Le dictionnaire topographique de la France, édité par le Comité des Travaux Historiques et Scientifiques (CTHS), vénérable institution rattachée à l’École nationale des chartes, dénombre 82 toponymes pour la commune d’Étretat (https://dicotopo.cths.fr/places/P40719131). Nous ne reprenons ici que les toponymes les plus courants et dont la localisation est connue, même approximativement. Certains ne sont pas situés sur le territoire communal étretatais mais ils appartiennent au paysage connu de tous les Étretatais.

Aiguille (l’)
On désigne comme l’Aiguille (tout court) le pinacle naturel -Sylvain Tesson dirait stack– qui est figé à seulement 50 mètres à l’ouest de la Porte d’Aval. Sa hauteur est de 42 mètres (d’après la carte topographique de l’IGN) et sa forme est pyramidale, contrairement à celle de l’aiguille de Belval (voir ce nom). Son pied ne découvre jamais, même aux plus basses marées d’équinoxe. Malgré les interdictions, elle a été escaladée à plusieurs reprises, en particulier par l’écrivain Sylvain Tesson (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2025/10/21/une-aiguille-magnetique-a-propos-des-piliers-de-la-mer-de-sylvain-tesson/). Mais elle doit d’abord sa popularité au roman de Maurice Leblanc, l’Aiguille creuse, paru en 1909, dans lequel Arsène Lupin découvre le trésor des rois de France, dissimulé au cœur même du rocher (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2025/02/11/polars-a-etretat/).


Arche (l’)
Autre nom donné à la Porte d’Aval (voir ce nom).
Argilière (l’)
Ancien lieudit figurant dans le Dictionnaire topographique de la Seine-Maritime édité par le CTHS ; mentionné dans de vieilles archives, sa localisation est inconnue mais elle indique l’existence d’une extraction à ciel ouvert, soit pour l’argile nécessaire au torchis, soit pour le silex utilisé en construction (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2023/04/29/du-silex-dans-les-maisons/). Une argilière, exploitée par Romain Hauville dans les années 1850, se trouvait sous le bois des Haules (Cochet 1854, p. 142).
Banc à Cuves (le)
Platier rocheux s’étendant au pied de la falaise d’amont côté nord-est, près de Bénouville et constitué par des bancs de craie durcie (Hoyez 2013, p. 68). On y extrayait autrefois le matériau nécessaire à la fabrication d’auges (d’où le nom) et, dit-on, les pierres ayant servi à la construction de l’église d’Étretat. On y voit encore des cavités creusées de main d’homme ; certaines étaient des parcs utilisés par les pêcheurs à pied (roquailleux), d’autres étaient utilisés pour brûler le varech afin de produire de la soude. D’autres cavités, de forme circulaire, sont des marmites d’érosion, d’origine naturelle. On aperçoit aussi, au bord de la plateforme rocheuse, les restes d’installations qui supportaient les carrelets utilisés dans la pêche à l’éperlan. Ce platier surplombe de près de deux mètres le platier actuellement battu par la mer, ce qui a conduit à l’interpréter comme un « paléo-platier » témoignant d’un niveau marin interglaciaire plus haut que l’actuel (Rodet 1992, 2003).








Banc de Sainte-Anne (le)
Récif situé près de l’aiguille de Belval, vers Bénouville et où, d’après l’abbé Cochet, se serait échoué en 1766 le navire du marquis de Créquy, un gentilhomme mis au ban de la société (Cochet 1869, p. 153).
Bec Castel (le)
Ce toponyme, situé au niveau de la rencontre du Petit Val et du Grand Val, désigne probablement un ancien écoulement d’eau (bec signifiant rivière, du vieux norrois bekkr : ruisseau) ; une rue d’Étretat porte encore ce nom, entre la rue Guy de Maupassant et la route de Fécamp.

Belval (aiguille de)
Piton crayeux en forme d’obélisque au pied ténu, détaché de la côte par le recul de la falaise, à la hauteur du village de Bénouville. L’aiguille témoigne de l’existence, dans des temps reculés, d’une ancienne arche écroulée, ce qui apparaît assez nettement en vue de profil ; sur la carte de Cassini l’« eguillle » de Belval est aussi appelée Bennetton. « En face de Bénouville à cent mètres en mer une magnifique aiguille plus large de la tête que du pied semble toujours sur le point de tomber (…) » (Guy de Maupassant, lettre à Gustave Flaubert, 6 novembre 1877).





Bennetton
Voir Belval (aiguille de) ci-dessus ; Bennetton est un patronyme dérivé de benedictus (béni en latin).
Beuriot (bois de)
Patronyme d’une ancienne famille de bourgeois havrais anoblis, qui a donné son nom au bois couvrant le versant oriental de la vallée d’Étretat juste au sud de la Roncière, après le camping municipal et la sortie du village. Il s’étend sur la commune de Bordeaux-Saint-Clair et est parcouru d’une petite route rejoignant le plateau au niveau du hameau de Saint-Clair ; c’est un des rares lieux de promenade « verte » pour les Étretatais. Guillaume de Beuriot était sieur de Saint-Clair-sur-Étretat au début du XVIIe s. ; une de ses petites-filles épousa un Adam, appartenant également à une famille de bourgeois havrais anoblis (voir Grand Val). Le patronyme serait dérivé des mots germaniques ber (ours) et hard (fort).




Blanc Trait (le)
La falaise d’Amont était appelée autrefois falaise du Blanc-Trait, en référence à une strate crayeuse épaisse et claire qui la subdivise ; d’après un récit transmis oralement un habitant d’Étretat, suite à un pari aventureux, se serait jadis trouvé en fâcheuse posture après avoir progressé à califourchon le long de son faîte.

Bon Mouchel (le)
Cette appellation, orthographiée Beau-Mouchel par l’abbé Cochet, et Bosc Mouchel par d’autres, désigne l’éperon localisé entre le grand Val et un étroit vallon descendant du Tilleul ; il est parcouru par un chemin éponyme (aujourd’hui rue Jean-Baptiste Cochin) qui menait autrefois au Tilleul et au Havre avant le percement de la route départementale au milieu du XIXe s. Voisin des Haules, le coteau a été édifié de grandes villas à partir de cette date (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2020/11/09/les-villas-etretataises-et-leurs-noms-un-peu-de-geographie-sociale/). Bosc (pronocé bô en Normandie) signifie bois en vieux français et Mouchel vient du bas latin monticellus, signifiant colline.

