Bien avant de prendre sa forme actuelle qu’on pourrait qualifier tout à la fois d’éphémère, populaire et cosmopolite, le tourisme étretatais était fondé sur la migration estivale d’une élite essentiellement parisienne. De juin à septembre, les familles d’artistes et de notables prenaient leurs quartiers à Étretat, emmenant souvent quelques domestiques dans leurs bagages. Certains habitués possédaient leur propre villa où loger tout ce petit monde (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2020/11/09/les-villas-etretataises-et-leurs-noms-un-peu-de-geographie-sociale/), les autres louaient des villas, voire des maisons étretataises ; d’autres séjournaient à l’hôtel, comme l’hôtel Blanquet (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2025/12/24/les-blanquet-une-success-story-etretataise/), l’hôtel Hauville, l’hôtel des Bains, l’hôtel des Augustins ou l’hôtel Omont.

« – Avez-vous une chambre, a tout prix ? – Non. – Alors, donnez-moi un grenier… un hamac… au nom du ciel ! Voilà ce que l’on entendait de tous côtés, il y a quelques jours, à Etretat.
Notre côte était envahie ; c’était une invasion… un déluge que nous avaient amené les trains de plaisir. Aussi la plage était foulée par des pieds aussi nombreux que les galets ; la mer ressemblait à une école de natation du Pont-Neuf un jour de canicule. Dans les hôtels, on s’empilait ; heureux ceux qui n’étaient pas obligés de coucher à la belle étoile, avec leur valise en guise d’oreiller. »
(La Plage Normande illustrée, n°9, 25 août 1864)
Le profil sociologique de ces estivants et leurs préférences en matière d’hébergement, du Second Empire à l’Entre-deux-Guerres, nous est fourni par différentes sources.
Les journaux estivaux
Entre les années 1860 et les années 1900, fleurirent sur la côte normande des publications saisonnières qualifiées de balnéaires car elles ne paraissaient que durant la belle saison et étaient destinée aux touristes aisés fréquentant régulièrement les stations balnéaires (Dieppe, Fécamp, Yport, Étretat,…) (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2024/04/03/lage-des-mutations-etretat-entre-1830-et-1860/). On y trouvait essentiellement des chroniques mondaines et quelques potins concernant la bonne société.
Le bulletin d’Étretat (dit Bulletin de Brianchon)

Cette publication saisonnière paraissait de juillet à octobre, sur un rythme hebdomadaire. Elle était éditée et imprimée à Bolbec par Marin-Eugène Valin, imprimeur né à Fécamp, descendant d’une branche cousine des Vallin d’Étretat. Le premier numéro parut le 14 juillet 1859 mais le titre ne tint que quatre ans ; le dernier numéro (n°14 de la 4e année) est daté du 2 octobre 1862.
Les fascicules contenaient de nombreux articles de qualité sur l’histoire étretataise car le rédacteur, Jean François Brianchon, né à Nesle-Hodeng en 1815, était un érudit, ami de l’abbé Cochet. Il exerça les fonctions de précepteur, collabora à différents périodiques et publia de nombreuses études historiques. Il appartenait à diverses institutions et sociétés savantes (Commission des antiquités de la Seine-Inférieure, Société havraise d’études diverses, Société d’histoire de la Normandie, Académie des Sciences, Belles-Lettres et Beaux-Arts de Rouen). On lui doit la traduction en français de l’opuscule de Jacob Venedey : Yport et Étretat en 1837, édité en 1861. Il mourut en 1886.
Le bulletin d’Étretat proposait aussi une chronique de la station balnéaire et livrait de façon hebdomadaire les chiffres de fréquentation. La saison durait de juin à septembre, avec un pic au mois d’août.
| Mois | Nombre de baigneurs |
| Avril 1860 | 4 |
| Mai 1860 | 17 |
| Juin 1860 | 143 |
| Juillet 1860 | 588 |
| Août 1860 | 652 |
| Septembre 1860 | 263 |
| Total au 23/9/1860 | 1667 |
| Mois | Nombre de baigneurs |
| Avril 1861 | 2 |
| Mai 1861 | 32 |
| Juin 1861 | 183 |
| Juillet 1861 | 618 |
| Août 1861 | 954 |
| Septembre 1861 | 191 |
| Total au 22/9/1861 | 1980 |
Brianchon précise que le nombre des baigneurs non déclarés à la mairie et donc absents des listes publiées dans le Bulletin d’Etretat est d’au moins 1000 à 1200, si bien que la plage d’Étretat a dû recevoir en 1861 près de 4000 visiteurs (Bulletin d’Etretat du 26/9/1861).
| Mois | Nombre de baigneurs |
| Mai 1862 | 13 |
| Juin 1862 | 139 |
| Juillet 1862 | 595 |
| Août 1862 | 967 |
| Septembre 1862 | 280 |
| Total | 1994 |
La Plage normande illustrée
Cette autre publication saisonnière prit quasiment le relais du Bulletin de Brianchon puisque son premier numéro est daté du 13 juillet 1862. Sous-titrée originellement « Journal des bains de Fécamp et d’Étretat, feuille littéraire et d’annonces » elle prit ensuite d’autres sous-titres (Journal des bains de Fécamp, d’Étretat et d’Yport, Journal de villégiature et de bains de mer, Organe des plages de Trouville, Le Havre, Étretat, Fécamp, Dieppe, Yport, Saint-Valéry-en-Caux, Les Petites-Dalles, Saint-Pierre-en-Port, Veules, Veulettes, Mers, Le Tréport, etc., Organe des plages de l’Ouest, Organe littéraire et artistique des plages de l’Ouest). Après une année d’interruption en 1863, le titre reprit en 1864, jusqu’en 1889.
La fréquence de publication connut des variations : hebdomadaire à l’origine (avec une parution le dimanche la première année, puis le jeudi), elle fluctua à partir de 1886, selon l’avancement dans la saison, d’hebdomadaire à bihebdomadaire voire trihebdomadaire.
Louis Félix Nicolle, dieppois né en 1835, en fut l’éditeur, rédacteur et imprimeur à Fécamp jusqu’en 1864. Ensuite Louis Nicolle repartit dans sa ville natale (où il publia le Journal de Dieppe) ; il fut remplacé par Louis Léopold Durand, né à Fécamp en 1832 et fondateur d’une longue lignée d’imprimeurs fécampois.

Grâce à ce titre, nous pouvons comparer la liste des visiteurs sur plusieurs décennies, du Second Empire à la IIIe République.
La Gazette d’Étretat
Sous-titrée « Journal des baigneurs », cette publication remplaça de manière très éphémère, durant l’été 1863, Le Bulletin d’Étretat, « mort de langueur » et La Plage normande, « frappée de sommeil »[1]. Elle parut chaque jeudi du 23 juillet au 24 septembre, sous la férule de Louis Nicolle, qui était l’éditeur de La Plage normande (voir ci-dessus). Son principal intérêt était d’annoncer l’arrivée des célébrités dans la station (Offenbach, Ponson du Terrail) et de publier dans chaque livraison la liste des baigneurs. Quelques renseignements pratiques étaient fournis (horaires et tarif des transports publics, horaires des marées). Des chroniques locales, quelques bons mots ainsi que des poèmes, énigmes et charades, complétaient le contenu du périodique. On pouvait se le procurer au casino d’Étretat et chez Monsieur Marécal, libraire.
[1] citations extraites de l’éditorial du premier numéro
« Le monde est arrivé ici depuis longtemps. Parmi les premiers venus, je vous citerai M. Prévost-Paradol, le jeune et vigoureux journaliste, et le propriétaire J. Offenbach, qui habite actuellement sa nouvelle maison[1], épaisse, ornée de grands balcons jaunes et teinte en trois couleurs claires. (…) Toujours est-il qu’on l’aperçoit de temps en temps, s’inspirant chez Blanquet des mélodies de la mer.
Etretat a vu dans ses murs, pendant quelques jours, un studieux jeune homme que l’on ne rencontrait partout qu’un bouquin sous le bras, mais qui, absorbé par les beautés naturelles, ne l’ouvrait jamais : C’était M. Ludovic Halévy.
Nous avons eu aussi la visite du savant M. Dollingen qui a fait démolir quelques briques, lézarder quelques moellons, arracher quelques volets de sa tour[2], creuser des fossés, élever des esplanades et brûler l’herbe autour de cet antique château-fort pour lui donner un air plus mature. Puis, pour que rien ne manque à son aspect sinistre, il l’a peuplé de hiboux apprivoisés rapportés de Paris tout exprès et qui ont été, assure-t-on, dressés par le dompteur Crockett. (…) Ainsi, cette année, les maisons que l’on a fait bâtir sont flanquées d’une petite tour qui leur donne un air seigneurial tout-à-fait distingué, bien que de mauvais esprits prétendent que la plupart des constructions nouvelles sont maniérées et que quelques-unes d’entre elles ressemblent plutôt à des pigeonniers ou à des cartonnages qu’à de nobles manoirs.
Quoiqu’il en soit, on se baigne ferme. Les costumes aquatiques du sexe laid sont toujours les mêmes mais nous avons remarqué sur des épaules du sexe beau des tuniques turco qui ont le chic le plus oriental et font rêver aux houris. » (Gazette d’Etretat, 23 juillet 1863)
[1] la villa Orphée, rue Offenbach actuelle
[2] le Donjon, chemin de Saint-Clair, près de la ville Orphée


« Puisque nous sommes en veine d’optimisme, disons qu’il y a sur la côte d’Aval, tout près de la mer, un chalet charmant : celui de M. Périer. Que n’a-t-il servi de modèle à plusieurs des constructions de cette année !
L’astre du journalisme, M. Prévost Paradol, va et vient sans cesse d’Etretat à Paris et de Paris à Etretat. M. Offenbach est revenu ces jours derniers de sa campagne d’Allemagne. Son voyage a été un perpétuel triomphe. (…) Quelques peintres connus sont arrivés ces jours derniers. Je vous citerai, entre autres, M. Fichef (sic), un petit Messonnier, M. Philippe Rousseau, le frère de Jean Rousseau et M. Lepoitevin qui a dû à ses souvenirs d’Etretat un nouveau succès au salon.
D’ailleurs, la population bigarrée de la plage augmente de jour en jour et l’on ne peut trouver qu’avec peine une place sous les tentes élégantes ( ? ) que les maîtres de bains ont fait élever. C’est là que les toilettes sont ébouriffantes, que des jeunes gens au capuchon arabe, étendus languissamment , ont un faux air de Mamelucks sans coursiers, que de jeunes filles ont la malheureuse affectation de cacher -en plein ombre- leurs grands yeux si beaux sous d’affreux pince-nez bleus ; c’est là enfin que se débitent tous les cancans du pays et il y en a de corsés, je vous assure. » (Gazette d’Etretat, 30 juillet 1863)

Ce journal éphémère permet de compléter, pour l’année 1863, les données que La Plage d’Etretat nous fournit pour les années encadrantes.

