vingt deux mouchoirs tant de cou que de poche et quatre fichus, le tout estimé         32,00 francs
Deux camisoles un tablier blanc, une courtepointe en indienne, un paltot (sic), une couverture en laine blanche, trois camisoles de flanelle, une paire de souliers, quatre paires de poche et un lot de menu linge (…) estimés ensemble                                                                                                            18,00 francs
un couvert en argent dont il n’est fait plus ample description et estimation (…) »
Total                                                                                                                              454,50 francs 

Cet inventaire peut être comparé avec celui qui a été réalisé le 30 décembre 1837, après le décès de Pierre Auguste Houllier, survenu à Dieppe un mois et demi plus tôt (Archives Départementales de Seine-Maritime, cote 2 E 32/ 65, acte n°282) :

« Dans la cuisine à la cheminée, une crémaillère à une branche deux chenets, une pince, un gril une pelle deux chandeliers un vieux hansard, prisé ensemble                                                     2,50 francs
un sciot, un tablier en toile un banc une table (mot illisible) deux chaises prisés                  2,00 francs
un quart vide une bouteille en gres un poy de talvanne une poele à queue en terre une vieille lanterne une petite pelotte de fil une petite marmitte avec son couvercle une cuiellere à pot une dame Jeanne non couverte deux pots de terre et deux pots de talvanne prisés ensemble à la somme de        4,00 francs
un seau en bois cerclé en fer un seau en fer blanc quatre petites mesures en fer blanc six cuilleres un lot de terrerie sept assiettes en faience cinq fourchettes en fer un entonnoir en fer blanc un plat a barbe cinq bouteilles en verre un petit banc un faux palier et cinq petits cadres prisés   3,50 francs

un reveil avec sa caisse ses cordes et poids prisé                                                                4,00 francs
un panier d’osier seize petits volumes depareilles un faux palier en fay avec sa decharge en bois de chene le tout prisé                                                                                                                                  4,50 francs
un plat en terre cinq plats en faience dix assiettes en faience deux petites terrines une paire d’huillière, quatre bouteilles quatre casseroles decouvertes en faience trois verres a cidre un petit traillet de fil, trois pelottes de fil un petit lot de fils et un plomb, prisés ensemble à   10,00 francs

Dans une chambre au coté est de la cusiine quatre mauvaises chaises une petite table de toilette, en fay prisés à la somme de                                                                                                                1,00 franc
un metier à calico avec tous ses ustensiles prisé à                                                                    6,00 francs
une lignette de fil deux draps un traversin une courtepointe en toile imprimée une couverture en laine un lit de plumes une paillasse et un bois de lit en sap) et chêne prisés                        16,00 francs
un autre bois de lit en fay et chêne une paillasse, un matelas un traversin en coutil deux draps une couverture en indienne les rideaux et pentes aussi en indienne le tout prisé                        30,00 francs
un chandelier une lampe et deux paires de souliers prisés                                                            2,00 francs

Dans le cellier neuf pièces de filets garnis de leurs cordes prisés à                                              15,00 francs
un tambour avec ses filets une vieille paire de botte de marin un rabot un pic un petit fut de barique et un petit lot de bois prisés ensemble à la somme de                                                                        5,00 francs

Dans l’appartement à coté de celui qui précede deux bouées en liege avec leurs cordes un cable deux tambours avec leurs filets, une corbeille dans laquelle un lot de fillets aux hameçons prisés à la somme de                                                                                                                                          4,00 francs

Dans le grenier de la maison une vieille table en fay, deux écalles de balance avec leurs cordes et un fleau en fer, une vieille couche en fay démontée, un lot de corde deux vieilles pouches quatorze fagots un vieux coffre un vieux baril et une vieille corbeille, le tout prisé                                 18,00 francs

Dans l’écurie étant sous la falaise un vieux fut de tonneau et un vieux chantier prisés      2,00 francs