Café Turc (le)
Nom donné par plaisanterie à une grotte marine située sur le flanc sud-ouest de la falaise d’aval et où Louis Martin Vallin, garde-pêche dans les années 1840, remisait son matériel avec quelques bouteilles d’alcool dont il régalait ses amis, parmi lesquels figurait Alphonse Karr. Il s’agit probablement du Trou au Chien (voir ce nom).
« Valin avait fait partie de l’illustre bataillon des marins de la garde impériale ; puis il était revenu au pays où a fiancée l’attendait, et qu’il n’avait plus guère quitté.
En même temps que ses fonctions de garde-pêche, il exerçait toujours la profession de pêcheur. Il avait son parc de l’autre côté de la Porte d’aval et de l’Aiguille, ce gigantesque obélisque planté au milieu des flots, et où les mouettes font leur nid.
En face de son parc était une caverne creusée par la mer. Valin l’avait agrandie et arrangée, et en était devenu le propriétaire respecté. Il y serrait ses filets et y passait quelquefois la nuit, quand la pêche l’exigeait. On arrivait dans cette grotte, soit par-dessous la Porte d’aval à marée basse, soit en descendant la falaise par une avalure, chemin qui a fait frissonner plus d’un voyageur, quoique Valin y eût mis une rampe et des cordes, -non pas pour lui, mais pour les étrangers qui venaient visiter sa grotte, et pour lesquels il avait toujours, dans quelque trou du rocher, du rhum ou de l’angélique. » (Alphonse Karr, Valin in Histoire de Rose et de Jean Duchemin, nouvelle édition, 1880, p. 197-199)
Calvaire
Il existe actuellement deux calvaires à Étretat. Celui qui est situé sur la place Monseigneur Lemonnier, près de l’église, est en pierre et porte l’inscription « aime Dieu et va ton chemin », due à l’abbé Sempic (curé d’Étretat de 1896 à 1902), d’après l’abbé Decaux (Lindon 1963, p. 63) ; le piédestal est formé par une ancienne pierre tombale venant de la nécropole médiévale fouillée par l’abbé Cochet au pied de la côte du Mont. L’autre calvaire, situé au sommet de la côte du Mont, en contrebas de la chapelle Notre-Dame-de-la-Garde, est constitué d’une croix en métal posée sur un socle en pierre ; son emplacement originel était au pied de la côte de Saint-Clair, non loin de l’église. Pour compliquer les choses, il existait, semble-t-il, un autre calvaire au sommet de la côte Saint-Clair, dont la base aurait été formée de pierres provenant d’un mégalithe situé à Pierrefiques, au lieudit la Tourniole (voir ce nom) (Lindon, ibid.).




Camondet (le)
Le lieudit désigne le coteau exposé au nord-est de la vallée d’Étretat, en bordure de la falaise d’aval. Le nom a été donné à une belle villa dominant l’actuelle place du général de Gaulle (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2020/11/09/les-villas-etretataises-et-leurs-noms-un-peu-de-geographie-sociale/). Le toponyme est parfois orthographié Commandel ou Camandel. L’abbé Cochet mentionne l’existence au pied de ce lieu d’une rue des Galleries, traduisant peut-être la présence d’excavations (Cochet 1869, p. 22) ; cette dernière serait la rue de Traz-Périer. L’étymologie de Camondet est incertaine ; le nom dérive peut-être de chamond, désignant une mauvaise terre en ancien français.


Camp Américain (Le)
Lieudit situé dans le fond de la vallée d’Étretat, sur le territoire de la commune de Pierrefiques, à l’est du Vauchel ; une colonie de vacances y a été installée il y a quelques décennies.

Cateuil (le)
Ancien fief, qui a donné son nom au manoir situé au hameau de Valaine (voir ce nom) et qui date du XVIIIe s. La seigneurie du Cateuil appartenait à la famille de La Tour sous l’ancien régime. La carte de Cassini distingue Cateuil (positionné à l’emplacement de la ferme de Valaine) et Valaine (correspondant au Petit Valaine actuel). Le nom dériverait du vieux danois kà, mot désignant un choucas et du vieux norrois thveit signifiant défrichement (Chartier 1997, https://www.persee.fr/doc/annor_0003-4134_1997_num_47_1_4778).


Chanterie (la)
Ancien fief, situé dans le Grand Val ; le hameau de la Chanterie, dit aussi (jusqu’en 1766) hameau de Grandval, dépendait au XVIIIe s. de la paroisse de Cuverville mais les sacrements religieux étaient administrés en l’église paroissiale d’Étretat, comme l’attestent les registres paroissiaux. La chapelle Saint-Nicolas de la Chantrerie (ou Chanterie), aujourd’hui disparue, fut édifiée en ce lieu au Moyen-Âge ; elle aurait été attachée à une ancienne léproserie ou maladrerie (Cochet, 1869 p. 36 et 74-77, Lindon, 1963, p. 63-64) ; elle figure sur la carte de Cassini. Voir aussi Roncière.
Chantier naval (le)
Au XIXes. et jusque dans les années 1960, un chantier de construction naval artisanal occupait le pied de la falaise d’aval, en contrebas de la rue du Dr de Miramont ; les bâtiments sont encore visibles, près des blockhaus de la Seconde Guerre Mondiale (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2024/12/15/etretat-occupe-etretat-libere/). L’ancienne douane se situait non loin de là, à l’emplacement actuellement occupé par la caloge du Cercle Nautique.


Chaudière (la)
Nom donné, d’après l’abbé Cochet, à une échancrure de la falaise d’aval entre la pointe des Grognets et le Trou à l’Homme. À ne pas confondre avec le Chaudron, qui est en quelque sorte son pendant côté amont.

Chaudron (le)
Échancrure dans la falaise d’amont, au sud de la porte, accessible depuis Étretat entre deux jusants soit par le galet à marée basse, soit par la valleuse Monnier (voir ce nom) puis par un tunnel s’ouvrant au Banc à Cuves (voir ce nom) (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2022/02/19/gradibus-virtutis-les-escaliers-detretat/). Le nom, au parfum de sorcellerie, vient du tumulte des eaux à marée haute lors des tempêtes, qui fournit un spectacle saisissant aux spectateurs abrités, dans le tunnel, des vagues et des embruns.






Chien (trou au)

Petite grotte marine naturelle ouverte sous la porte d’Aval, au nord du trou à l’Homme. Une légende rapportée par l’abbé Cochet prétendait que le trou au Chien était un souterrain menant du château de Fréfossé, situé au Tilleul, au fort de Fréfossé, couronnant la falaise d’aval. Cette légende a probablement inspiré Maurice Leblanc pour son roman l’Aiguille creuse. C’est, avec le trou à l’Homme, la cavité karstique la plus importante d’Étretat puisque son développement est de 34 mètres (Rodet 1992). À Fécamp il existe également un Trou au Chien, qui traverse le Cap Fagnet.