Fécamp Yport Étretat, journal-programme des bains de mer
Une publication très éphémère vit le jour en juillet 1865 : titrée Fécamp Yport Étretat, elle était prévue pour paraître le dimanche matin, du 2 juillet au 1er octobre mais seuls quelques numéros furent publiés ; Le siège était à Fécamp, avec J. Vital comme rédacteur et Banse comme gérant mais l’impression était réalisée au Havre. Les numéros des 13, 20 et 27 août 1865 ont publié la liste des « étrangers » arrivés à Étretat.
La presse généraliste locale
En dehors des publications estivales destinées à un public ciblé, il y eut, entre le milieu du XIXe siècle et la Première Guerre Mondiale, une multitude de périodiques locaux d’informations et d’annonces dont la parution fut variable et l’existence plus ou moins longue. On peut citer le Journal de Fécamp (1837-1944), le Journal du Havre (1882-1883), le Nouvelliste Cauchois (1851-1854), etc. Certains relevaient de la presse d’opinion comme La Brise Normande, « journal démocratique » dont le mot d’ordre était « Tout pour le travail, tout pour le travailleur », l’Écho d’Étretat, de Criquetot et du canton de Criquetot (1894-1916), adversaire politique de la Brise Normande durant l’avant-guerre, le Progrès du Havre (1893-1915), socialiste, le Progrès de Fécamp (1870-1951), « organe de la démocratie socialiste du Pays de Caux » ou Le Mémorial Cauchois (1878-1944), penchant plutôt à droite.
La Brise Normande
Publication hebdomadaire fondée en 1910 et arrêtée vers 1918, cette publication basée à Fécamp proposait dans chaque numéro une chronique étretataise mondaine, balnéaire et locale grâce à son correspondant sur place, Charles Miquignon, un fils d’instituteur, militant laïc et associatif, écrivain et poète à l’occasion. Ce journaliste autodidacte eut sa propre publication : L’Aiguille d’Etretat, à la fin des années 1880. On pouvait se procurer la Brise Normande à la librairie Flamant, rue Alphonse Karr.
Un des premiers numéros de La Brise Normande nous donne la liste des étrangers de l’été 1910, alors que la Belle Époque court vers sa fin.
À partir de ces différentes sources, on peut établir l’évolution de la fréquentation estivale.
L’année 1862
La liste des étrangers, publiée dans les numéros des 13 juillet, 27 juillet, 10 août et 31 août 1862 de La Plage Normande, n’indique pas le lieu d’hébergement des visiteurs ; elle distingue en revanche les personnes abonnées au Casino (comprenant 155 noms, parmi lesquelles figurent d’ailleurs, curieusement, le curé et le vicaire d’Étretat !)[1] et les non abonnés (23 noms). Un comte, trois comtesses, un baron, une baronne, un général et un sociétaire de la Comédie Française se distinguent dans le lot.
[1] Brianchon, dans le Bulletin d’Étretat du 26 septembre 1861, note que « Le nombre d’abonnés au Casino dépasse aujourd’hui 600 ».
L’année 1863
Pour 1863, les listes successives de baigneurs, établies par La Gazette d’Etretat entre le 23 juillet et le 24 septembre, et probablement plus complètes que les listes de La Plage Normande, fournissent un nombre total de 1762 individus. La plupart arrivent en famille ou en couple, parfois avec leur domesticité. Le niveau social est élevé : aristocrates, propriétaires, rentiers, artistes-peintres, négociants et entrepreneurs, architectes, avocats sont les qualificatifs qui reviennent le plus fréquemment lorsqu’ils sont indiqués. Plus rares sont les employés ou fonctionnaires. Les Français dominent largement mais on rencontre quelques noms à consonance anglo-saxonne, germanique, hispanique ou italienne. Bien que l’orthographe des patronymes soit parfois erronée, il est possible d’identifier quelques personnalités plus ou moins connues. En confrontant les noms avec la liste des donateurs engagés dans les bonnes œuvres étretataises (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2025/01/08/sante-et-solidarite-la-societe-de-secours-mutuels-des-marins-detretat/), on peut dégager une petite liste d’habitués de la station, constituant le « noyau dur » qui préfigure la caste qui prendra après-guerre le nom de « Vieux Galets ».
La liste complète comprend 724 patronymes, qu’on peut réduire à 638 environ après élimination des probables doublons. Les arrivées se font par vagues successives, autour du 21-23 juillet, du 1er au 9 août, autour du 15 août, du 24 août et du 1er septembre.

L’hébergement se fait principalement à l’hôtel, mais un bon nombre de visiteurs sont logés chez l’habitant. Une petite minorité logent dans une villa (« pavillon » ou « chalet » dans la terminologie de l’époque) qui leur appartient ou qui les accueille, sans qu’on puisse dire si c’était à titre gracieux ou onéreux ; ainsi la villa de Victor Fossey (Les Lauriers) a-t-elle accueilli sept hôtes entre le 4 et le 25 août 1863. Parmi les autres résidences secondaires figurent les « pavillons » Boulloche, de Villemessant, Lalanne, Maigret, Oudiné, Lainé, Rouvenat et Bertall.

Les chambres d’hôtes assurent un complément de revenus providentiel pour les habitant(e)s d’Étretat, qu’ils soient pêcheurs, commerçant(e)s, rentier(e)s ou même « baigneur »[2] comme Léopold Duchemin. La plupart des patronymes étretatais de l’époque figurent dans la liste des logeurs.
[2] Personne tenant un établissement de bains ; on en comptait plusieurs à Étretat, concurrents féroces du Casino
- Barrey (1)
- Belloncle (1)
- Bisson Pierre (1)
- Bouchard Mlle (1)
- Brulin (1)
- Cauvin Alexandre (2)
- Chambrelan fils (1)
- Coquin François (1)
- Duchemin Jean père (1)
- Duchemin Léopold (1)
- Duparc Mme veuve (2)
- Frébourg (1)
- Hantier Mme veuve (1)
- Hautot (2)
- Hauville Romain (1)
- Hauville veuve (2)
- Henry Joseph (1)
- Lebaillif François (1)
- Lebaillif (1)
- Lecoeur (1)
- Ledentu Jérôme (1)
- Ledentu Mme (1)
- Ledentu Nicolas veuve (1)
- Leleu veuve (3)
- Lemesle Bernard (2)
- Lemonnier Jules (2)
- Lemonnier Pierre (2)
- Lemonnier Thomas (4)
- Lempérière (1)
- Leroy (1)
- Levasseur Philippe (3)
- Loisel (1)
- Maillard François (1)
- Maillard Séverin (1)
- Marceuil Louis (2)
- Martin veuve (1)
- Maubert (1)
- Maugis (1)
- Messier (3)
- Morin Mlle (1)
- Morin Narcisse (1)
- Morin veuve (1)
- Nicolle (1)
- Ono-dit-Biot Mme (2)
- Ouf Cyprien (1)
- Ouf père (2)
- Paumelle François (1)
- Paumelle Gervais (1)
- Paumelle Mme veuve (1)
- Paumelle Paul (1)
- Paumelle Pierre (2)
- Poret Frédéric (1)
- Poret (3)
- Rampini (1)
- Recher Benoît (1)
- Seigneuré (2)
- Thurin (1)
- Tonnetot Louis père (1)
- Vallin (1)
- Vallin Alexandre (1)
- Vallin Hortense (2)
- Vallin Mme (1)
- Vallin Pierre (4)
- Vallin Victoire (1)
- Vatinel Martin (1)
- Vatinel S. (1)
- Vatinel Tranquille veuve (1)
- Yzet (1)
Liste des maisons étretataises ayant accueilli des estivants durant l’année 1863 (d’après La Gazette d’Etretat)
L’année 1864
La liste des étrangers de l’année 1864, publiée dans les numéros des 7, 14, 21, 28 juillet, des 4 et 11 août et des 1er et 8 septembre 1864 de La Plage Normande, est plus longue que la liste de 1862. Elle présente l’intérêt d’indiquer l’hébergement des arrivants.
La fidélisation des estivants, d’une saison à l’autre, est indiquée par la comparaison des années 1862, 1863 et 1864, qui permet de distinguer les familles suivantes, dont beaucoup eurent leur propre villa à Étretat : Albert, Anicet-Bourgeois, Augier, Azevedo, Beaugrand, Berthault, Bertrand, Bligny, Blondin, Breton, Caron, de Caux, Chaudé, Da Costa, Derocque, Deudon, Dorus-Gras, Dreyfus, Dumas, Gaillot, Got, Jacquet, Lambert, Lamoureux, Languillier, Lemaitre, Lethimonnier, Loir, Loth, Maigret, Maillard, Maletra, Maréchal, Meillet, Morisse, Outrebon, Pélissier, Périer, Pierron, Plantevigne, Polak, Poulain, Prévost-Paradol, Senlis, Senegond, Thorailler, Tonnet. On relève aussi les noms du Dr de Miramont, du comte d’Escherny et d’Eugène-André Oudiné, qui eurent tous trois leur villa à Étretat et des personnalités comme Eugène Isabey, Jacques Offenbach, Eugène Lepoittevin, un Rotschild et le ministre de l’Instruction publique, Victor Duruy.
Les modalités d’hébergement montrent quelques variations par rapport à l’année précédente : la part des hôtels est en diminution, tandis que le logement chez l’habitant et dans les villas est en hausse.

Parmi les villas occupées en 1864, figurent les propriétés Anicet-Bourgeois, Azévedo, Beaugrand, Branton, Landelle, Fossey, de Miramont, d’Escherny, Villemessant, Plantevigne, Dorus, Dupin, Desmichels, Loth, Jouet, Lepoittevin, Maillard, Offenbach, Oudiné, Outrebon et le château du Grand Val appartenant à la veuve de Jacques Guillaume Fauvel.
Le trio de tête des établissements hôteliers est toujours occupé par l’hôtel des Bains, l’hôtel Blanquet et l’hôtel Hauville qui se partagent à peu près à égalité la plus grosse partie de la clientèle des hôtels.