Rentré dans la chambre à l’Est de la cuisine, une armoire à deux battants en chêne estimée après qu’ouverture en a été faite (…)                                                                   15,00 francs
Dans la dite armoire trouvé et inventorié six chemises prisées                                            12,00 francs

un calçon en toile, deux draps, prisés                                                                                     6,00 francs
une vieille redingotte en etoffe maron une autre vieille redingotte en etoffe bleue une culotte courte en velours une vieille redingotte d’été prisés a                                                                              8,00 francs
une vieille culotte en siamoise une autre vieille culotte en etoffe une autre vieille culotte courte en nankin une paire de bas un gillet, prisé à la somme de                                                                        4,00 francs
une autre armoire en chêne à deux battants (…) dans la dite armoire une vieille culotte d’etoffe estimée à                                                                                                                                                          1,25 franc

Total de l’estimation                                                                                              175,75 francs »

Buffet cauchois

L’inventaire, réalisé le 1er juillet 1848 après le décès, survenu le 18 avril 1837, de Pierre Mathurin Lemonnier, cordier, époux de Marie Anne Suzanne Vallin, nous donne un aperçu de la gestion ordinaire d’un ménage étretatais (Archives Départementales de Seine-Maritime, cote 2 E 32/ 88, acte n° 175).
L’actif comprenait :

  • la valeur de 160,25 frs de meubles et ustensiles (nonobstant le mobilier apporté en mariage et repris par la veuve),
  • un contrat d’achat par le couple et par Jean Baptiste Vallin le 30 germinal an XIII à Jacques Hauville, mareyeur à Etretat, d’une parcelle à Etretat, payée 641,88 frs,
  • un contrat d’achat par Pierre Mathurin Lemonnier le 18 octobre 1813 à Jean Baptiste Vallin de la moitié indivise du bien précédent pour 600,00 francs,
  • la valeur de 25 francs de marchandises dans une boutique au marché de Gonneville,
  • la valeur de 40 francs de pelotes de fil renvoyée par Mrs Lefort et François du Tréport,
  • la valeur de 20 francs de loyer dû par Mr Blanquet pour la location de diverses parcelles,
  • la valeur de 35 francs de loyer dû par Fabien Coquin.

Le passif comprenait :

  • 2,87 francs dus pour le banc de l’église,
  • une somme non précisée au titre des contributions,
  • 7,50 francs dus au  médecin, Mr Ono-dit-Biot,
  • une somme de 6,00 francs dus au Pharmacien des Loges, Mr Fleury,
  • 55,00 francs de loyer dus à Mr Ono-dit-Biot pour la maison occupée par le défunt,
  • 26,50 francs de frais d’inhumation réglés et 18,00 francs encore dus,
  • le montant non précisé de la prime d’assurance contre l’incendie,
  • 11,55 francs de déclaration de succession.

Les héritiers ont demandé qu’il soit ultérieurement procédé entre eux  à l’estimation des objets liés à la corderie exploitée par le défunt.

D’autres documents donnent un inventaire précis du contenu mobilier d’une ferme étretataise au XIXe s., comme dans le bail consenti le 17 mars 1835 par Jean Étienne Ledentu, cultivateur, 68 ans, à son fils Joseph Benoît, 29 ans, qui était jusqu’alors employé comme domestique sur la ferme  (Archives Départementales de Seine-Maritime, cote 2 E 32/61, acte n°41) :

Deux vaches                                                                     300,00 frs
deux chevaux harnachés                                            140,00 frs
une charrue                                                                      35,00 frs
un baneau                                                                        15,00 frs
une charrette montée                                                 60,00 frs
deux herses                                                                     4,00 frs
un roulet                                                                           8,00 frs
une sellette et un avalon                                             4,00 frs
un pressoir avec trois cuves et trois baquets      60,00 frs
quatre fûts à cidre                                                          30,00 frs
une brille à lin avec un pessel                                    2,50 frs
une armoire en chêne                                                  50,00 frs
un lit garni                                                                         30,00 frs
un palier garni                                                                  20,00 frs
une table à toilette en chêne                                    2,00 frs
une table dans la cuisine                                             2,00 frs
un pêtrain (sic)                                                                1,50 fr
deux sceaux (sic) en chêne                                         2,00 frs
un sceau en fer blanc                                                    1,50 fr
une barette                                                                      1,50 fr
deux cribles                                                                      5,00 frs
deux vans                                                                          4,00 frs
un boisseau                                                                      2,00 frs
un panel                                                                             3,00 frs
six chaises                                                                         5,00 frs
quatre fourches                                                              5,00 frs
un louchet                                                                         3,00 frs
une batterie de cuisine                                                4,00 frs
soit un total de                                                                800,00 francs