Corbine (côte à)
Autre nom de la Côte du Mont (voir ce nom), prononcé « Corbeïne » à Étretat ; Buffon appelle corbine la corneille noire.
Courtine (pointe de la)
Après la porte d’aval et la Manneporte, c’est la 3e pointe rocheuse au sud-ouest d’Étretat, mais celle-ci n’est pas percée d’une porte naturelle ; en revanche, une ouverture en trou de serrure a été percée artificiellement à travers cette avancée pour permettre aux pêcheurs de rejoindre la plage du Tilleul et la valleuse d’Antifer. Une ancienne batterie de défense côtière, construite pendant les guerres du Premier Empire, était visible au sommet de la falaise jusqu’au milieu du XIXe s. ; elle figure sur la carte d’état-major ; c’est peut-être elle qui est à l’origine du toponyme (une courtine est un rempart). Dans le guide Joanne, paru en 1877, ce lieu est désigné sous le nom de pointe de la Batterie. La limite occidentale de la commune d’Étretat se situe juste au-delà de la pointe de la Courtine.
Maupassant décrit ainsi le difficile passage de la pointe de la Courtine depuis la plage du Tilleul : « Une fois arrivé au pied de cette falaise, on monte au moyen d’une corde (2 mètres environ), jusqu’au trou qui sert de passage. Ce trou, fort large à ses deux ouvertures, en aval et en amont, se rétrécit vers le milieu, où il n’a guère plus de 2 mètres de haut. Sa longueur totale est d’environ 15 mètres. Le galet est beaucoup plus bas de l’autre côté. Pour y parvenir, on suit sur la droite du trou un tout petit sentier taillé dans la falaise à pic. Ce sentier aboutit à une espèce d’escalier formé simplement de trous dans le roc, les uns naturels, les autres creusés par les pêcheurs. On se tient avec les mains aux anfractuosités de la falaise, et on descend de nouveau jusqu’au galet. La plage de galet, par ici, est fort étroite et on aperçoit une grande étendue de rochers couverts de varech. Contre la descente dont je viens de parler, on aperçoit les restes d’un énorme éboulement. Deux cents pas plus loin, trois ravissantes fontaines d’eau douce. Elles tombent de 5 à 6 mètres au milieu des mousses et la dernière vers Étretat forme une petite voûte sous laquelle on s’avance et d’où l’on regarde la mer par une ouverture toute ronde, garnie de mousse et où suintent des filets d’eau » (lettre à Gustave Flaubert, 3 novembre 1877).
L’écrivain agrémente sa description de croquis :





Curé (valleuse du)
Située sur le territoire de la commune de Bénouville, cette amorce de vallon, suspendue dans la falaise au-dessus-du niveau de la mer, se prolongeait naguère par un escalier aménagé dans la muraille crayeuse pour rejoindre le pied de falaise. Les éboulements en ont eu finalement raison. Le nom vient d’un curé de Bénouville, l’abbé de Saint-Aignan, qui fut à l’initiative de cet aménagement.



Demoiselles (Chambre des)
Cavité creusée artificiellement dans un piton crayeux au sommet de la falaise d’aval, près de l’arche. Son nom vient d’une légende qui veut que trois jeunes filles, convoitées par un seigneur de Fréfossé brutal et libidineux, aient été enfermées nues en ce lieu en châtiment de leur résistance ; les âmes des demoiselles s’envolèrent de ce lieu au bout de trois jours. Cet endroit romantique à souhait tient une place importante dans le plus célèbre roman de Maurice Leblanc, l’Aiguille creuse (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2025/02/11/polars-a-etretat/).



Épine de Justice (l’)
Ancien toponyme situé près du lieudit les Trois Mathilde, désignant l’emplacement d’une ancienne potence, d’après Lindon (1963, p. 164).
Fond Béni (le)
Toponyme maritime situé au large d’Étretat, qui tire son nom de la découverte par des pêcheurs, en ce lieu, d’une statue baptisée Saint-Pierre-de-la-Manche et vénérée au XVIIIe s. dans l’église d’Étretat (Cochet, 1862, p 53-54).
Fondrets (Les)
Toponyme situé dans le bois des Haules ; le chemin des Fondrets s’élève au milieu des grands arbres le long du coteau sud du Grand Val, au-dessus du chemin des Haules, et dessert quelques villas, comme la villa des Fondrets (aujourd’hui détruite), la Fermotte, la Chonchette, la villa Picciola et le chalet de la Passée. Le nom, apparenté au mot fondrière, est probablement issu du latin funderis (fond).

Fossé de Bénouville
Talus rectiligne de faible élévation (environ 2 mètres), d’orientation nord-sud, long de 250 mètres, situé exactement à la limite communale entre Étretat et Bénouville. Il serait le vestige d’un camp retranché d’origine protohistorique (Rogeret 1998, p. 244). Dans le Pays de Caux un « fossé » désigne une levée de terre, ce qui peut surprendre les « horsains » (étrangers au pays).

Fréfossé
Nom d’une ancienne seigneurie du Tilleul ; le fort de Fréfossé était une fortification qui était située sur la falaise d’aval, près de la Chambre de Demoiselles. Il ne doit pas être confondu avec le fort pseudo-médiéval qui a été édifié en 1890 par un excentrique à peu près au même emplacement et qui a été détruit en 1911, ni avec le château de Fréfossé, toujours debout mais qui se situe au Tilleul, sur la route du Havre.


Galets (Trou à)
Cavité karstique située près de la pointe des Grognets (voir ce nom), au pied de la falaise d’aval. Un peu plus à l’est se succèdent de petits saillants de la paroi, percées d’autres cavités plus petites ; certaines forment des arches miniatures. Le pilier de l’une d’entre elles s’est effondré dans les années 1990 (Hoyez 2013, p. 59) ; un autre éboulement est survenu plus récemment, en 2018.



Grand Val
On désigne ainsi la vallée principale d’Étretat, par opposition au Petit Val qui est son affluent de rive droite. Le nom de Grandval a été pris au XVIIIe s. par une famille de bourgeois havrais enrichis, les Adam, qui intégrèrent la petite noblesse. L’un d’eux, Jacques Nicolas Adam de Grandval, fit construire en 1786 un château qui existe toujours, à quelques 300 mètres du centre du village.



Grognets (pointe des)
Avancée rocheuse au pied de la falaise d’aval, à l’est du Trou à l’Homme ; c’est le vestige d’une ancienne arche effondrée (ou paléo-porte) dont témoigne un gros récif saillant sur le platier : celui-ci constituait l’embase du pilier disparu.




Grosse Roche (la)
Située près de la falaise d’Amont, c’est un gros récif presque entièrement recouvert à marée haute et qui se rattache au platier rocheux à marée basse, uniquement lors des grandes marées ; sur la carte de Cassini la grosse roche est cartographiée comme « Roche d’Etretat Couvert en pleine Mer ». C’est probablement aussi le piédestal d’une ancienne « porte ».




Guezanne (prononcez « G’zanne »)
Vallon reliant le Grand Val, au niveau de la Roncière, au plateau du Tilleul. Boisé d’arbres de haute futaie, il est emprunté par une route étroite et pentue longeant le parc du château de Fréfossé ; cette voie est aussi appelée chemin du Parlement.