Peu de changements aussi du côté des hébergeurs privés étretatais.
- Acher Jean (2)
- Allain (1)
- Allais (1)
- Barrey Pierre (1)
- Beaufils (1)
- Belloncle A. (1)
- Bisson Guillaume (1)
- Bisson Pierre (2)
- Bouchard (1)
- Campion (1)
- Cauvin (1)
- Coquin Jean (1)
- Courtiller (1)
- David veuve (1)
- Dévelai (3)
- Duchemin père (1)
- Ducher (?) (1)
- Dumas (2)
- Dumont (1)
- Duparc Elise (1)
- Duval (1)
- Duval Narcisse (1)
- Enault Jean (1)
- Enault Jérémie (2)
- Frébourg (3)
- Fréger Guillaume (1)
- Gasc. Mme (?) (1)
- Hauchecorne veuve (1)
- Hautot E. (1)
- Henry J. (1)
- Lebaillif François (1)
- Lecoeur (2)
- Ledentu Jérémie (1)
- Ledentu veuve (1)
- Ledentu Nicolas (1)
- Leleu Mme (1)
- Leleu veuve (1)
- Lemeille (2)
- Lemonnier (1)
- Lemonnier Benoît (1)
- Lemonnier Louis (1)
- Lemonnier Séverin (1)
- Lemonnier Thomas (1)
- Leroy (1)
- Levasseur Philippe (2)
- Maillard (2)
- Maillard Anthime (1)
- Maillard François (1)
- Martin (1)
- Martin Placide (1)
- Martin Zéphyr (1)
- Martin Zéphyr veuve (1)
- Maubert (2)
- Messier (3)
- Morin Auguste (2)
- Morin Mlle (1)
- Nicolle (1)
- Ono-dit-Biot (1)
- Ono-dit-Biot veuve (4)
- Ouf Cyprien fils (1)
- Ouf père (3)
- Paumelle L. (1)
- Paumelle veuve (2)
- Paumelle Pierre (3)
- Picard fils (1)
- Poret F. père (1)
- Poret (1)
- Recher Benoît (2)
- Savalle Auguste (1)
- Seigneuré (1)
- Thurin (1)
- Thurin veuve (1)
- Vallin (1)
- Vallin Benoît (1)
- Vallin Jean (2)
- Vallin Victoire (1)
- Yzet (1)
Liste des maisons étretataises ayant accueilli des estivants durant l’année 1864 (d’après La Plage Normande)
L’année 1865
Du beau linge sur les galets
En 1865, le nombre des étrangers à Étretat s’élève à 2500 à la date du 20 août, d’après La Plage Normande. Les listes publiées entre le 2 juillet et le 27 août renseignent sur la qualité des visiteurs, même si la fiabilité n’est pas totale (ainsi Offenbach est qualifié de « propriétaire », nonobstant son statut de musicien).
Les personnes vivant de leurs revenus dominent largement (63 % des qualifications). L’aristocratie est représentée par cinq comtes et comtesses, sept baron(ne)s -dont le baron d’Avril, qui était diplomate- et une marquise. Parmi les actifs, les catégories les plus fréquentes sont les négociants et les entrepreneurs (8 % environ), les juristes (notaires et avocats essentiellement) (5 %), les artistes (3,5 %), les militaires de haut rang (3,5 %), les ingénieurs (3 %), les médecins (3 %) et les architectes (1,7 %). La petite bourgeoisie est peu représentée.
Propriétaires et rentier(e)s : 181
Négociants : 11 (dont un négociant en papier)
Marchand de chevaux : 1
Marchand de vin : 1
Limonadier : 1
Commerçant : 1
Bijoutier, joailler : 2
Charcutière : 1
Marchand d’épices : 1
Entrepreneur : 2 (dont le directeur de la société minière « La Vieille-Montagne »)
Fondeur : 1
Fabricants : 2 (dont un bronzier : Delafontaine)
Artistes : 10 (dont cinq peintres, deux hommes de lettres, un photographe : Émile Pinot)
Journalistes : 2 (le directeur du Salut Public lyonnais et un attaché du Petit Journal parisien)
Voyageurs : 3
Professeurs : 2
Préfet des études : 1
Étudiants et élève : 4
Notaires : 5
Avocats : 6 (dont un avocat de la Cour impériale)
Magistrats : 2
Avoué de 1ère instance : 1
Architectes : 5
Ingénieurs : 9 (dont deux ingénieurs des mines)
Médecins : 7
Chirurgien : 1
Secrétaire d’hôpital : 1
Pharmacien : 1
Banquier : 1
Agents de change et boursier : 2
Attaché à la Banque de France : 1
Diplomates : 2 (consul du Mexique et secrétaire de la Légation du Pérou)
Ministre : 1 (Claude-Alphonse Delangle, ancien Garde des Sceaux)
Conseiller d’État : 1
Hauts gradés : 3 (un amiral, un général et un commandeur de la Marine royale anglaise en retraite)
Officiers supérieurs : 7 (dont un commandant des grenadiers de la Garde impériale, un capitaine d’état-major, un capitaine de frégate, deux capitaines d’artillerie et un lieutenant de vaisseau)
Fonctionnaires : (le directeur du château du Palais Royal, un chef de bureau à la Préfecture, un attaché au Ministère de l’Intérieur, un rédacteur du Ministère de la Justice, un directeur des Postes, un inspecteur, un employé du Ministère de la Justice, un employé du Ministère de l’Intérieur, un employé des douanes)
Employés : 3 (dont deux employés de commerce)
Prêtre : 1
Les informations fournies sur les provenances permettent d’estimer la part des Parisiens (banlieue incluse) à 86,7 % ; les provinciaux représentent 10 % et la part de l’étranger (Angleterre principalement) n’est que de 3,3 %.
Paris : 297
Passy : 2
Neuilly : 1
Pantin : 1
Vincennes : 1
Versailles : 6
Saint-Germain-en-Laye : 2
Marly-le-Roi : 1
Chantilly :1
Senlis : 1
Clermont (Oise) : 1
Fontainebleau : 1
Provins (Seine-et-Marne) : 1
Reims : 1
Châlons : 1
Amiens : 2
Rouen : 6
Bolbec : 1
Le Neubourg (Eure) : 2
Le Havre : 3
Fécamp : 1
Caen : 2
Nevers : 2
Nièvre : 1
Dijon : 1
Besançon : 1
Pontarlier : 1
Vic-sur-Seille (Moselle) : 1
Lyon : 4
Dax : 1
Allemagne : 1 (Francfort)
Angleterre : 8 (dont Londres : 6)
Belgique : 1 (Bruxelles)
Roumanie : 1
New York : 2
« Il y a quarante ans, Étretat n’était qu’un hameau chétif, habité par de pauvres pêcheurs. Isabey le découvrit le premier, et bientôt d’autres artistes vinrent s’y établir. Lepoittevin en rapporta chaque année de délicieuses toiles ; Alphonse Karr le vanta tellement dans ses romans qu’il le mit à la mode ; peu à peu le terre-plein de la vallée et le versant des falaises se couvrirent d’habitations élégantes. Les artistes et les gens de lettres forment encore la majorité des baigneurs.
Parmi les plus belles habitations, on remarque surtout celles de MM. Anicet Bourgeois, Dorus-Gras, Maillart, Mottet, Périer, Offenbach, Mme Doche, Monge, Bertall, Mme Vatinel, Lalanne, Mouchet, Outrebon, Fichel, de Traz (style du XIIe s.), Beaugrand, Mégret, Mme Fauvel (le Château), Bligny, Burdin, de Charny, Loth, Jouet, Merle, Pélissier, Houdry, Bida, Bergeron, Francillon, de Miramont (style Louis XIII), Cochin, Léon Achard, etc.
Les chalets Marthalbert, construits en 1876, par M. Domange, d’après les plans de M. Jules Bon, architecte, se distinguent par leur style élégant. Le Donjon appartient à M. Paz. Le château de M. Boyer, propriétaire de l’eau de mélisse, est une jolie construction dans le style Louis XIII. Signalons aussi : les chalets Charles Lourdel, Oudiné, Pimpernelle, Houdry, Wullette, Azevedo, Thorallier, Monot, Dumesnil, Monteau et Nateuil ; les maisons Payen, Duchemin, Meurice, Roupel et Diaz ; la grande propriété Descherny ; la caloge Lourdel ; enfin les propriétés Desfossés, Delatour et Renaud » .
(Guide Joanne de la Normandie, 4e édition, 1877)
Un autre texte publié par Guy de Maupassant -sous la signature de Chaudrons du Diable– dans le Gaulois du 20 août 1880 décrit parfaitement l’atmosphère de la station et le mode de vie des estivants de cette époque, cultivant avec soin l’entre-soi :
« Étretat est un terrain mixte où l’artiste et le bourgeois, ces ennemis séculaires, se rencontrent et s’unissent contre l’invasion de la basse gomme et du monde fractionné.
Offenbach, Faure, Lourdel, les peintres Landelle, Merle, Fuhel, Olivié, Lepoitevin, etc., etc., y possèdent de charmantes villas où leurs familles et quelquefois eux-mêmes s’installent à la première feuille nouvelle, pour ne s’en aller qu’à la première gelée.
La vie s’y écoule doucement, sans émotions vives et sans incidents dramatiques.
Les propriétaires descendent à la mer invariablement tous les matins (le ciel le permettant), vers dix heures.
Les hommes vont au Casino, lisent les journaux, jouent au billard ou fument sur la terrasse. Les femmes préfèrent la plage, dure, caillouteuse, mais par cela même toujours sèche et propre, et travaillent à l’abri d’une tente de toile, ou le plus souvent enfouies dans ces horribles paniers qui rappellent, en fort laid, les antiques tonneaux des ravaudeuses.
Autour des dames et à leurs pieds, les hommes que n’absorbe pas le Casino s’assoient ou se couchent sur le galet, lorsque leur âge le leur permet, et les conversations s’engagent et se poursuivent jusqu’à onze heures et demie. (…)
À quatre heures de l’après-midi, on redescend à la plage. Même tableau que le matin.
À six heures et demie, on rentre pour dîner, et, le soir, si l’air est pur, le temps clair, on va rêver une heure ou deux au Casino ou sur le galet.
Outre les propriétaires, il y a une population flottante assez considérable à Étretat. Cette population se répartit entre les trois principaux hôtels du pays : l’hôtel Blanquet, l’hôtel Hauville et l’hôtel des Bains.
L’hôtel Blanquet est le mieux situé et par conséquent le plus fréquenté. (…)
La jeunesse gaie est dignement représentée par une bande de joyeux garçons, presque tous artistes. Les peintres Georges Merle, Larcher, Lepoitevin et leur ami, fils de peintre aussi, Armand Ytasse, tirent de bruyants feux d’artifice et promènent à travers le pays des retraites aux flambeaux qui font apparaître aux fenêtres des têtes indigènes en bonnet de coton. »
L’année 1889
Les listes d’estivants fournies par La Plage Normande pour le début de la saison 1889 sont moins complètes que les précédentes mais elles indiquent quand même le mode d’hébergement des « étrangers » et leur provenance. Comme en 1865, la très grande majorité des vacanciers est constituée de Parisiens, la deuxième provenance est l’Amérique (sans précision sur le ou les pays concernés). Les métropoles normandes ne fournissent qu’un très petit contingent.