La ferme elle-même, située « aux lieux dits Valaine le Grand Val et le Petit Val », s’étendait sur environ 2 hectares et comprenait une maison d’habitation et d’autres bâtiments agricoles dans un clos-masure entouré de fossés, planté d’arbres fruitiers et d’arbres de haute futaie, avec plusieurs parcelles en labour. Le bail était consenti moyennant un loyer annuel de 250 francs payable en deux moitiés, à Pâques et à la Saint Michel, auquel s’ajoutait un « bail à nourriture » de 16 années correspondant à l’entretien de Mr Ledentu père.

Une enquête sociologique en 1861

Charles Vallin, professeur d’université, est l’auteur d’une précieuse étude sociologique, réalisée en 1861 et publiée en 1881, sur les pêcheurs côtiers de la seconde moitié du XIXe siècle. Ce travail prend la forme d’une enquête monographique extrêmement précise sur une famille étretataise, celle formée par un maître de barque (Étienne V.), son épouse (Félicité M.) et leurs 7 enfants survivants (https://ouvriersdeuxmondes.huma-num.fr/monographie/pecheur-cotier-maitre-barque-etretat-58b). Cette famille est probablement une synthèse de plusieurs observations car aucun foyer ne correspond strictement à la description.

« Toutes les familles de pêcheurs ne possèdent pas leur habitation : mais la plupart des maîtres de barque en sont propriétaires. Les matelots qui ne sont pas propriétaires louent un logis 60 ou 80 francs par an.

L’argent qui peut exister à la maison est confié à la garde de la femme ; il est réservé aux dépenses hebdomadaires ; les fonds de roulement et l’argent des matelots se trouvent déposés ailleurs, chez une femme, espèce de courtier-commissionnaire, qui tient à la fois la comptabilité de plusieurs bateaux moyennant une rétribution légère proportionnelle aux sommes reçues et versées. La famille ne possède point d’argent placé à intérets ; la vie devient coûteuse, les affaires marchent médiocrement ; il faut réparer et la barque et les engins de pêche, remplacer ce qui s’use, modifier ce qui devient trop vieux ; tout cela rend à peu près nulles les économies qu’on pourrait réaliser.

Le patron possède ordinairement en toute propriété la grande barque ou le grand canot ponté ; si par hasard le tout ne lui appartient pas, sa famille seule (parents et alliés) y prend une petite part, en lui prêtant une certaine somme pour compléter le prix d’achat.

Le pêcheur ici décrit a en résumé pour 5,105 francs de propriétés :

  • Immeubles : Une maison d’habitation où il réside et qui vaut 1.800 f 00;
  • Argent : Habituellement la famille garde quelque argent, en moyenne une somme de 25 f 00 ;
  • Matériel spécial des travaux et industries :
    – Une barque de pêche, avec gréement et accessoires, estimée 3.000 f 00 ;
    – une vieille barque en très mauvais état, couverte d’un chaume et servant de cadoge ou petit magasin, plus cabestan et outils nécessaires à l’entretien de la barque, ensemble, 200 f 00 ;
    engins de péche, lignes, plombs pour le maquereauu, filets pour le hareng, cordes, etc., ensemble, 80 f 00. »

La description de l’habitation étretataise traditionnelle et le détail du mobilier sont parfaitement conformes aux descriptions contenues dans les documents notariaux :