Guillemots (Roc aux)
Emplacement dans la falaise où nichaient des oiseaux marins migrateurs intensément chassés, à l’instar des fous de Bassan en Écosse, jusqu’à leur disparition au XIXe s. L’abbé Cochet localise le Roc aux Guillemots près du cap d’Antifer mais signale d’anciennes cartes faisant coïncider ce toponyme avec l’aiguille de Belval (Cochet 1869, p. 129-131, Lindon 1963, p. 149-150 et 157). Le tableau d’Eugène Le Poittevin, la chasse aux Guillemots, dont le décor correspond tout-à-fait au paysage offert par la valleuse d’Antifer, semble confirmer la première localisation. Une nouvelle de Maupassant, figurant dans le recueil des Contes du jour et de la nuit (1885) porte le titre de La Roche aux Guillemots.

« Rien de joli comme cette chasse, comme cette promenade matinale.
Dès trois heures du matin, les matelots réveillent les chasseurs en jetant du sable dans les vitres. En quelques minutes on est prêt et on descend sur le perret. Bien que le crépuscule ne se montre point encore, les étoiles sont un peu pâlies ; la mer fait grincer les galets ; la brise est si fraîche qu’on frissonne un peu, malgré les gros habits.
Bientôt les deux barques poussées par les hommes dévalent brusquement sur la pente de cailloux ronds, avec un bruit de toile qu’on déchire ; puis elles se balancent sur les premières vagues. La voile brune monte au mât, se gonfle un peu, palpite, hésite et, bombée de nouveau, ronde comme un ventre, emporte les coques goudronnées vers la grande porte d’aval qu’on distingue vaguement dans l’ombre.
Le ciel s’éclaircit ; les ténèbres semblent fondre ; la côte paraît voilée encore, la grande côte blanche, droite comme une muraille.
On franchit la Manne-Porte, voûte énorme où passerait un navire ; on double la pointe de la Courtine ; voici le val d’Antifer, le cap du même nom ; et soudain on aperçoit une plage où des centaines de mouettes sont posées. Voici la roche aux Guillemots.
C’est tout simplement une petite bosse de la falaise ; et, sur les étroites corniches du roc, des têtes d’oiseaux se montrent, qui regardent les barques.
Ils sont là, immobiles, attendant, ne se risquant point à partir encore. Quelques-uns, piqués sur des rebords avancés, ont l’air assis sur leurs derrières, dressés en forme de bouteille, car ils ont des pattes si courtes qu’ils semblent, quand ils marchent, glisser comme des bêtes à roulettes ; et, pour s’envoler, ne pouvant prendre d’élan, il leur faut se laisser tomber comme des pierres, presque jusqu’aux hommes qui les guettent.
Ils connaissent leur infirmité et le danger qu’elle leur crée, et ne se décident pas à vite s’enfuir.
Mais les matelots se mettent à crier, battent leurs bordages avec les tolets de bois, et les oiseaux, pris de peur, s’élancent un à un, dans le vide, précipités jusqu’au ras de la vague ; puis, les ailes battant à coups rapides, ils filent, filent et gagnent le large, quand une grêle de plombs ne les jette pas à l’eau.
Pendant une heure on les mitraille ainsi, les forçant à déguerpir l’un après l’autre ; et quelquefois les femelles au nid, acharnées à couver, ne s’en vont point, et reçoivent coup sur coup les décharges qui font jaillir sur la roche blanche des gouttelettes de sang rose, tandis que la bête expire sans avoir quitté ses œufs. » (Guy de Maupassant, La roche aux Guillemots, 1882)Hanguette (La)
Quartier situé entre l’avenue de Verdun et la rue Isabey (Thomas, 2011).
Haules (Les)
Ce lieudit désigne le bas du versant boisé de la vallée d’Étretat s’étendant depuis le Bon Mouchel jusqu’à la commune du Tilleul. Des villas élégantes, entourées de grands parcs, y ont été construites depuis la seconde moitié du XIXe s. L’abbé Cochet y fit de nombreuses découvertes archéologiques dans les années 1850. Un chemin ombragé, dit chemin des Haules, longe le pied du versant parallèlement à la route de Criquetot ; il domine la bordure sud-ouest de l’ancien parc du château de Grandval. Le toponyme serait d’origine scandinave, hóll signifiant « colline arrondie » (Lepelley 2002 : https://www.persee.fr/doc/annor_0003-4134_2002_num_52_3_1392).

Haye-au-Curé (la)
L’abbé Cochet mentionne un bois portant ce nom dans le Grand Val et cite une anecdote montrant l’emprise de la superstition à la fin du XVIIIe s.
« Je me souviens que dans mon enfance j’ai été bercé avec cette histoire, qu’en 1781, dans le Grand-Val d’Étretat, un laboureur perdait tous ses bestiaux qui allaient pâturer dans le champ voisin d’un bois appelé la Haye-au-Curé. Désolé de n’avoir que du lait bleu, il se mit un jour à défricher le bois. La première cruche qu’il trouva fut une grande amphore ou cruche en terre cuite avec des bouteilles de verre remplies d’ossements hachés et brûlés. Une urne de verre bleu se trouvant dans le nombre, il ne douta plus que ce ne fût là la cause du sortilège. Aussi il brisa le tout avec un vif sentiment de colère et de vengeance. Combien de chefs-d’œuvre antiques ont été victimes de cette grossière et barbare ignorance ! » (Cochet, La Normandie souterraine, 1854, p. 124)
Homme (Trou à l’)
Grotte marine naturelle ouverte sur le flanc nord-est de la falaise d’aval ; elle a été prolongée par un tunnel percé artificiellement en 1920 pour rejoindre à pied sec (à marée basse) la plage située à l’ouest de l’avancée rocheuse. D’après la légende rapportée par l’abbé Hébert, son nom, qui ne contient aucune allusion grivoise, viendrait d’un matelot suédois que l’on retrouva échoué dans cette cavité après le naufrage de son navire vers 1792. Pour une visite immersive, voir la vidéo réalisée par Claude-Samuel Levine (https://www.youtube.com/watch?v=DJf_kLAs2dI).








Jambourg (valleuse de)
La valleuse de Jambourg, située dans la falaise à 180 mètres au sud de la porte d’Aval, au-delà de la rade d’Étretat, est une échancrure dans la falaise, dessinant un cône inversé entre deux parois crayeuses, ce qui permet de descendre au plus près du galet ; la fin de la descente, plus problématique, était assurée par plusieurs aménagements successifs (échelle, corde,…) remplacés plus ou moins régulièrement au fur et à mesure de leur dégradation par la mer (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2022/02/19/gradibus-virtutis-les-escaliers-detretat/). Cette descente, d’un dénivelé d’un peu plus de 70 mètres, fournissait un accès permanent à la plage sous-jacente pour les pêcheurs à pied (et les randonneurs), en alternative au tunnel du Trou à l’Homme qui n’est accessible qu’à marée basse. Depuis quelques décennies, la municipalité a cessé d’entretenir le passage, qui est désormais interdit.