L’hébergement à l’hôtel est en forte perte de vitesse, tandis que l’occupation des villas, par leurs propriétaires comme par des locataires, est en nette progression.
L’hébergement chez l’habitant est proposé par un nombre de familles plus restreint ; quelques noms de nouveaux étretatais s’ajoutent à la liste (Dupéroux, Fontaine, Morel).

- Acher (1)
- Aubry (1)
- Blanquet (1)
- Coquin (3)
- Cramoisan (1)
- Décamps (1)
- Deshays (1)
- Dévelay (1)
- Dupéroux (1)
- Fontaine (1)
- Hue (2)
- Isnard (1)
- Lecanu (1)
- Ledentu (2)
- Leleu (3)
- Lemonnier (3)
- Lenoir (1)
- Maillard (2)
- Martin (1)
- Mathurin (1)
- Messier (1)
- Mondeville (1)
- Morel (2)
- Ouf (1)
- Paumelle (3)
- Pimont (1)
- Roquencourt (?) (1)
- Seigneuré (1)
- Thurin (2)
- Vallin (1)
- Vatinel (1)
- non précisé (37)
Liste des maisons étretataises ayant accueilli des estivants durant l’année 1889 (d’après La Plage Normande)
De la liste des juillettistes de 1889 nous pouvons extraire les 44 noms suivants, qui sont ceux de propriétaires de villa et qui représentent le noyau dur des estivants de cette fin de siècle :
Aroux/Azevedo/Bartaumieux/Beaugrand/de Beaulieu/Brindejont/Castambide/comte de Champfeu/Chouet/Cochin/Darnis/Decoppet/Dervès/Desfossés/Despresle/Dorus-Gras/Dumesnil/Foucher/Franck/Gerbeau/James/Lecomte du Noüy/Lemonnier/Leroux/Lourdel/commandant Marie/Merle/de Miramont/Mitchell/Moisson/de Nanteuil/Neurdein/Olivier/de Payer/Picard/Read/Roberts/Roussel/Saint-Well/Sancier/Staub/Stern/de Traz/Vallois

La nomenclature publiée en 1890 par Parmentier dans son ouvrage : Étretat, son origine, ses légendes, ses villas et ses habitants, énumère, pour cette époque, la liste des principales villas étretataises avec les noms et qualités de leurs propriétaires, qu’on peut assez aisément identifier. Ces biens se transmettaient souvent au sein de la famille. Artistes parisiens et hommes d’affaires s’en partageaient assez équitablement la propriété. Un seul self-made man étretatais figure dans la liste : Louis Coquin (si on excepte les habitations construites par François Paumelle et Achille Barrey à titre de résidence principale). Alphonse Eugène Louis Coquin (1845-1907) était négociant en vins et spiritueux et dirigeait une agence de location.



L’année 1910
Les listes fournies par les numéros 3 (20 août 1910) et 4 (27 août 1910) de l’hebdomadaire La Brise Normande sont incomplètes car elles ne dénombrent que les étrangers au pays, descendus à l’hôtel Hauville (39 noms) ou hébergés dans des villas (45 noms). Certaines de ces dernières figurent dans l’inventaire de Parmentier, comme Les Abris, Caprice, la Casa Landelle, le Haut Mesnil (ex-Bicoque), Les Campaniles et Stella Mare.
S’y ajoutent Chantebrise, le chalet Saint-Clair, la villa Jean, la villa Dugué, la villa Fanny, Heurtevent, Les Mauves, la villa Fairchild, Juliobona, La Falaise, La Hauguette, La Madone, La Roncière, La Tourelle, La Villanelle, Le Bosquet, Le Réséda, Les Bardies, Les Œillets, Les Rosiers, Les Sorbiers, la villa Lornel, la villa Mac Kenna, La Margarita, la villa Sainte-Anne, la villa Suzette et la villa Washington.

Le recensement de 1906 nous indique l’existence de deux agences de location à Étretat : celle de Madeleine Jouet, épouse Chambrelan, et celle de Louis Coquin, tandis que, d’après la même source, les hôtels sont dirigés par Célénie Blanquet (hôtel Blanquet, rue Alphonse Karr), Gaston Balant[1] (rue Alphonse Karr), Paul Bert (rue Mathurin Lenormand), Marie Hauville (hôtel de la Plage, boulevard Charles Lourdel), Alphonse Omont (hôtel Omont, route du Havre) et Louis Delamare (hôtel des Deux-Augustins, rue Notre-Dame).
[1] Gaston Balant (1877-1936), natif de Tôtes, dirigea par la suite la brasserie de l’Opéra à Rouen
La clientèle provient toujours des grandes métropoles : Paris est cité 19 fois dans les listes de La Brise Normande, Londres 12 fois, New York 7 fois. Les seuls provinciaux désignés sont les Lesueur, venus de Bolbec.
Parmi les familles citées, on retiendra les noms suivants, qui figurent parmi les membres honoraires de la Société de Secours Mutuels des Marins d’Étretat, ce qui dénote un attachement particulier à la station :
- Bernstein
- Bloch
- Caramello
- Corbin
- Domange
- Franck
- Mac Kenna
- Mouchet
- Olivetti
On y ajoutera, pour l’année 1911, les noms suivants, qui figurent dans les listes publiées les 17 et 24 juin par La Brise Normande :
- de Beaulieu
- Georges Bureau (député de Seine-Maritime, propriétaire de la villa Médéric)
- Cazavan (propriétaire de la villa Les Verdurettes)
- Foucher (déjà mentionné par Parmentier)
- Jacques Fouquet
- Julien Hayem
- Paul Level (propriétaire de la villa Le Clocheton, futur maire d’Étretat)
- Olivié

Les agences de location de l’entre-deux-guerres
Pour les Années folles, nous disposons d’une autre source de renseignements, grâce aux agences de location étretataises. Dans les années 1920, en dehors de l’agence Coquin sur laquelle nous ne possédons pas de document, deux agences de location géraient un stock de villas mises en location par leurs propriétaires : l’agence Chambrelan et l’agence Vallin. Elles étaient rémunérées par une commission perçue sur le loyer (dans le cas de cette dernière agence, le taux était de 6 %). Les listes des clients et des villas concernées, conservées dans des archives privées, permettent d’effectuer plusieurs observations pour la période de l’Entre-Deux-Guerres, avant l’instauration des congés payés.

Dans le portefeuille des agences
L’agence J. Vallin, située place du Marché, proposait 119 biens à la location, qui sont décrits dans une brochure de 8 pages imprimée par ses soins dans les années 1920. Les immeubles se répartissaient dans tout le territoire étretatais comme suit :
| rue de Traz-Périer | villa Berthe, villa Caroline, La Rustique |
| rue Anicet Bourgeois | villa Chantecler, La Sandrine |
| rue Mathurin Lenormand | La Mascotte |
| rue Martin Vatinel | villa Louise, La Navale, Simple Abri |
| rue Prosper Brindejont | Les Berniques, villa Solea |
| rue Adolphe Boissaye | La Brise |
| rue de la Tour | L’Abri Côtier, L’Ondine, La Salicoque |
| rue Alphonse Karr | Le Bégonia, villa Ernestine, villa Georgette-Yvette, La Pensée, villa Maurice, villa Sainte-Constance, villa Sainte-Hélène |
| allée des Pervenches | Les Charmettes |
| avenue des Tamaris | Les Œillets, Juliobona |
| avenue Lepoittevin | La Caloge, Primavera, Les Oiseaux, La Simplette |
| place Victor Hugo | Les Embruns |
| rue Charles Lourdel | Helvetia, Les Hortensias |
| rue Monge | villa Emilienne, La Mariotte |
| rue Isabey | Pavillon Dupéroux, La Henriade, Pavillon Isabey, La Mariette, La Pivoine, Le Rossignol, Pavillon Stella, Stella Mare, villa Yvette |
| rue Dorus | La Closerie, Les Cyclamens, Le Lobelia |
| rue du Bec-Castel | Pavillon Castel, Gai Pavillon, Les Volubilis |
| rue Guy de Maupassant et route de Criquetot | Château du Grand-Val, La Chaumière, Clair Logis, L’Ermitage, La Jacqueline, Les Lilas, villa Louis-André, La Mésange, La Nayse, La Roncière Saint-Nicolas, La Roseraie, La Suzette |
| rue Notre-Dame | Les Campanules, La Chaufferette, La Clochette, Les Coquillages, La Hanguette, Les Lauriers, villa Magda, Les Roseaux |
| rue de l’abbé Cochet | Le Maupas, villa Médrinal, villa Mousmée |
| rue de la Mairie | Le Bercail, La Midinette, La Pagaie, villa des Roses, Sans-Atout |
| chemin des Haules | La Chonchette, Le Pertuiset, Picciola |
| route du Havre et avenue George V | La Blanchette, Le Friquet, villa Germaine, La Joliette, La Marie-Marthe, villa Prévost-Paradol, La Ramade, La Tonnelle, |
| avenue de Verdun | Brin-Belle, Pavillon Fortunio, Pavillon d’Olive, villa Pretty, Le Repos, La Renaissance, Les Sorbiers |
| rue Offenbach | Les Chèvrefeuilles, villa Eliane, villa des Fleurs, villa des Lierres |
| avenue de la gare | villa de Pouilly |
| rue Jules Gerbeau | Villa Medova |
| avenue Damilaville | villa Luciennetta |
| en hauteur | Beau-Site, Le Brimborion, Les Genets, Le Haut-Mesnil, La Luciole, La Margarita, Le Muguet, chalet de Nanteuil, Les Roches |
| face à la mer | villa Les Vagues |
| près de la plage | villa Fanny, Le Grillon, villa Mimosa, La Mouette, La Sirène |
| sur la plage | villa Cendrillon, Les Tramails |
En réalité, des répertoires manuscrits datés des années 1923 à 1931 montrent que ces propriétés étaient gérées tantôt par l’agence Vallin, tantôt par l’agence Chambrelan, située rue de l’abbé Cochet et dirigée par Madeleine Jouet, épouse Chambrelan.