« Habitation, mobilier et vêtements. — La maison du chef de famille, semblable à celle des autres pêcheurs du village, est construite en briques et cailloux, couverte en ardoises, et comporte un corps de logis au rez-de-chaussée, surmonté d’un grenier. Ce corps de logis comprend trois pièces : la première, précédée d’un jardin potager d’une centaine de mètres carrés, est une cuisine où l’on mange et se tient en famille ; la seconde sert de chambre à coucher ; la troisième, plus petite ét mal éclairée, est une sorte de cellier. La cuisine, seule pièce à feu, avec cheminée haute et large, contient une table de sapin, quelques chaises grossières, un banc de bois blanc, un grand buffet de chêne vitré renfermant plusieurs pièces de vaisselle anglaise, une horloge avec réveil-matin contenue dans un étui en chêne. Dans la chambre à coucher, deux lits, une grande armoire en chêne, plusieurs chaises et un coffre à linge. Dans le cellier encore deux lits et le métier de tisserand. Au grenier enfin, un cinquième lit. Le tout est fort simple, mais remarquable par une exquise propreté. Le jardin, cultivé aux heures de loisir, par divers membres de la famille, produit les légumes indispensables à la vie et quelques fruits servant à la confection des liqueurs de famille.

Le lit nuptial ou principal comporte un bois de lit en bois blane peint, un matelas, un lit de plumes, un traversin et un oreiller, une couverture de laine, une courte-pointe piquée en indienne et des rideaux de la même étoffe. La valeur totale est de 193 f. Les autres lits ont chacun une valeur moyenne de 72 f. Tout le mobilier des chambres à coucher est estimé dans son ensemble (les lits compris) à 579 f. La cuisine a un mobilier de 180 f. Quant au cellier et au grenier, les débarras qu’ils contiennent ne valent pas plus de 12 f. Tout cela donne pour valeur totale des meubles une somme de 771 f.

Les ustensiles de ménage, le plus souvent achetés neufs et tous entretenus avec soin, doivent être évalués à 60 f.

Le linge de ménage, en toile de lin assez grossière, mais d’une grande solidité, vaut 220 f.

Les vêtements des hommes ont seuls un caractère local et professionnel : généralement un gilet-veste rond de gros drap, un pantalon de la même étofe, une grosse cravate de laine, une bonne paire de souliers, une casquette de drap ou un chapeau de soie de qualité médiocre pour le travail, un bonnet de laine rouge, dans le genre du bonnet phrygien. Tous ces vêtements sont préservés par un pantalon et une vareuse de toile grossière, souvent tannée ; les hommes portent en outre à la mer de bonnes et grandes bottes. Tout cet attirail s’élève à 180 f. Les vêtements de la femme se distinguent par une propreté, un entretien et un ordre parfaits ; ils ressemblent d’ailleurs à ceux des ouvrières des villes. Le seul vêtement caractéristique est, pour les mauvais temps, un paletot en serge bleu avec capuchon, semblable à celui des marins. Les vêtements de la femme pour le dimanche peuvent s’estimer environ à 126 f ; les autres a 60 f. Ce qui fait un total de 180f. Les vêtements des enfants n’ont rien de particulier : l’ensemble des vêtements des 6 enfants présents au foyer (dont trois gagnent suffisamment leur vie) monte à 480 f soit pour l’ensemble des vêtements, 840 f. »

Horloge cauchoise

Le budget annuel de la famille est détaillé ensuite :

Revenus des propriétés440,00 fr
Produits des subventions25,00 fr
Salaires de la famille1.950,00 fr
Bénéfices des industries entreprises par la famille à son propre compte570,00 fr
Total des recettes2.985,00 fr
Nourriture1.400,00 fr
Habitation225,00 fr
Vêtements255,00 fr
Besoins moraux, récréations et service de santé350,00 fr
Industries, dettes, impôts et assurances450,00 fr
Total des dépenses2.685,00 fr

Épargne annuelle faite en vue de l’entretien de la barque actuelle et de l’acquisition d’une nouvelle barque lorsque celle-là sera hors de service : 300,00 frs.