« On monte d’abord sur un reste d’éboulement qui mène au pied de la falaise, puis le sentier la longe de A à B, et devient ensuite très rapide, très glissant, avec des pierres qui roulent sous les pieds et les mains, et se termine par de brusques zigs-zags. Les gens craintifs se cramponnent aux herbes. (Cette valleuse, praticable même aux femmes hardies jusqu’à cette année, n’est plus accessible aujourd’hui qu’aux hommes très souples et très accoutumés aux falaises ; on doit la réparer). Autrefois une corde attachée au rocher, allait jusqu’au bas de la descente » (lettre de Maupassant à Flaubert, 3 novembre 1877).
Muni de ces renseignements précis, dignes d’un script cinématographique, Flaubert put décrire les péripéties de ses deux commis encyclopédistes à Étretat, attirés là par leur éphémère toquade pour la géologie :
« Bouvard, en démence, courait toujours. Le parapluie polybranches tomba, les pans de sa redingote s’envolaient, le havresac ballotait à son dos. C’était comme une tortue avec des ailes qui aurait galopé parmi les roches. Une plus grosse le cacha.
Pécuchet y parvint hors d ‘haleine, ne vit personne, puis retourna en arrière pour gagner les champs par une « valleuse » que Bouvard avait prise, sans doute.
Ce raidillon étroit était taillé à grandes marches dans la falaise, de la largeur de deux hommes, et luisant comme de l’albâtre poli.
À cinquante pieds d’élévation, Pécuchet voulut descendre. La mer battant son plein, il se remit à grimper.
Au second tournant, quand il aperçut le vide, la peur le glaça. À mesure qu’il approchait du troisième, ses jambes devenaient molles. Les couches de l’air vibraient autour de lui, une crampe le pinçait à l’épigastre : il s’assit par terre les yeux fermés, n’ayant plus conscience que des battements de son cœur qui l’étouffaient. Puis, il jeta son bâton de touriste, et avec les genoux et les mains reprit son ascension. Mais les trois marteaux tenus à la ceinture lui entraient dans le ventre, les cailloux dont ses poches étaient bourrées tapaient ses flancs ; la visière de sa casquette l’aveuglait, le vent redoublait de force ; enfin, il atteignit le plateau et y trouve Bouvard qui était monté plus loin, par une valleuse moins difficile.
Une charrette les recueillit. Ils oublièrent Étretat. » (Bouvard et Pécuchet, 1881)





La localisation de la valleuse coïncide, du point de vue géologique, avec un « slump », glissement de sédiments gorgés d’eau avant leur transformation en roches, sur lequel s’est surimposé un réseau karstique (Hoyez 2013, https://www.researchgate.net/publication/280736699_HOYEZ_B_2013_-_Guide_d’excursion_geologique_a_Etretat_Seine-Maritime_HauteNormandie_France_Bulletin_Sciences_et_Geologie_Normandes_tome_6_p_5-74).
Jardin à tout le monde
Ce lieudit figure dans le Dictionnaire topographique du département de la Seine-Maritime établi par Charles de Robillard de Beaurepaire. D’après un texte de l’abbé Cochet, il se situerait entre les Verguies et le Grand Val (Cochet 1869, p. 91).
Jardin public
Ancien nom donné au petit bois situé sur le versant septentrional du Grand Val, à la sortie d’Étretat sur la route de Criquetot-l’Esneval, au-dessus du camping municipal (aujourd’hui promenade François Jeanne). Il donne au nord sur l’avenue Offenbach par l’allée des Genêts (jadis appelée Chemin le plus court).



Laveuses (les)
Source d’eau douce exsudant des galets à la limité du platier rocheux de la falaise d’aval, faisant le symétrique avec la Fontaine d’Olive. Son débit, mesuré en 1969, est de 45 l/s (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2020/02/27/le-sous-sol-etretatais/). Les femmes d’Étretat venaient autrefois à marée basse y laver le linge (le leur ou celui de leur employeur) et échanger -dit-on- quelques potins ; on parlerait aujourd’hui d’un lieu de sociabilité de premier plan (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2024/08/03/souvenirs-dun-etretatais-du-siecle/).


Longs Champs
Lieudit situé sur le versant septentrional du Petit Val, à l’ouest de la Vévigne ; une portion de l’ancien aqueduc romain y fut retrouvée en 1863 (Rogeret 1998, p. 242).
Manneporte
La 3e porte d’Étretat n’est pas visible depuis la plage du village ; pour l’apercevoir, il faut escalader la falaise d’aval ou passer le Trou à l’Homme à marée basse (en veillant à prendre en compte l’horaire des marées). C’est la plus massive des trois arches, ce qui est souligné par l’étymologie (du latin magna porta, grande porte). On ne peut la franchir à pied sec qu’au prix d’une petite escalade.






Mare à Câbles
Ce toponyme, positionné au bout du platier s’étendant au pied de la falaise d’aval, figure sur un plan de 1937 conservé aux Archives Départementales de la Seine-Maritime (cote 012Fi 739).

Mine (trou de la)
Cavité karstique littorale située dans la falaise au nord d’Étretat, entre le Banc à Cuves et la Roche Vaudieu et atteignant 35 mètres de profondeur. Cette portion de falaise a été affectée par un éboulement récent (https://craies.crihan.fr/?p=25663 ; https://craies.crihan.fr/?page_id=1681).


Monnier (valleuse)
Amorce de vallon suspendu au-dessus du niveau de la mer par le recul de la falaise ; elle est prolongée par un escalier qui emprunte le flanc nord-est de la falaise d’amont et permet de rejoindre à pied sec le Banc à Cuves et le tunnel menant au Chaudron (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2022/02/19/gradibus-virtutis-les-escaliers-detretat/).



Mont (côte du)
On désigne ainsi le coteau exposé au sud-ouest de la vallée d’Étretat, à son débouché sur la mer ; il est parcouru par la rue Jules Gerbeau, autrefois nommée rue du Mont, qui donnait un accès carrossable à la ferme du Mont (dite aussi ferme des Artistes) et au-delà au village de Bénouville.

Mousses (Fontaine aux)
Résurgence en pied de falaise en vis-à-vis de l’aiguille de Belval, sur la commune de Bénouville ; source pétrifiante, elle se signale par des coulées de calcite recouvertes de mousses et d’algues ; les eaux circulant dans le massif rocheux du plateau sont bloquées par un banc de craie dolomitique plus imperméable qui, dans ce secteur, se situe seulement à quelques mètres au-dessus du cordon de galets


Navette (La)
Lieudit situé dans le Grand Val, sur le territoire du Tilleul mais à la limite avec la commune de Bordeaux-Saint-Clair. Il se trouve à la sortie du dernier méandre de la vallée, avant la dernière ligne droite menant à l’embouchure.

Olive (Fontaine d’)
Source d’eau douce sortant du galet à marée basse, au pied de la falaise d’Amont, au niveau des Roches Blanches (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2020/01/19/etretat-sans-galets/) ; son débit (50 litres à la seconde) est légèrement supérieur à celui des Laveuses (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2020/02/27/le-sous-sol-etretatais/). Son nom lui vient d’une légende mettant en scène la fuite d’une femme nommée Olive devant l’arrivée d’une bande de Sarrasins (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2025/07/25/visite-guidee-lhistoire-detretat-racontee-par-les-noms-de-rue/). Près de la source, une enceinte quadrangulaire présumée romaine, témoin d’un niveau marin plus bas que l’actuel, apparaissait à marée basse il y a près de deux siècles (Rogeret 1998, p. 244).