Les mêmes répertoires mentionnent 74 autres villas qui ne figurent pas dans la brochure imprimée. Il s’agit de :
| rue du Dr de Miramont | La Falaise, villa Kasamire, Miramont Cottage, La Valette |
| rue de Traz-Périer | villa Caprice |
| rue Anicet Bourgeois | Les Ormes |
| rue Martin Vatinel | villa Fougerave, villa du Noüy, villa Solente |
| rue du Marché | villa Jeanne d’Arc |
| rue Adolphe Boissaye | villa Jean-Pierre, villa Martin |
| rue de la Tour | villa Margot |
| rue Alphonse Karr | La Chaloupe, villa Eglantine, La Houle |
| allée des Pervenches | Les Abris |
| avenue des Tamaris | villa Isabelle, Les Lianes, villa Oudiné |
| rue Isabey | villa Madeleine, Les Myosotis |
| rue Dorus | pavillon Dorus, villa Mireille |
| rue du Bec-Castel | La Fauvette, La Loggia |
| rue Guy de Maupassant et route de Criquetot | Le Bocage, La Concorde, Le Doux Repos, L’Hermitage, La Mignonette, Le Villanelle (ou villa Nelle) |
| rue Notre-Dame | Le Lutin, Les Mauves, Les Myriades, villa Notre-Dame, Le Val Fleuri, Les Verdurettes, Les Verguies, La Volière |
| rue de la Mairie | villa Oudinot |
| chemin des Fondrets | Les Fondrets |
| chemin des Haules | Bagatelle, villa Denyse |
| avenue George V | villa Jean, La Mégathe, maison Morin |
| avenue de Verdun | villa Marina |
| rue Offenbach | Les Aygues, villa Myriam, villa Orphée, La Sapinière |
| chemin de Saint-Clair | Le Donjon, Le Petit Val |
| avenue de la Gare | villa Depouchy, villa Triangle |
| rue Jules Gerbeau | La Coquille, villa Minima, villa Sylvie |
| avenue Damilaville | Chantebrise, Saint-Sauveur |
| route de la chapelle | villa Roxelane |
| sur la plage | La Bicoque, villa Jouarre, villa Marie |
| non localisé | Les Ajoncs, La Baraque, Le Gri-gri, Pavillon de Pardieu, maison Paumelle, L’Oiseau Blanc, La Plage, cottage Renée |
C’est donc près de 200 immeubles au total qui pouvaient accueillir les vacanciers. La plupart de ces villas étaient adaptées au séjour des familles accompagnées de leur domesticité et leur proposaient tout le confort que pouvait exiger une bourgeoisie habituée à un certain art de vivre. La villa des Roches, par exemple, proposait au sous-sol une cuisine avec monte-plat, office, WC ; au rez-de-chaussée : une entrée avec perron, deux salons, un fumoir, une salle à manger ; au premier étage : quatre chambres de maître, deux cabinets de toilette, une salle de bains, des WC ; au deuxième étage : cinq chambres de maître et des WC. Une annexe contenait deux chambres de maître et six chambres de domestique. La villa Les Charmettes comprenait au rez-de-chaussée un salon, une salle à manger, une petite salle de billard, une cuisine, un office et des WC ; au premier étage : quatre chambres de maître, trois cabinets de toilette, une salle de bains, une lingerie, des WC ; au deuxième étage : trois chambres de maître, un cabinet de toilette, une chambre de domestique, des WC ; au troisième étage : trois chambres de domestiques.
Les villas voient leurs occupants se succéder chaque été. Le chalet Bagatelle, qui avait été mis en vente à Paris en juin 1899, au prix de 25.000 francs (d’après le Journal de Rouen du 18 mai 1899), est loué successivement à Mr et Mme Cornu en 1922, à Mr Roth-Le Gentil en 1923, 1924 et 1925, à Mr Bonham Carter en 1926 et 1927, à Mr Hassan en 1928, à Mr Kamel Bey en 1928, à Mme Cantilo en 1929, à Mr Atwood en 1930. Situé chemin des Haules, il possèdait un jardin de 2200 m², une écurie et des remises. La villa Caprice, rue de Traz-Périer, est occupée par Mlles Merle en 1922, Mr Wolfson en 1924, Mr Goldschmidt en 1925, Mr Mac Govern en 1926, le colonel Gerrard en 1927 et 1928 et Mr Fourcade en 1929. La villa des Charmettes, allée des Pervenches, est louée au colonel Booves en 1925, à Mr Fotherville en 1926, à Mr Dimes en 1928, au général Falgade en 1929 et à Mr Backus en 1930. La villa Picciola, située chemin des Fondrets, est louée à Mr Bouton en 1922, à Mme Garagnani en 1923, à Pierre Adhemar en 1925, 1931, 1932, 1933, à Mr Bellier en 1926, à Mme Bartolomucci en 1927, à Mr Thompson en 1929 et à Mr Hattori en 1930. Rue Georges Bureau, la villa Fanny est louée à Mr Trarieux en 1922 et 1923, à Mme Kahn en 1923, à Mr Wardeu en 1924, à Mme Mac Niken en 1926, à Mr Clarke en 1927, à Mr Rean en 1928, à Mr Mac Kenzie en 1929 et 1930, à Mrs Nielson en 1931, à Mr Harold Shaw en 1931, à Mr Henri Blanc en 1932 et à Mr Bail en 1933. La villa Isabelle, allée des Tamaris, voit se succéder Mr Citroën en 1922, Mme Heller en 1923 et 1924, Mr Le Koll en 1929 et Mme Meiller en 1930. Non loin de là, la villa les Œillets est louée à Mr et Mme Helleroun en 1922, à Mr Servelle en 1923, à Mme Huret en 1924, à Mr R. Bloch en 1925, au major Sherbrook en 1926, à Mr Raben en 1927, à Mr Buttery en 1928 et 1929, à Mr Kennedy en 1930, à Mme Le Pley en 1934 et 1935. Rue Prosper Brindejoint, la villa Jehanne d’Arc est louée à Mr Decourdemanche en 1922, à Mr Meyer en 1923, à Mr Chardon en 1924, à Mr Barbedienne en 1929, à Mr Martin Lecomte en 1930, à Mr Pichon en 1931, à Mr Spiterie en 1934, à Mr Loyrion en 1936, à Mr Wauthier en 1936 et à Mr Louxinger en 1937. Miramont Cottage est loué à Mme Le Bertre en 1922, à Mme Arfidson en 1923, à Mr Reid en 1925, à Mr Paublan en 1926, 1927 et 1929, à Mr Chosson en 1934, 1935 et 1936. La villa les Roseaux, rue Notre-Dame, est louée à Mr Wells en 1922, à Mr Orelle en 1923, à Mr Dervieu en 1924, à Mr Lecourt en 1925, à Mr Einhorn en 1926, à Mr Jourdain en 1927, à Mr Vaussard en 1928, à Henri Blanc en 1930, à Mme Debray en 1932, à Mr Houel en 1933 et 1934, à Mr Vincent en 1936, à Mr Brochot en 1937. La Sapinière, rue Offenbach, est louée à Mr Desplats en 1922, à Mr Derome en 1923, à Mr Kefer en 1924, à Mme Kahan en 1925, à Mrs Lafont et Coville en 1926, à Mme Marcel en 1927, à Mme Scher en 1929, au colonel Gerrard en 1929 et 1930. La villa Le Val Fleuri, située rue Notre-Dame, est louée à Mr et Mme Rosambert en 1922, à Mr Zunz en 1923, à Mr Beauvillain en 1924 et 1925, à Mr Perry en 1927, à Mr Franck en 1929, à Mr et Mme Keinal Hassan en 1930. Juchée un peu au-dessus de la précédente, la villa le Haut-Mesnil est louée à Mr et Mme Schwab en 1922, à Mr Mauley en 1924, au comte de la Marre en 1925, à Mr Alvoot en 1926, à Mr Dion en 1927, à Mr Schroeder en 1928.
Une clientèle fidèle à ses habitudes
Les listes des années 1922 à 1930 comprennent un total de 452 noms différents, dont beaucoup sont de nouveaux venus. Plusieurs dizaines d’entre eux reviennent chaque été à Étretat : près du quart des noms sont mentionnés sur au moins deux années. Ils sont exactement le même nombre (109) à avoir souscrit comme membre bienfaiteur ou honoraire de la Société de Secours Mutuel des Marins d’Étretat.
Parmi les plus assidus de la station, on trouve les familles suivantes : Bernstein (saisons 1922 à 1929), le colonel Bernard (1927 à 1930), le docteur Bernheim, de Paris (1922 à 1925), Burton (1924 à 1930), Desplats (1922 à 1925), la marquise d’Ogley (1922 à 1925), le comte Dillon (1926 à 1930), Farrar (1923 à 1929), le colonel Gerrard (1926 à 1930), Graveraux (1923 à 1926), Heller (1923 à 1928), Laborie (1923 à 1926), Lowenstein (1924 à 1927, 1930 et 1931), Lutz (1922 à 1927 et 1930), Manteau (1922 à 1925 et 1928 à 1931), Olivetti (1922 à 1925), Orell (1924 à 1928).
Beaucoup ont leur préférence pour une villa en particulier ; ainsi Mr Berstein qui loue Les Campanules (rue Notre-Dame) chaque saison de 1922 à 1926, Mr Burton qui loue le pavillon Isabey (rue Isabey) de 1927 à 1930 ; la marquise d’Ogley préfère le pavillon Olive (avenue de Verdun), qu’elle occupe de 1922 à 1925, tandis que le comte Dillon loue La Bicoque (place Victor Hugo) de 1926 à 1930 ; Mr Farrar loue la villa Minima (rue Jules Gerbeau) de 1923 à 1929 ; Mr Laborie a jeté son dévolu sur la villa Suzette rue Guy de Maupassant), louée de 1924 à 1926 et les mêmes années Mr Lowenstein loue la villa La Chaloupe (rue Alphonse Karr) ; Mr J. W. Mac Bride a choisi La Caloge (avenue Le Poittevin) en 1925, 1927, 1928 et 1930 ; Mr E. C. Mac Leod occupe la villa du Noüy (rue Martin Vatinel) de 1928 à 1932 ; Mr Manteau choisit la villa Juliobona (allée des Tamaris) de 1922 à 1925 puis le pavillon Castel (rue du Bec Castel) de 1928 à 1934 ; la villa Les Ormes (rue Anicet-Bourgeois) est le séjour de Mr et Mme Orell de 1924 à 1928 tandis que la villa Helvetia (boulevard Charles Lourdel) est occupée par Mr Paradis de 1922 à 1925.