Sources :

  • Table alphabétique, exercice de Me Bocq, étude de Criquetot-l’Esneval, 1833-1847, Archives Départementales de la Seine-Maritime, cote 2 E 32/ 153
  • Répertoire chronologique des actes reçus par Me de Mallendre notaire à Criquetot-l’Esneval, juillet 1830-octobre 1864, Archives Départementales de la Seine-Maritime, cote 2 E 32/ 150
  • Abbé COCHET : Étretat, son passé, son présent, son avenir, édition de 1869
  • Alphonse KARR : Histoire de Rose et de Jean Duchemin, Calmann-Lévy, édition de 1880
  • André Isidore LEFEBVRE : Journal d’un villégiateur aux bains de mer : Étretat 1868-1885. Édition Terre en vue, 2014
  • Raymond LINDON : Etretat, son histoire, ses légendes. Éditions de Miniuit, 1963
  • Eugène PARMENTIER : Étretat. Son origine, ses légendes, ses villas et ses habitants. Paris, Ernest Leroux, 1890 (ré-édité par Le Livre d’Histoire)
  • Charles VALLIN : Pêcheur côtier maître de barque d’Étretat (Seine-Inférieure), ouvrier-propriétaire et chef de métier, dans le système du travail sans engagements. Ouvriers des deux Mondes, n°58 bis, 1882

2 commentaires sur “Les possessions des Étretatais(es) entre 1835 et 1861”

  1. « Pierre Ono-dit-Biot
    Pierre Jules Hilaire Ono-dit-Biot, né à Fécamp en 1814, fut ébéniste à Paris puis à Boulogne-sur-mer.  »
    Bonjour,
    Quel site ! Pour le moins, épatant. Néanmoins, j’ai noté au passage une erreur sur mon arrière-arrière grand-père, Pierre Jules Hilaire Ono-dit-Biot, ancien maire d’Etretat que vous citez dans vos pages. Il n’a pas du tout exercé la profession de menuisier, mais travailla comme facteur de pianos et vendeur de billards à Paris XVI, avant de se marier et de s’installer à Etretat. (sources Gallica, et autres)
    Merci à vous d’effectuer la correction.
    OG

    1. Bonjour,
      je vous remercie de votre message ; après vérification dans les différents registres d’état-civil, il apparait que Pierre Jules Hilaire Ono-dit-Biot est bien noté comme ébéniste -je ne dis pas menuisier- dans les actes où il est mentionné, en 1837, 1838, 1839, 1844 et 1845 (dates de son mariage puis de naissance de ses enfants, d’abord à Paris puis à Boulogne-sur-mer) mais il se spécialise probablement par la suite, au moment où se créent plusieurs sociétés de fabrication de tables de billard, car il est effectivement « fabricant de billards » à Boulogne-sur-mer en 1868 et 1870 (dates du mariage de ses enfants) ; dès 1873 il est installé à Étretat où il est « propriétaire ». Son fils Pierre Auguste, né à Paris, suivit la même voie : ébéniste puis fabricant de billards à Boulogne-sur-mer, c’est probablement lui qui apparait dans l’annuaire de 1906 des fabricants de pianos, à Boulogne-sur-mer, à moins qu’il ne s’agisse du petit-fils, Auguste Jules, né à Dieppe, qui est -comme son père- ébéniste à Boulogne en 1900 avant de s’établir à Amiens en 1920. À la quatrième génération René Ono-dit-Biot, fils du précédent, est probablement celui qui figure parmi les facteurs de pianos répertoriés sur le site https://www.lieveverbeeck.eu/pianos_francais.htm. Le piano marque cette famille puisqu’une soeur de René, prénommée Eva, fut pianiste professionnelle (http://www.ono-dit-biot.fr). Cette génération fit preuve d’une longévité remarquable puisque René mourut à 100 ans révolus, Eva à 101 ans et André Auguste, frère des précédents, à 97 ans.

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