Parc d’enfants
Ancien espace vert public, sur lequel a été construit la résidence pour personnes âgées Germaine Coty. Situé rue Guy de Maupassant, à l’intérieur des terres et à l’abri des vents marins, c’était le lieu choisi par les mères de famille pour faire prendre l’air à leurs enfants.

Parc à Huîtres
Creusé vers 1783 dans le platier rocheux situé au pied de la falaise d’aval, à peu près à la hauteur du Trou à l’Homme (voir ce nom), il fonctionna jusque sous la Révolution, connut un bref regain au milieu du XIXe s. et fut définitivement abandonné au cours du siècle suivant. Raymond Lindon a consacré un petit fascicule à l’histoire de cette entreprise, dont l’initiative revint à un certain Joseph Fabre, alias baron de Bellevert, natif de La Ciotat, personnage interlope qui sut embobiner quelques-uns de ses contemporains (Lindon, 1955). Les huîtres n’étaient pas d’origine locale mais il est faux de penser qu’il n’y eût jamais d’huîtres dans la région : en 1847 un vaste banc d’huîtres sauvages fut découvert à l’est d’Étretat et épuisé en quelques jours par des pêcheurs anglais (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2024/04/03/lage-des-mutations-etretat-entre-1830-et-1860/).


Passée (la)
À l’origine, ce nom désignait une vaste allée bordée d’arbres, disposée dans le Grand Val perpendiculairement à l’axe de la vallée, et qui constituait l’extrémité méridionale de l’ancien parc du château de GrandVal (actuelles parcelles cadastrales OD 515 à 519 et 273, près des écoles actuelles) ; le toponyme a été étendu aux espaces verts environnants, incluant l’emplacement actuel du complexe sportif, du parking et de la résidence du Grand Val ; des courts de tennis et diverses installations sportives y furent aménagés entre la fin du XIXe et le début du XXe s.


Passeux d’Fontaine (ou passage des Fontaines)
Avancée du pied de falaise à l’est du Banc à Cuves (voir ce nom).

Perrey
Nom donné à la digue-promenade parallèle à la plage d’Étretat ; on écrit aussi Perré. C’est, à l’instar des Ramblas de Barcelone, le lieu de déambulation favorite des Étretatais comme des touristes, d’une falaise à l’autre ; les habitués ont pour coutume de marquer symboliquement leur présence en touchant du pied la base de la paroi crayeuse avant chaque demi-tour.

Pertuiset (le)
Avancée du socle de la falaise entre la Manneporte et la Pointe de la Courtine, prolongée d’un écueil percé d’une cavité ayant donné son nom au lieu (pertuis désignant une ouverture en vieux français). L’ensemble représente les vestiges probables d’une ancienne porte.



Petit Port
On appelle ainsi la plage située entre la Manneporte et le Pertuiset, accessible surtout en embarcation mais qu’on peut aussi rejoindre à marée basse depuis Étretat en franchissant deux portes. L’abbé Cochet la décrit avec lyrisme comme un « véritable palais magique dont les parois sont d’immenses falaises découpées à jour en pyramides et en festons, dont le parquet est la mer et la voûte l’azur du ciel (…) Ici la mer bruit sur des rivages sombres ; on la voit blanchir et écumer sous les coups de rames agiles, et des barques la sillonnent de leurs courses irrégulières. Là, tombent du sein de la falaise plusieurs petites fontaines dont les ondes de cristal tapissent de verdure les flancs décharnés et stériles des roches. » (Cochet 1869, p. 127-128). Le nom de Petit Port est donné par certains, dont Adolphe Joanne (1877), à la plage de Jambourg, située entre la Porte d’Aval et la Manneporte.



Petit Val (le)
Le nom désigne la vallée étroite qui prend naissance sur le plateau aux Loges et descend entre les villages de Bénouville et de Bordeaux-Saint-Clair avant de confluer avec le Grand Val au niveau de l’église d’Étretat. Comme le Grand Val, c’est une vallée sèche mais sa configuration la rend dangereuse pour les habitants d’Étretat car les eaux de ruissellement venues du plateau s’y concentrent rapidement lors des fortes pluies, menaçant le village d’inondations comme ce fut le cas à plusieurs reprises au long de l’histoire, et ce malgré les travaux de défense entrepris successivement (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2025/08/24/il-y-a-50-ans-etretat-sous-les-eaux/). L’abbé Cochet décrivait « ce Petit-Val, si triste, si sauvage, qui semble n’avoir d’autre mission que de verser sur nos chaumières des torrents dévastateurs (…) » (Cochet 1869, p. 137). Depuis, le vallon s’est fortement urbanisé car on y trouve les derniers terrains constructibles sur le territoire étretatais.





Petite Roche (la)
Écueil émergeant du platier rocheux au pied de la falaise d’amont, entre la Grosse Roche et la Porte d’Amont. Elle est entièrement submergée à marée haute.

Pisseuses (les)
Ensemble de résurgences situées en pied de falaise, au nord-est de la pointe de la Courtine, le long d’un joint de stratification entre un banc de craie durcie et une craie marneuse. Une station de pompage a été installée dans le creux d’une valleuse au sommet de la falaise, à l’aplomb des sources.



Porte d’Amont
La porte d’Amont est le nom donné à l’arche naturelle qui ferme la plage d’Étretat au nord-est (à droite en regardant la mer) : son élévation est moins haute que celle de la porte d’Aval et son ouverture est plus petite. Dans une lettre à Flaubert, Maupassant écrivait : « la petite porte d’Etretat a l’air, de loin, par les temps sombres qui la noircissent, d’un énorme éléphant qui boit dans la mer » (6 novembre 1877), formule reprise dans son roman Une vie en 1883 (« (…) là-bas, en avant, une roche d’une forme étrange, arrondie et percée à jour, avait à peu près la figure d’un éléphant énorme enfonçant sa trompe dans les flots. C’était la petite porte d’Étretat ». Cette description est parfois appliquée -à tort- à la porte d’Aval. On ne peut passer dessous à pied que lors des marées de très fort coefficient. Voir aussi Blanc Trait (falaise du).







Porte d’Aval
La plus célèbre des trois « portes » ou arches naturelles se trouve à l’ouest de la rade d’Étretat (à gauche en regardant la mer) ; elle est prolongée par l’Aiguille (voir ce nom). Il est possible de passer dessous à pied à marée basse. La formation de l’arche par les processus naturels d’érosion est liée à la combinaison de plusieurs facteurs d’ordre géologique principalement. Des curiosités naturelles plus ou moins semblables sont visibles en plusieurs endroits du globe (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2024/07/05/des-portes-ouvertes-sur-le-monde/) mais les Étretatais vous diront qu’ils possèdent les plus belles falaises du monde… Toujours est-il que de nombreux peintres fameux ont choisi pour motif les deux portes encadrant la baie d’Étretat (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2025/07/25/visite-guidee-lhistoire-detretat-racontee-par-les-noms-de-rue/). Le blason de la ville, imaginé par l’ancien maire Raymond Lindon et dessiné par l’illustrateur Jean Kerhor, met l’accent sur les portes par la présence des deux clefs et souligne l’allusion par un jeu de mots contenu dans la devise « Semper apertae sunt meae portae » (mes portes sont toujours ouvertes).