Le marché de la location
Sur les années 1931 à 1939, nous possédons des documents plus détaillés. Pour cette période, la liste des clients de l’agence de location Vallin comprend 315 noms différents ; 90 % d’entre eux sont des nouveaux-venus à Etretat. Ils sont encore environ un quart à avoir loué sur au moins deux saisons. Parmi les plus fidèles, figurent Henri Blanc, venu chaque année à Étretat de 1931 à 1935, Paul Brun, présent de 1931 à 1939, Mr Chevalier, de 1934 à 1939, Jacques Fouquet de 1931 à 1937, Georges Kopp de 1932 à 1939, Mr Leroux de 1931 à 1935, Mr Mossler de 1935 à 1939. On peut encore mentionner Jules Cayron (1935 à 1936), Mr Chosson (1935 à 1938), Pedro Cid (1934 à 1937), Mme de Wever (1936 à 1939), Sonia Domenino (1932 à 1935), Mr Lejus (1933 à 1936), Mr A. Loyrion (1933 à 1936), Mr Manteau (1931 à 1934) et Mr Poirot (1935 à 1938).
Paris reste la provenance principale des estivants dans les années 1930 : les Parisiens comptent pour 47 % de l’effectif (68 % si on inclut la banlieue) ; les Normands sont plus nombreux qu’auparavant (19 % du total, venant principalement de Rouen et du Havre). Les autres provinciaux viennent du Centre, de l’Est, du Nord et de la Côte d’Azur. Parmi les étrangers (qui ne représentent que 5 % de l’effectif), les Britanniques sont majoritaires, suivis par quelques États-uniens. L’Afrique du Nord est représentée par des colons ou des expatriés français.
Paris intra-muros : 145
Banlieue parisienne : 65 (dont Neuilly : 10)
Rouen et banlieue rouennaise (Sotteville-lès-Rouen, Bois-Guillaume, Pavilly) : 24
Le Havre et banlieue havraise (Sainte-Adresse, Montivilliers) : 22
Bolbec : 7
Fécamp : 1
Evreux : 1
Elbeuf : 1
Le Trait : 1
Yvetot : 1
Blamécourt (Seine-et-Oise) : 1
Vineuil (Oise) : 1
Toury (Eure-et-Loir) : 1
Vierzon-Forges (Cher) : 1
Venarey-les-Laumes (Côte d’Or) : 1
Châlons-sur-Marne (Marne) : 1
Sainte-Menehould (Marne) : 1
Mézières (Ardennes) : 1
Spincourt (Meuse) : 1
Metz (Moselle) : 1
Valenciennes (Nord) : 1
Cambrai (Nord) : 1
Douai (Nord) : 1
Roubaix (Nord) : 1
Tourcoing (Nord) : 1
Mornant (Rhône) : 1
Montpellier (Hérault) : 1
Saint-Raphaël (Var) : 1
Cannes (Alpes-Maritimes) : 2
Menton (Alpes-Maritimes) : 1
Angleterre : 10 (dont Londres : 8)
Glasgow (Écosse) : 1
États-Unis : 4
Algérie française : 2
Égypte : 1

La durée moyenne du séjour est longue (89 jours en 1931) et correspond le plus souvent aux trois mois d’été (juillet, août, septembre) mais la saison commence plus tôt pour certains, dès le début du mois de juin et elle ne s’achève parfois que fin octobre. Les villas louées à l’année sont cependant rares, excepté en 1939, lorsque le contexte international pousse des personnes qui en ont les moyens à chercher un potentiel refuge éloigné de Paris. L’Abri Côtier est loué du 1er novembre 1938 au 31 octobre 1939 puis du 1er novembre 1939 au 31 octobre 1940 ; l’Hostal est loué du 11 mars 1939 au 11 mars 1940 (au prix de 20.000 francs), le château du Grand Val est loué du 1er avril au 30 septembre 1939, puis du 1er octobre 1939 au 31 mars 1940 ; la villa Les Fougères est louée pour un an à partir du 15 septembre 1939 (au prix de 15.000 francs), les Lauriers, l’Ondine et la villa Claire sont loués pour un an à compter du 1er octobre 1939 aux prix respectifs de 6.500, 3.500 et 8.500 francs ; la Luciole est louée 10.000 francs, pour un an à partir du 25 octobre 1939. Une dizaine d’autres contrats de location sont signés après le 3 septembre, date de déclaration de guerre de la France à l’Allemagne.

Parmi les 143 villas louées, certaines sont plus fréquemment baillées que d’autres. Dans le palmarès de tête, figurent La Brise (rue Adolphe Boissaye), La Navale (rue Martin Vatinel), La Baraque, La Coccinelle, le château de Grandval, la Targette, La Chonchette et Simple Abri.

Aux villas proprement dites s’ajoutent des biens plus modestes, correspondant aux logements chez l’habitant du siècle précédent : maisons de ville comme les maisons Levasseur, Belmont, Chapelle (celle-ci située cour Thurin), Henri Duclos, Adam, Jouen, Lebaillif (située rue Prosper Brindejont), Aubourg, Coquerel, Paumelle, Thomas, Cramoysan, Auger (cour Thurin), Dajon, Gillet, Duclos, Maillard, Petit, Thomas, voire des appartements comme l’appartement Rousseau au 3e étage d’un immeuble de la rue Alphonse Karr.
Les prix varient bien évidemment selon la qualité du bien et selon le moment de l’année. Le coût journalier moyen, en 1931, était de 44,38 francs[1] mais, si on excepte une location annuelle, il allait de 10,71 francs pour La Valette (soit 720 francs pour mai et juin) à 181,82 francs pour le château du Grand Val (soit 14.000 francs pour les 2 mois et demi d’été). Parmi les villas les plus chères, figurent La Valette, Le Repos, Le Gri-Gri et la villa Fanny, dont le prix journalier allait de 117 à 132 francs, tandis que La Luciole, Les Lilas, la villa Picciola, La Midinette, Chantebrise et le pavillon Castel étaient loués entre 82 et 89 francs par jour. En dehors du petit pavillon de Pardieu, loué à l’année, et de La Valette déjà citée, les biens les moins chers (entre 12 et 16 francs par jour) comprennent les maisons de ville (Adam, Chapelle, Henri Duclos) et les villas La Palette, Chonchette, Le Petit Logis et La Fourmi. Le mois d’août est le plus cher : la villa L’Arc-en-Ciel est louée 1200 francs pour le mois de juillet (37,50 francs/jour), 2000 francs en août (66,67 francs/jour) et seulement 500 francs en septembre (17,24 francs/jour). Comme on a vu, les circonstances internationales ont fortement pesé sur les locations en 1939 ; le prix moyen journalier est tombé à 39 francs mais il est fortement déterminé par des locations de longue durée et des locations hors-saison dont le coût est bas, compris entre 8 et 18 euros. Les villas les plus chères sont alors Chantebrise, Les Chèvrefeuilles, la villa des Fleurs et Les Embruns, dont le prix journalier est compris entre 130 et 176 francs pour les mois d’été, tandis que La Targette, La Houlette, la villa Marie, Simple Abri et L’Ondine sont louées entre 13 et 18 euros par jour durant la belle saison. Août reste le mois le plus cher : la villa Les Chèvrefeuilles est louée 150 francs par jour entre le 22 juillet et le 31 août, contre 51,72 francs entre le 1er et le 30 septembre et 26,67 francs entre 1er octobre et le 30 novembre.
[1] Pour comparaison avec les prix actuels, en 1931 une voiture Renault Monasix neuve coûtait 24.900 francs, une moto MG de 250 cm3 était vendue 2995 francs, une paire de chaussures coûtait 40 à 60 francs, on pouvait acheter une bouteille de champagne Moët et Chandon à 25 francs, le pain était à 2,35 francs le kilo ; un instituteur débutait à 875 francs par mois et un professeur d’université à 4000 francs
Des personnalités nationales et internationales
D’Etretat, 16 août.
Depuis plusieurs jours il n’était question, sur la terrasse, au dancing, au golf ou au tennis, que du grand bal costumé – le quatrième de la saison – qui devait avoir lieu le 15 août au Casino. Le titre général était le « Bal du Livre », chacun devant personnifier un personnage de roman connu. On se demandait quels trésors d’ingéniosité seraient dépensés pour la pleine réussite de cette soirée dont le résultat fut éclatant. Un soleil merveilleux éclaira toute cette journée et dès dix heures la grande salle du Casino était archicomble. On dansait peu, on attendait avec impatience le spectacle qui se préparait derrière le rideau, et quelles surprises étaient réservées à ce public élégant. Autour de l’escalier descendant de la scène à la salle c’était la cohue : nous avons pu cependant reconnaître : marquis et marquise d’Angerville, comte de Madre, M. Henry Sarrazin, maire d’Etretat, et Mme Henry Sarrazin, M. et Mme Maurice Leblanc, M. et Mme Michel Lévy, Mme Marcel Boulenger, Mme Lebertre, comte Serra, Mme Jean Trarieux, Mme Camille Oudinot, M. Maurice d’Ocagne, de l’Institut, et Mme Maurice d’Oscagne, M. Edmond Duvernoy, M. et Mme Brémond, M. et Mme Georges Bourdon, M. Louis de Morsier, Mme Leloir, Mme Georges Flory, M. et Mme Maurice Sergine, baron et baronne de Noirfontaine, M. et Mme Ducas, M. Guiraud-Rivière, M. et Mme Pierre de La Pommeraye, M. Julien Hayem, M. et Mme Robin, M. le président Durand et Mme Durand, M. et Mme Henri Ditte, Mme Cathelineau, M. et Mme André Mouchet, Mme André Messager, M. et Mme Soulié, M. et Mme Georges Boissaye, M. Marcel Gerbidon, M. et Mme Raymond Petel, etc.
Mais on frappe les trois coups la salle s’éteint, les projecteurs s’allument et l’orchestre, sous la direction excellente et avisée du compositeur Lelièvre-Lynde, joue à ravir un répertoire varié et entraînant ; la toile se lève un jardin. A gauche, un énorme volume à traditionnelle couverture
jaune indique le titre des romans dont les personnages apparaissent tour à tour. Voici Le Feu, Mlle Gagneur ; Jésus la Caille, M. Lambert ; Les Frères Zemgano, M. Renié ; La Dame aux Camélias, Mlle
Pimbert ; Zette, M. Rosset ; Popol et Virginie, M. Chardon ; Les Désenchantées, Mme Kurtz ; Notre-Dame de Paris, Mlle Schwob, M. Kullmann, M. Schwob ; Claudine à l’Ecole, Mlle Meyer ; Le Rideau de
ma Voisine, Mlle Duflot ; Arsène Lupin, M. Magnus ; Miarka, La Fille à l’Ourse, ravissant tableau par Mme Georges Soulié, Mlles Jacqueline Oudinot, Bert, MM. Rome et Bert ; Le Mariage de Loti, Mlle Staub et M. d’Oyley ; La Vie des Abeilles, Miss Hansford ; La Femme et le Pantin, Mme Maroni et M. Compère ; A l’Ombre des jeunes filles en fleurs, Mlles Odette Grus, Hélène Amand, M. Sciama ; Maison de Danses, cinq romans anglais célèbres : Pickles, Preasure Island, Alice in Wonderland, M. Wu, Columbine, une irrésistible Famille Fenouillard.
Mais le rideau baisse. Lorsqu’il se relève, deux petits enfants, Claude de Beauplan et Michel Brindejonc (sic), en négrillons, se tiennent endormis auprès d’un énorme volume à couverture persane ; l’orchestre joue Mârouf, savetier du Caire. On voit entrer le sultan Sharhiar, M. Robert de
Beauplan, suivi d’une esclave, Mlle Maud Bourgroise ; il s’écroule sur les coussins d’un divan. Bientôt apparaissent Sheherazade, Mme Robert de Beauplan, et Dinarzade, Mme Jacques Brindejont-Offenbach, et Sheherazade raconte. Les enfants se réveillent, ouvrent le livre des Mille et une
Nuits, et au fur à mesure qu’ils tournent les pages les personnages des histoires apparaissent et semblent sortir des feuillets. Voici Aladin ou La Lampe merveilleuse, comtesse Serra ; Zobeide, Mlle Bouvens ; Mârouf, savetier du Caire, avec sa caravane, M. Jean Mabilleau ; Amine, Mlle Trarieux ; Sindbad le Marin, M. Didier Durand ; Badoure, princesse de Chine, Noureddin et la belle Persane, M. Alexandre Castell et Mme Stenard ; Le Dormeur éveillé, M. Raymond Ducas.
Lorsque les applaudissements nourris qui accueillirent cette fresque vivante eurent cessé, le rideau se releva sur le tableau animé de l’Olympe : on remarque parmi cette assemblée de choix: Jupiter, M.
Camille Oudinot ; Junon, Mme Charley Bourgoise ; Vénus, Mme Plumon ; Hébé, Mme Pierre Duranton ; Minerve, Mlle Simone Michel Lévy ; Sellone, Mlle Lucienne Miichel Lévy ; Vesta, Mlle Georgette de La Pommeraye ; Gérés, Mlle Marie-Louise Kulman ; Iris, Mlle Suzanne Lemaire ; Diane, Mlle Poupée Cacheux ; Mercure, Mlle Odette Kingsbourg ; Cupidon, Mlle Catherine Simmons Apollon ; M. Claude Leblanc ; Vulcain, M. Plumon ; Mars, M. Etienne Ullmann ; Bacchus, M. Schwège ;
Neptune, M. Rozelaar. Mais que font ces dieux, que cherchent-ils ? Qu’attendent-ils ? Les Dieux ont soif… les coupes circulent et ce tableau animé s’achève sur l’olympien cancan dansé sur les motifs d’Orphée aux Enfers.
Après le défilé général un souper dansant retient jusqu’à trois heures les fervents de la danse et de la gaieté.
Le Gaulois, 18 août 1922
À la suite des peintres, écrivains et journalistes dont le nom est infailliblement attaché à Étretat, comme Maupassant, Alphonse Karr, Offenbach, Monet ou Isabey, de nombreuses célébrités ont séjourné à Étretat dans l’entre-deux-guerres. Maurice Leblanc, qui fit l’acquisition du Sphinx Cottage en 1918, est l’un des plus connus (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2025/02/11/polars-a-etretat/), mais il y en eut bien d’autres, dont la renommée était plus ou moins importante. Comme le montre l’article du Gaulois que nous avons reproduit, c’est ce milieu qui constitue le ferment desVieux Galets, coterie réunissant les propriétaires de villas étretataises, pour qui la revue annuelle représente le bouquet final de la saison (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2022/06/14/des-annees-folles-aux-annees-30-etretat-dans-lentre-deux-guerres/). Beaucoup d’entre eux entretenaient des liens familiaux ou d’intérêt.
- Robert de Beauplan (1882-1951) était un journaliste dont le parcours politique commença à gauche avant d’effectuer un retournement complet et de virer à l’antisémitisme et à la Collaboration avec l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre Mondiale, ce qui lui valut une condamnation à mort à la Libération, avant d’être gracié (contrairement au fameux Jean Luchaire, récemment mis en lumière par le réalisateur Xavier Giannoli). Il s’exprimait dans Le Matin et à Radio Paris, deux médias collaborationnistes. Il passa des vacances à Étretat avec le peintre Jules Cayron entre les deux guerres (https://presseillustree.home.blog/2019/08/14/robert-de-beauplan-1882-1951-au-regard-de-ses-memoires-inedits-iv-un-journaliste-en-cavale-entre-paris-et-la-sarthe-18-aout-1944-27-juin-1945/), louant la Villa Pretty en 1926 et 1927. Personnalité mondaine, assidue du monde du spectacle, il fréquenta les Brindejont-Offenbach comme nous l’apprend l’article ci-dessus.
- Le Dr Mayer Bernheim, né en 1863 et mort en 1937, était l’époux de Marie Sarah Stern (1870-1948) ; la nièce et fille adoptive de cette dernière fut actrice et épousa Robert Gompertz en 1925, puis en secondes noces le beau-fils du maréchal Pétain, en 1947. Le Dr Bernheim et son épouse louèrent plusieurs villas à Étretat entre 1922 et 1925 (la Fauvette, les Campaniles, la villa Denise) avant d’être propriétaires de la villa Les Lianes, avenue des Tamaris. Robert Gompertz (1897-1949), de son côté, loua plusieurs villas dans les mêmes années (la Mouette, la villa des Roses, la Clochette). Le mémorial de la Shoah nous apprend que Mme Bernheim-Stern fut « spoliée à Etretat d’une bibliothèque de plus de 500 livres, surtout de littérature française » (https://bibliotheques-spoliees.memorialdelashoah.org/document/personnes.php).
- Henry Bernstein (1876-1953), dramaturge à succès et ami de Marcel Proust, loua plusieurs villas à Étretat entre 1922 et 1929 (villa Les Campaniles, villa Juliobona, villa La Luciole, villa Oudiné) ; il fut le compagnon de la fille de Pierre et Marie Curie. Tous deux furent déchus de leur nationalité française par le gouvernement de Vichy pour s’être réfugiés aux États-Unis en 1941.