Poulie (Clos de la)
Lieudit mentionné par l’abbé Cochet en 1869, entre le Jardin-à-tout-le-Monde et la rue du Bec (Cochet 1869, p. 91).
Presbytère
L’ancien presbytère d’Étretat, de 1830 à 1855, se situait au pied de la côte du Mont, derrière l’actuel immeuble des Roches Blanches (parcelle cadastrale 0B 874). Là se trouvait un site archéologique antique et médiéval qui fut fouillé par l’abbé Cochet de 1835 à 1842 (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2021/10/25/le-patrimoine-enfoui-detretat/). Le presbytère avait donné son nom à la rue menant de l’actuelle place de la mairie à la mer (aujourd’hui rue de l’abbé Cochet).
Il existe aussi un lieudit le Presbytère sur le territoire de la commune du Tilleul, au sud du château de Fréfossé et en contre-haut de la Guézanne (voir ce nom).



Renelle (Grande et Petite)
Noms donnés à deux vallons descendant du plateau de Fongueusemare pour rejoindre une vallée sèche affluente de la vallée d’Étretat. Une renelle désigne en Normandie un canal d’écoulement.


Retranchements (les)
Fossés en terre élevés sur le perrey pour la défense des côtes pendant la guerre de Sept Ans ; aujourd’hui disparus, ils étaient encore visibles à l’époque de l’abbé Cochet, sous le Second Empire.
Reykjavik
Surnom autrefois donné par les pêcheurs étretatais à la cour située entre les rues Dorus, Isabey et Louis Lahure, en référence aux différentes passes du port islandais.
Roches Blanches (les)
On désigne ainsi le platier rocheux qui affleure lorsque le cordon de galets disparait au pied de la falaise d’Amont et dont la couleur claire est due à l’absence totale d’algues et de coquillages. Le nom a été donné à l’hôtel qui avait été construit à la même hauteur sur le front de mer et à l’immeuble qui lui a succédé après-guerre.

Romain (Trou à)
Niche creusée dans la paroi crayeuse de la falaise d’amont, au nord-est de la porte, par Pierre Romain Bisson, un Étretatais de 26 ans qui était réfractaire à la levée militaire de 1813. Il se cacha quelques temps dans cet abri précaire, ravitaillé par ses proches. Repéré par les autorités, il résista plusieurs jours à un siège avant de réussir à s’enfuir et à se cacher jusqu’à l’amnistie consécutive à la chute du Premier Empire. Son épopée, popularisée par le récit romancé qu’en fit Alphonse Karr sous le titre : « Une falaise à Etretat », a fait l’objet d’une chanson (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2023/02/14/chanter-etretat/). Romain Bisson est mort le 6 juin 1823, à l’âge de 38 ans. On prétend, à la suite d’Alphonse Karr et du récit publié dans le Bulletin de Brianchon en 1862, qu’il se serait suicidé mais aucun texte officiel ne soutient cette affirmation. La localisation exacte du Trou à Romain est incertaine : en face de la Roche Vaudieu pour l’abbé Cochet, à la hauteur du « Passeux d’fontaine » pour d’autres. La cache aurait disparu avec un éboulement de falaise en juin 1962 (Thomas, 2011, p. 77).
Roncière (la)
Nom de la ferme située à l’emplacement de Saint-Nicolas de la Chanterie dans le Grand Val, sur la commune de Bordeaux-Saint-Clair, juste après la limite communale d’Étretat (voir Chanterie).


Sablonnière (la)
Bien que la plage d’Étretat soit renommée pour ses galets, quelques aires sableuses affleurent de-ci de-là à marée basse, en fonction de la migration des galets ; la Sablonnière, au pied de la falaise d’amont, près des Roches Blanches, est un de ces affleurements.

Saint-Clair (côte)
Coteau exposé au sud-ouest de la vallée d’Étretat, entre le Petit Val et la commune de Bordeaux-Saint-Clair ; cet emplacement a été choisi dans la seconde moitié du XIXe s. par des Parisiens fortunés -dont Jacques Offenbach- pour la construction d’élégantes villas (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2020/11/09/les-villas-etretataises-et-leurs-noms-un-peu-de-geographie-sociale/).
Saint-Nicolas
Voir Chanterie.
Saint-Valéry (chapelle)
Ancienne chapelle carolingienne, détruite en 1822, située dans le périmètre de l’ancien presbytère au pied de la côte du Mont (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2021/10/25/le-patrimoine-enfoui-detretat/). Valéry (ou Walaricus) était un saint évangélisateur du VIe-VIIe s., disciple de saint Colomban, qui participa, en baie de Somme, à la mission de christianisation de la Neustrie ; il a donné son nom a la ville de Saint-Valéry-sur-Somme. On le surnomme l’évangélisateur des falaises. Voir aussi Presbytère.
Sémaphore
Un sémaphore électro-télégraphique a été bâti en 1862 sur la falaise d’amont près de la chapelle Notre-Dame-de-la Garde ; il a été abandonné en 1911 mais une maison particulière occupe actuellement son emplacement. L’abbé Cochet signale qu’un mat sémaphorique, dont les restes étaient encore visibles à son époque, avait été édifié au XVIIIe s. un peu plus loin vers Bénouville, à l’extrémité des fossés de Bénouville.


Tourniole (la)
Lieudit situé dans le fond de la vallée d’Étretat, sur la commune de Bordeaux-Saint-Clair, au niveau d’un ancien méandre. Le nom désigne un détour en ancien français (source : CNRTL). La vallée d’Étretat est la seule du littoral cauchois à présenter une succession de méandres prononcés à proximité de l’embouchure (2,3 km seulement).

Trois Mathildes (les)
Lieudit situé sur le plateau dominant le Grand Val, à la limite de Bordeaux-Saint-Clair. L’étymologie en est obscure. C’est aussi le nom donné au chemin de Saint-Clair, qui est l’ancienne route menant à Bordeaux-Saint-Clair et, au-delà, à Fécamp. Son tracé reprend une voie romaine. Le tronçon descendant sur Étretat était aussi appelé rue Perreuse (Lindon, 1963, p. 13).

Valaine
Hameau situé sur le plateau (dans le pays de Caux, on dit plutôt « la plaine ») situé au sud-ouest d’Étretat, près de la commune du Tilleul ; on distingue parfois Valaine, où se situe une ferme assez importante, et le Petit Valaine situé 500 mètres plus au nord-ouest, en limite du golf, qui comptait 18 habitants en 1891 et où ne subsiste plus qu’une seule maison. L’élevage de chèvres, qui fournissait naguère un fromage apprécié (le Valaine) a malheureusement cessé de fonctionner. En 1936, le recensement dénombrait encore 36 habitants dans le hameau de « Vallaine », autant qu’en 1841. L’appellation du lieu vient probablement du patronyme Valaine. Le toponyme Cateuil, probablement plus ancien, était aussi utilisé pour désigner ce lieu (voir ce nom). Au fond du vallon descendant de Valaine, près de la route du Havre, se trouvait le Puits Givet, vidé en 1840, où des cloches auraient été cachées (Cochet 1866, cité in Rogeret 1998, p. 244).



Val Misère
Lieudit situé dans une vallée affluente de la vallée d’Étretat, sur le territoire de la commune d’Écrainville ; la dissymétrie des pentes entre un versant nord-est (abrupt) et sud-ouest (en pente douce) y est accentuée par l’existence en ce lieu d’un léger méandre. Le qualificatif fait probablement référence à la pauvreté des sols, très caillouteux.
Vauchel (le)
Lieudit situé dans le fond de la vallée d’Étretat, sur le territoire de la commune de Pierrefiques, au confluent d’une vallée descendant des hauteurs de Criquetot-l’Esneval. Vauchel est un nom dérivé du bas-latin vallis cella, littéralement « le monastère de la vallée ». La carte de Cassini figure le lieu comme un hameau.

Vaudieu (Roche)
« Vrai pan de mur resté debout au milieu des ruines, comme un vieillard dont le dos est courbé sous le poids des hivers » (Cochet 1869), la Roche de Vaudieu (ou Roc Vaudieu) est un écueil rocheux culminant à 21 mètres d’altitude, situé à 120 mètres du pied de falaise, en face du fossé de Bénouville (voir ce nom). C’est probablement, comme l’aiguille de Belval, le témoin d’une ancienne arche détruite par l’érosion. Elle figure sur la carte de Cassini. L’origine du nom (composé de Val et Dieu) est sibylline.






Verguies (les)
Lieudit situé près de l’église d’Étretat, au bout de la rue Notre-Dame ; d’après la tradition, la terre des Verguies appartenait à la légendaire Olive (celle de la Fontaine, voir ce nom), qui fit construire l’église d’Étretat en guise d’ex-voto pour avoir échappé aux « Sarrasins » -autrement dit les Vikings (Cochet, 1869, p. 63-64). La villa des Verguies, rue Notre-Dame, appartenait à la mère de Guy de Maupassant.

Vévigne (la)
Petit vallon rejoignant le Petit Val depuis le plateau bordé par la falaise, au niveau de la limite avec Bénouville. Il constitue une échancrure qui a été utilisée au siècle dernier pour y installer une décharge municipale à ciel ouvert qui a été utilisée jusqu’en 1997 ; l’ensemble a été recouvert et a disparu du paysage au début du XXIe s. C’est à la Vévigne que l’abbé Cochet situait la prise d’eau alimentant l’ancien aqueduc romain alimentant la villa du presbytère (Cochet 1869, p. 20). L’étymologie vient probablement de la présence en ce lieu d’anciennes vignes, qui pouvaient bénéficier de l’abri des vents dominants et d’une exposition favorable, à l’instar par exemple de la cuve Saint-Vincent dans la ville picarde de Laon.


Pour en savoir plus
- Valère CATOGAN (Raymond LINDON) : Le secret des rois de France ou la véritable identité d’Arsène Lupin. Les éditions de Minuit, 1955.
- Abbé COCHET : La Normandie souterraine ou Notice sur des cimetières romains et des cimetières francs explorés en Normandie. 1ère édition, Rouen, 1854.
- Abbé COCHET : Étretat, son passé, son présent, son avenir. 5e édition, Dieppe, 1869.
- Bernard HOYEZ : Falaises du Pays de Caux. Lithostratigraphie des craies turono-campaniennes. Publications des Universités de Rouen et du Havre, 2008, 348 pages.
- Bernard HOYEZ : Le Coniacien (Crétacé supérieur) de la région d’Étretat, du Fond d’Étigue à la Porte d’Amont, 2009 (https://planet-terre.ens-lyon.fr/ressource/excursion-craie-Etretat.xml)
- Bernard HOYEZ : À la découverte géologique des falaises d’Étretat : de la plage du Tilleul (Antifer) à l’anse de la Valaine. Planet Terre, 2010 (https://planet-terre.ens-lyon.fr/ressource/excursion-falaises-Etretat-Tilleul-Valaine.xml)
- Bernard HOYEZ : À la découverte géologique des falaises d’Étretat : de l’anse de la Valaine à la porte d’Amont (Étretat Nord). Planet Terre, 2010 (https://planet-terre.ens-lyon.fr/ressource/excursion-falaises-Etretat-Valaine-Chaudron.xml)
- Bernard HOYEZ : Guide d’excursion géologique à Étretat (Seine-Maritime, Haute-Normandie, France). Bulletin Sciences et Géologie Nomandes, t. 6, 2013, p. 5-74 (https://www.researchgate.net/publication/280736699_HOYEZ_B_2013_-_Guide_d’excursion_geologique_a_Etretat_Seine-Maritime_HauteNormandie_France_Bulletin_Sciences_et_Geologie_Normandes_tome_6_p_5-74)
- Raymond LINDON : Histoire savoureuse du parc çà huîtres d’Étretat. Les éditions de Minuit, 1955.
- Raymond LINDON : Étretat, son histoire, ses légendes. Éd. de Minuit, 1963.
- Joël RODET : La craie et ses karsts. Editions Centre Normand d’étude du Karst, Elbeuf, 560 pages
- Joël RODET : La craie, roche carbonatée poreuse et son karst, in Karstologia : revue de karstologie et de spéléologie physique, n°18, 1991, p. 13-18 (https://www.persee.fr/doc/karst_0751-7688_1991_num_18_1_2266)
- Joël RODET : Le karst dans l’évolution quaternaire de la Basse Seine (Normandie, France) in Jean-Noël Salomon et Richard Maire (dir.) : Karst et évolutions climatiques, Hommage à Jean Nicod, Presses Universitaires de Bordeaux, 1992, p. 363-382 (https://books.openedition.org/pub/11006?lang=fr)
- Joël RODET et Jean-Pierre LAUTRIDOU : Contrôle du karst quaternaire sur la genèse et lévolution du trait de côte d’une région crayeuse de la Manche (Pays de Caux, Normandie, France). Quaternaire, t. 14, n°1, p. 31-42 (https://www.persee.fr/doc/quate_1142-2904_2003_num_14_1_1727)
- Isabelle ROGERET (dir.) : Carte archéologique de la Gaule, La Seine-Maritime 76. Éd. Maison des Sciences de l’Homme, 1998, p. 241-245.
- Jean-Pierre THOMAS : Étretat. Des origines à nos jours. Impr. Corlet, 2011.