- Maurice Bonham Carter (1880-1960), homme politique et sportif britannique, est le grand-père de l’actrice Helena Bonham Carter : c’est peut-être lui qui loue le Chalet Bagatelle en 1926 et 1927.
- Georges Bourdon (Vouziers 1868 – Paris 1938), grand reporter au Figaro et créateur du Syndicat National des Journalistes (SNJ) fut un des fondateurs en 1924, avec Maurice Leblanc, du club des « Vieux Galets » ; son nom a été donné à un petit square situé sur le front de mer (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2025/07/25/visite-guidee-lhistoire-detretat-racontee-par-les-noms-de-rue/).


Le square Georges Bourdon, en août 2025 (à gauche) et après le passage de la tempête Goretti de janvier 2026
- Le comte Gaetano Cagiati, aristocrate italien, avait épousé en 1916 Marie Louise Van Vorst (1867-1936), écrivaine et peintre états-unienne : le couple loua la villa Les Mauves en 1922.
- Marie Joseph Bernard Caudron de Coquéreaumont (1881-1972) loua la ville Le Repos en 1929 et La Navale en 1937 ; il acheta la villa Les Chèvrefeuilles, avenue Offenbach ; son épouse Charlotte de la Foye mourut à Étretat en 1961 ; lui-même meurt à Etretat en 1972.
- Samuel Chamberlain (1895-1975) est un architecte et dessinateur états-unien qui séjourna à Paris entre 1928 et 1932 et loua la villa Le Pertuiset en 1929.

- Louis Justin Chaponet, industriel parisien (1872-1908), épousa en 1898 à Paris Henriette Pauline Neurdein (1876-1955), la fille du photographe-éditeur des célèbres cartes postales ND ; le couple eut un fils en août 1899, qui naquit à Étretat à la villa La Ramade, propriété de la famille Neurdein. En 1930 Madame Chaponet loua le Cottage Renée.
- La famille Citroën est liée à Étretat. La sœur d’André Citroën épousa en 1896 Alfred Lindon, un diamantaire d’origine polonaise ; leur fils Raymond Lindon, futur maire d’Étretat est donc le petit-fils du créateur de la firme automobile. Il hérita de la villa Les Pelouses, achetée par son père en 1906. Un Citroën loua la villa Isabelle en 1922.
- Louis Jacques Marie Collin du Bocage, dit Louis Verneuil (1893-1952), fils de banquier, était un auteur dramatique qui épousa en 1921 Lysiane Bernhardt, actrice et écrivaine, qui était la petite-fille de Sarah Bernhardt. C’est probablement son frère Jacques, banquier parisien (1900-1977), qui loua la villa Les Clochettes en 1926 et la villa Les Myosotis en 1930.
- Austin de Croze, né à Lyon en 1866, fut journaliste gastronomique et écrivain ; il loua la villa La Mésange de juin 1934 à juin 1935, peu de temps avant sa mort.

- Le comte Arthur Charles Réginald Dillon (Rome 1895-Paris 1938) et son épouse Lucie Louise Verlant (Paris 1872-Les Pavillons-sous-Bois 1960) louèrent la villa La Bicoque de 1926 à 1930.
- Jacques Ditte, né à Paris en 1885, fut avocat, journaliste et homme politique. Proche de l’Action Française et antisémite virulent, il adhéra à la Solidarité française, une ligue d’extrême-droite sous la bannière de laquelle il se présenta aux législatives de 1936. Il devient le rédacteur en chef et l’éditorialiste vedette de l’Ami du Peuple, le quotidien nationaliste et xénophobe lancé par le parfumeur François Coty. Il collabore également à La Libre Parole (le journal fondé par Drumont) et au Réveil du peuple. Sous l’Occupation il intègre le commissariat général aux Questions juives, où il est directeur adjoint du Statut des Personnes de juin 1941 à mars 1943. Il possédait à Étretat la villa Le Maupas, qu’il revendit à Mr Quintin en 1938 ou 1939.
- Jacques Donon (1878-1953), ingénieur principal du génie maritime, épousa en 1909 Marie Geneviève Louise Maigret, fille de l’ingénieur des Arts et Manufactures Henri Maigret et petite-fille de Louis Justin Théodore Maigret, qui était, avec son frère aîné, un des promoteurs qui construisirent les villas de la côte d’Amont (. Parallèlement, le frère cadet de Jacques Donon épousa une sœur cadette de Marie Geneviève, tandis qu’une autre sœur Maigret épousa un Cartier-Bresson qui était l’oncle du célèbre photographe. Jacques prit le nom de Donon-Maigret. Il fit l’acquisition de la villa Orphée et mourut à Étretat en 1953. Plusieurs membres de la famille Donon-Maigret étaient membres honoraires de la Société de secours mutuel des marins d’Étretat (https://www.etretat.carnetsdepolycarpe.com/2025/01/08/sante-et-solidarite-la-societe-de-secours-mutuels-des-marins-detretat/).
- Le général Fagalde, né en 1878 en Algérie française et mort en 1966, participa à la bataille de Dunkerque en 1940 et fut ensuite fait prisonnier par les Allemands. Après sa libération en 1945 il fut accusé d’entente avec l’ennemi et condamné à une peine de réclusion. Il avait loué la villa Les Charmettes en 1929.
- Michel Gondinet, né à Saint-Yrieix-la-Perche en 1855, était un avocat et un amateur de sports, qui contribua à la création du Racing Club de France, dont il fut président pendant plusieurs années. Il possédait à Étretat la villa Les Chèvrefeuilles. Il mourut à Paris en 1936.
- Murray Hornibrook né à Hampstead dans le Middlesex en 1873, fut secrétaire privé de George Wyndham, qui était l’attorney général d’Irlande, avant d’être nommé magistrat résident du comté de Tipperary en 1905. Il nourrissait aussi une passion pour la botanique : on lui doit un ouvrage de référence paru en 1923 sur les Conifères nains, dont il entretenait une collection dans sa propriété irlandaise de Knapton House à Abbeyleix. C’était également un joueur de tennis. Il loua la villa Medova en 1927 et 1928 avant d’en faire l’acquisition. Amateur d’art, il possédait dans sa demeure étretataise une collection d’œuvres qui fut pillée par les Allemands en février 1944. À son retour d’exil, il loua la villa Louis-André pour l’année 1945-1946, avant d’en faire l’acquisition. Il mourut à Étretat en 1949. Son épouse, Gladys Thornlety Thomson, était apparentée par sa mère à Bram Stoker, l’écrivain irlandais célèbre pour son roman Dracula.
- Maurice Languereau, dit Caumery (anagramme de Maurice), né à Paris en 1867, est un éditeur qui a donné son nom à la maison Gautier-Languereau (Gautier étant l’oncle de de Languereau), spécialisée dans la littérature pour la jeunesse. Il est aussi connu pour la bande dessinée Bécassine dont il fut le scénariste entre 1913 et 1941, date de sa mort. C’est probablement lui qui loua la villa le Gri-gri en 1931.

- André Lecomte du Noüy, architecte réputé, naquit à Paris en 1844 ; il travailla en particulier pour le souverain de Roumanie, pays où il mourut en 1914 ; il avait épousé Hermine Oudinot de la Faverie, la fille d’un peintre verrier, née à Paris en 1854, qui fit une carrière littéraire assez brillante, sans jamais signer de son nom. Son roman Amitié amoureuse, originellement publié sous le pseudonyme de Pierre Guérande, connut un succès mondial ; dédié à Laure de Maupassant, il reflète les rapports que l’autrice entretenait avec Guy de Maupassant, qui était un ami de son père (auquel il avait commandé des vitraux). Les Lecomte du Noüy héritèrent de la villa le Haut-Mesnil qui avait appartenu à la mère d’Hermine. Leur fils Pierre, né en 1883, fut mathématicien, physicien et philosophe, auteur de nombreux ouvrages inspirés par sa foi chrétienne. Il possédait une villa rue Martin Vatinel, qui était louée durant les années 1920 et 1930.
- Charles Flint MacClumpha (1863-1933) fut professeur à l’Université de la ville de New-York et écrivit plusieurs essais littéraires ; il loua le château de Grandval en 1930.
- Robert Morrison MacIver (1882-1970) était professeur de philosophie politique et de sociologie à l’Université Columbia de New York ; c’est l’auteur de travaux universitaires sur la délinquance juvénile en particulier, sujet sur lequel il œuvra au sein d’institutions officielles. Il loua le chalet de la Passée durant tout l’été 1935.
- Louis de Morsier, né à Saint-Mandé en 1872, était issu d’une vieille famille suisse protestante. Il fut directeur pour la France de la maison milanaise d’éditions musicales Ricordi. Il épousa en 1915 une cantatrice, Jeanne Montjovet, de quinze ans sa cadette ; celle-ci divorça douze ans plus tard pour se remarier avec Henri Sarazin (voir ci-dessous). Louis de Morsier loua la villa La Houle en 1923 et 1924.
- Edmond Louis Viot-Bodson, baron de Noirfontaine (1880-1958) était polytechnicien. Il loua la villa La Ramade en 1922, la villa Les Sorbiers en 1923 et le Pavillon Isabey en 1924. Son père était un imprimeur, qui fonda en 1888 l’hebdomadaire « Le Soleil du dimanche ».
- Mortimer Paul d’Ocagne (1863-1942), demeurant à Paris, était ingénieur des Arts et Manufactures ; son fils Guy naquit en 1893 à la Villa Les Lierres, que Mr d’Ocagne loua encore en 1923. Paul était vice-président du Lawn-Tennis Club Étretatais au début du XXe siècle ; il fit partie des membres fondateurs du golf-club étretatais.
Son frère aîné, le mathématicien Maurice d’Ocagne (Paris 1862-Le Havre 1938), enseigna à l’école Polytechnique et à l’école des Ponts et Chaussées ; il loua la villa les Lauriers durant les étés 1935, 1936, 1937 et 1938. - Francesca Notarbartolo de Villarosa était une aristocrate italienne, née à Palerme en 1873 et décédée à Florence en 1938 ; elle épousa en secondes noces, en 1896, Max Grimaud, comte d’Orsay. Cette dame est probablement celle qui loua la villa Le Mimosa en 1922, toutefois la comtesse d’Orsay n’évoque pas Étretat dans ses mémoires, parues en 1926 en français sous le titre « Ce que je peux écrire » (éditions Excelsior) (https://www.storiamediterranea.it/portfolio/ce-que-je-peux-crire-mmoires/).
- Camille Oudinot, né à Paris en 1860, était le frère d’Hermine Lecomte du Noüy. Parallèlement à sa carrière de haut fonctionnaire au sein du Ministère de l’Instruction Publique et des Beaux-Arts, il écrivit quelques romans aujourd’hui oubliés, des nouvelles et des pièces de théâtre dont une a été jouée à Étretat[1]. C’était un ami de Guy de Maupassnt qui lui dédia les nouvelles Le parapluie, dans le recueil Les Sœurs Rondoli et Ce cochon de Morin, publié dans le recueil des Contes de la Bécasse. Il épousa Marie Eugénie Louise Ternisien, femme de lettres qui se cachait derrière le nom de plume de Jacques Terni. Camille Oudinot se tua dans un accident de voiture à Cannes en 1931. Il possédait la villa La Closerie, qui fut vendue en 1934.
[1] Michel Charpentier et Agnès Thomas-Visal : « Les Oudinot de la Faverie : une talentueuse et attachante famille d’artistes », Perrine, revue en ligne des Amis d’Hector Malot, 2023, 42 pages - Auguste Édouard Sarazin était un ingénieur d’origine belge qui tissa des liens avec deux constructeurs automobiles, René Panhard et Émile Levassor, en vue de commercialiser les produits Daimler en France. Après sa mort prématurée en 1887, sa veuve Louise Cayrol continua l’entreprise et épousa Émile Levassor en secondes noces, en 1890 à Étretat. Les enfants du premier lit prirent) après 1915, le nom de Sarazin-Levassor ; le fils aîné, Auguste Henri Sarazin-Levassor, né à Asnières en 1880, succéda à sa mère au conseil d’administration de la société Panhard-Levassor ; il fut de 1921 à 1925 maire d’Étretat, où il mourut le 5 août 1961. Il avait épousé à Rouen, en 1902, Marthe Amélie Henriette Olivé, la fille d’un artiste peintre, native d’Étretat. Leur fille Lydie épousa en 1927 Marcel Duchamp, le célèbre artiste surréaliste ; cette brève union a été relatée dans un ouvrage écrit par Lydie Fischer (du nom de son second mari) et publié de façon posthume sous le titre Un échec sentimental et le sous-titre Le cœur de la mariée mis à nu par son célibataire, même. Les Sarazin-Levassor étaient propriétaires de la villa Les Fondrets, qui fut détruite par un incendie en février 1979. La villa La Passée, voisine des Fondrets, appartenait aux Fischer.
- Olivier Senn est né au Havre en 1864, de parents suisses protestants. Après une formation d’avocat, il se lance comme son père dans le négoce du coton et épouse en 1892 la fille de représentants de deux grandes familles d’entrepreneurs protestants : les Siegfried et les Schlumberger. Amateur d’art éclairé, sa fortune lui permit d’acquérir une remarquable collection de tableaux de peintres impressionnistes tels que Pissarro, Renoir, Boudin, Jongkind, etc. Postérieurement à son décès en 1959, ses descendants firent don de nombreuses œuvres au musée d’art moderne André Malraux du Havre. Olivier Senn loua le pavillon Castel du 1er mai 1939 au 1er mai 1940. Son gendre, Rodolphe Edmond Rufenacht (oncle d’Antoine Rufenacht, futur maire du Havre) loua la villa les Algues en 1939.

- Walther Straram (anagramme de son nom de naissance Marrast), est né à Londres en 1873 dans une famille française de musiciens. Il se lança très jeune dans la musique et devint un musicien renommé durant l’entre-deux-guerres. Violoniste et pianiste, il s’orienta ensuite vers la direction d’orchestre fonda en 1923 l’Orchestre Straram avec lequel il interpréta les œuvres de musiciens contemporains tels que Honegger, Roussel, Messiaen ou Schönberg. C’est lui qui créa le Boléro de Ravel en novembre 1928 (https://www.straram.fr/).
De l’hôtel à la villa et réciproquement

Ce voyage dans le temps nous a montré l’évolution structurelle du tourisme étretatais, marqué à ses débuts par l’édification sur le front de mer d’hôtels de taille et de standing respectables, qui accueillent sous le Second Empire une abondante clientèle fortunée, venue essentiellement de la capitale. La construction effrénée de villas, durant toute la seconde moitié du XIXe siècle, va accroître le potentiel d’hébergement alternatif, aux côtés du logement chez l’habitant, et entraîner une désaffection relative des grands hôtels du bord de mer, auxquels la Seconde Guerre Mondiale va apporter un coup fatal. Par un effet de balancier, la seconde moitié du XXe siècle va voir le déclin des villas familiales, coûteuses à rénover et difficiles à entretenir sans domesticité, tandis que le raccourcissement des séjours profite aux hôtels (plus nombreux et de taille plus modeste qu’auparavant) et aux locations privées type gîte -et désormais Airbnb, mieux adaptés à une clientèle plus populaire.

